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Guillaume Poix · Chapitre 13 sur 49

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Recevoir une gifle…

Recevoir une gifle de Gena Rowlands dans Gloria de John Cassavetes.

 

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Entraîné, préparé, du moins, aux cinglés – aux comportements, disons, désarmants ou inappropriés –, j’aurais dû l’être. Grâce à l’opiniâtreté de Régine, j’avais enduré en France plusieurs castings au cours desquels je m’étais copieusement fait insulter.

Au moment de m’accueillir dans une pièce de six mètres carrés munie d’un vasistas où avaient lieu les essais pour lesquels je m’étais présenté ce jour de février, un directeur de casting assis derrière une table recouverte d’une nappe jaunâtre, homme flasque, barbu, sans âge et doté d’une voix

aigrelette, m’avait rapidement avisé en m’appelant par mon prénom puis prié de m’installer pour la scène. Je m’exécutai et m’apprêtai à entamer le monologue qu’on m’avait enjoint d’apprendre.

J’avais trouvé le texte lunaire. C’était une sorte de démonstration étrange censée prouver l’existence de bactéries stellaires aux révolutionnaires facultés de régénérescence neuronale, une sombre histoire de vie éternelle. En faisant de rapides recherches sur internet, j’avais découvert qu’il s’agissait de la retranscription d’une prise de parole de Jean-Claude Van

Damme. Je m’étais alors documenté de manière exhaustive sur l’acteur belge, postulant que le film pour lequel je me présenterais le lendemain était en fait un biopic sur cet énergumène et qu’ils cherchaient plusieurs acteurs pour l’incarner à différentes étapes de sa vie. J’allais me lancer lorsque retentit le timbre péremptoire du directeur de casting :

— Chut. Tais-toi. Tu te tais.

Je me figeai, bouche béante, attentif à ce qu’aucun son n’en sorte pour éviter d’aggraver mon cas. J’attendis quelques secondes, il reprit de plus

belle :

— Tu arrêtes. Tu ne bouges pas.

Je ne savais plus où regarder, je n’osais pas même cligner des yeux.

Au bout d’un moment, alors qu’il semblait plus courroucé que jamais en constatant que j’étais encore là, il eut un mouvement de tête vers ses pieds.

Je compris que depuis le début il parlait en fait à son chien, un bichon dissimulé sous la nappe jaune, justement prénommé Jean-Claude.

— Jean-Claude, stop. Papa est là. On fera pissou plus tard.

Je pus enfin faire la scène. Je pris un léger accent belge à dessein, espérant pouvoir faire illusion, j’avais des ressources insoupçonnées dès qu’il s’agissait de jouer avec un accent. Je fis si bien que le directeur de casting me demanda si j’étais wallon, je mentis et confirmai. Natif de… Je faillis dire Neuchâtel, je n’étais plus sûr de la localisation exacte de cette ville au nom de fromage comme toutes les villes moches, je me rabattis sur Liège. Il opina d’un air mystérieux, comme si Liège lui rappelait une balade

romantique de fin de journée avec Jean-Claude, un pissou mémorable gratifié au pied d’un réverbère Années folles. Cela paraissait lui plaire. Il m’encouragea toutefois à reprendre, mais « sans jouer », précisa-t-il.

— C’est-à-dire ?

— Ne joue pas. Tu dis le texte.

— Je dis le texte ?

— Tu dis le texte. Tu arrêtes de jouer. Tu ne joues pas.

Il ne parlait plus à son bichon.

 

Une autre fois, Régine avait frappé fort, j’auditionnai pour la série Dix pour cent où il m’est apparu qu’elle avait inspiré le personnage interprété par Liliane Rovère. Ils cherchaient un visage vierge, si j’ose dire, pour

incarner celui qui deviendrait le compagnon de Camille Cottin, alias Andréa Martel.

