Mai 67 (Laffont, 3 avril)

Colombe Schneck · Chapitre 23 sur 40

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Mai 67 (Laffont, 3 avril)

Chapitre 22

Tu es souvent nue quand toi tu me parles.

Je ne te touche pas même si j'en meurs d'envie parce que je sais que si je t'effleure les fesses, les oreilles, le cou, on va arrêter de se parler et j'aime t'entendre me parler de toi.

Tu es allongée, nue, sur le ventre, les jambes croisées, ton visage appuyé sur tes coudes et tu me racontes comment ton père t'a portée sur ses épaules pendant vingt kilomètres pour te ramener à Paris à la fin de la guerre, comment il t'a fessée devant un camarade parce que tu n'avais pas respecté la permission de minuit, tu me racontes l'histoire de ton grand-père Boum, officier pendant la Première Guerre mondiale. Ton grand-père Boum qui était le seul à croire en toi, qui a convaincu tes parents de t'autoriser à participer à ton premier casting organisé par Vadim pour un film de Marc Allégret, Les Lauriers sont coupés, qui ne verra jamais le jour. Ton grand-père Boum qui te savait assez intelligente pour te raconter les tranchées, la boue et l'humidité, la faim. Tu souffrais pour lui. Tu avais partagé cela à ton tour avec Vadim.

Vadim t'avait avertie.

« Boum ne te raconte pas tout. Est-ce que Boum t'a rapporté qu'à force de vivre dans l'humidité, les poilus avaient les couilles qui finissaient par traîner par terre ? Le pauvre Boum comme tous les anciens de la Grande Guerre devait se les attacher. C'est pour cela que les vélos d'hommes ont une barre centrale, afin de les enrouler et qu'elles ne traînent pas, elles risqueraient de s'emmêler dans les roues. »

Tu as cru Vadim. Tu te moquais de toi avec joie.

 

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