Mai 67 (Laffont, 3 avril)
Chapitre 15
Quand on est amoureux, on a toujours l'illusion qu'on est amoureux d'une personne exceptionnelle.
Toi, c'était vrai. Tu es la plus belle fille du monde.
Pour mon travail, je parle avec les actrices et les acteurs, tissus, mode, boutiques, longueur d'ourlet. La conversation tourne toujours autour d'eux, de leurs rôles et ce n'est pas suffisant, ils s'ennuient. Ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder ailleurs pour se rassurer. Suis-je reconnu, admiré ?
Toi, tu te caches, tu baisses la tête, nous sommes assis au bar du Parco dei Principi, le barman nous prépare des Spritz. Il a fait si chaud aujourd'hui.
Nous avons fait l'amour, puis nous avons pris une douche fraîche ensemble, puis nous avons refait l'amour et nous sommes descendus au bar de l'hôtel boire un verre en gardant chacun l'odeur de l'autre.
Tu as les joues très rouges, je suis ivre sans avoir encore bu une goutte.
Je me demande si tout le monde a deviné que nous sommes nus dans ce bar malgré nos vêtements, j'espère que le verre d'alcool amer et pétillant va me permettre de retrouver un costume respectable.
Tu me demandes :
« Tu as des pouvoirs magiques ?
— Oui, j'en ai un. Je suis capable de deviner l'heure à la minute près sans montre. Demande-moi, je ne regarde pas ma montre ni l'horloge derrière le bar, je me couvre les yeux, maintenant, demande-moi.
— Il est quelle heure ?
— 23 h 20. »
Tu vérifies, il est 23 h 20, tu t'extasies comme si cela était un pouvoir extraordinaire.
À mon tour je te demande si tu as des pouvoirs magiques.
Tu cherches, tu hésites.
« Non, je ne crois pas. »
Je te réponds « si, tu as un pouvoir magique, mais il n'est pas avouable. Tu rends n'importe qui amoureux de toi ».
Tu ris, tu sais que c'est vrai.
Nous ne finissons pas nos verres, nous sommes trop pressés de remonter dans ta chambre, heureusement elle n'est qu'au premier étage.
La semaine dernière, j'ai emprunté une cassette VHS d'Alice, de Woody Allen.
Dans la dernière scène du film, Alice boit un élixir qui rend tous les hommes qui l'approchent fous d'amour. Cela l'amuse, et puis elle est obligée de fuir.
Tu en étais infusée en permanence. Tous ceux qui t'approchaient tombaient amoureux de toi.
Tu entrais dans une pièce, tous les hommes et les femmes présents te désiraient instantanément.
Si tu es ainsi aimée, ce n'est pas seulement en raison de ta beauté, mais aussi parce que tu es emplie de bonté.
Sur le plateau, un technicien était venu avec sa mère âgée qui ne pouvait rester chez elle sans aide. Elle était assise dans un coin, personne ne s'occupait d'elle. Tu étais la seule à lui parler, tu allais lui faire des courses, te préoccupais qu'elle ait un plateau-repas.
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