Mai 67 (Laffont, 3 avril)

Colombe Schneck · Chapitre 5 sur 40

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Mai 67 (Laffont, 3 avril)

Chapitre 4

Le 29 mai 67, tu as noué dans tes cheveux un foulard à motif jaune et bleu et une mèche de tes cheveux s'est échappée de ce chignon retenu par un foulard.

Le sais-tu, toi, que ce jour-là une mèche blonde a glissé de ce tissu serré jaune et bleu ?

Te souviens-tu que le 29 mai 67, tu as noué ce foulard dans tes cheveux ? Sans doute pas, peut-être que tu ne te souviens même pas d'avoir possédé ce foulard. Eh bien moi, qui ne l'avais ni acheté, ni choisi, ni noué, je pourrais encore le décrire de manière précise.

Nous sommes dans le restaurant chinois de la rue Royer-Collard et cela ne te plaît pas. C'est la première fois que nous allons l'un et l'autre dans un restaurant chinois. Tu râles, tu aurais préféré un steak-frites. Devant ton assiette de riz cantonais tu t'exclames « tu imagines un bon steak-frites avec un verre de vin rouge, plutôt que ce pauvre riz aux petits pois et ce thé bouillant ? C'est dégoûtant ».

Et moi j'admire ta mèche de cheveux, ton foulard jaune et bleu. Il n'y a rien de plus beau dans mon monde.

Tu dis aussi souvent ce mot, « dégoûtant ».

Je pourrais te citer toute une liste de mots que tu es, pour moi, la première à utiliser.

De mai à juillet 67, je suis invincible, grâce à ton corps tiède, tes expressions que je découvre, « dégoûtant », « rigolo », « moche », « tu m'embrasses papillon », « c'est un chic type », l'odeur mentholée de la lotion que tu appliques sur tes jambes après les avoir exposées au soleil et ce foulard jaune et bleu.

Je découvre et j'admire tout, ce foulard jaune et bleu, un bocal de sauce béarnaise toute prête dans ton réfrigérateur, cela n'existait pas avant 67, un grain de beauté plat et clair sur ta joue gauche, cette manière que tu as de te tenir debout dans un léger déhanchement, ces mots « dégoûtant », « rigolo ».

Ces mots qui étaient si nouveaux et qui ne le sont plus, la première télévision couleur, les premiers cinémas d'art et d'essai, les premières pilules contraceptives, les canapés en plexiglas transparent, tes jupes beaucoup trop courtes, les fleurs dans tes cheveux, la chanson « Summer of Love » que l'on écoutait à la radio, tout cela est toujours présent.

Tu me conduis, ce printemps-là, vers la modernité.

 

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