Une fois parvenu dans les bureaux cossus de la production pour les essais, je me présentai à l’accueil. Le secrétaire me demanda de patienter dans la salle d’attente et alla avertir la directrice de casting de mon arrivée. D’où j’étais, je pouvais entendre tout ce qui se disait dans son bureau. Quand le secrétaire arriva, elle l’alpagua immédiatement pour l’interroger sur l’identité du candidat suivant.

— On a qui maintenant ?

Le secrétaire renseigna mon nom.

— Oh non… Non, pas lui ! Non… Il est nul. Mais il est nul. Je t’assure, il est nul, mais qu’est-ce qu’il est nul ! Pourquoi on se le tape ?

Elle avait dû me voir dans Un beau dimanche.

Complètement humilié, je fis comme si je n’entendais pas. Au moins, elle

me connaissait, ce qui était déjà quelque chose. Je me rendis alors dans la salle indiquée par le secrétaire et fus bientôt rejoint par la directrice de casting – Dorothée, de son prénom, quinquagénaire exaspérée par à peu près tout, et surtout par moi. Elle m’accueillit avec ces mots :

— Pipi ? Café ?

Décontenancé, je déclinai, ce qui sembla l’irriter davantage. Je ne comprenais pas pourquoi elle tenait absolument à ce que j’aille uriner. Qu’est-ce qu’ils avaient tous ? Elle reprit aussi sec :

— C’est pour un rôle récurrent, je te préviens. On veut quelqu’un avec une présence. Une vraie présence. De l’envergure. Quelqu’un qui ait une aura. Quelqu’un qui tienne le choc sur plusieurs saisons.

Le message était on ne peut plus clair. Elle devait estimer que j’étais la personne la plus dénuée d’aura et d’envergure qu’elle ait jamais vue. Je devais m’apparenter pour elle à un iule poilu et luisant, quelque chose en tout cas de si rebutant que j’inspirais l’envie qu’on m’écrabouille et qu’on me jette dans la cuvette des chiottes pour que je disparaisse à tout jamais

dans un grand bruit d’eau.

Je ratai cette audition et découvris, en visionnant la première saison, qu’ils avaient choisi une femme. Andréa Martel était devenue lesbienne – revirement que je ne sais toujours pas comment interpréter.

 

Régine n’était pas responsable de toutes mes débâcles. Avant l’expérience traumatique de Cannes, le tournage des Bureaux de Dieu m’avait déjà singulièrement éprouvé. Sollicité pour raccompagner Marie Laforêt chez elle, j’avais à peine eu le temps de masquer mon angoisse en considérant les clés d’une Clio trois portes gris métallisé. N’ayant encore jamais conduit dans Paris, je me repré sen tais l’entreprise comme la scène où HAL prend le contrôle dans 2001, l’Odyssée de l’espace.

J’avais fait mine de maîtriser la situation quand la fille aux yeux d’or, grimpant, bien avisée, à la place de la morte, m’avait demandé pourquoi j’avais déplié le plan du métro sur mes genoux. (Je précise que les premiers smartphones ne furent commercialisés qu’à partir de 2007, année du tournage du film de Claire Simon, mais qu’à l’époque je n’avais clairement pas les moyens d’acquérir un mini Hal capable de m’indiquer le trajet à

suivre pour pallier l’absence de GPS.)

J’avais donc roulé depuis le boulevard Raspail jusqu’à Châtelet, tout s’était à peu près correctement déroulé jusqu’au moment où je m’étais mangé un trottoir. La voiture avait rebondi sur la chaussée, heurtant une poubelle. Marie Laforêt s’était alors ruée sur la poignée de maintien et simultanément, dressée sur son siège, elle avait hurlé « Santa de Dios ! » en se signant. Elle m’avait sommé de la laisser descendre sur-le-champ, elle allait prendre un taxi aux frais de la production et porter plainte contre moi

qui avais cherché à l’assassiner. Elle avait ouvert sa portière et, avant de quitter la Clio, m’avait envoyé son sac à main dans le plexus d’un coup sec et hargneux. J’en avais eu le souffle coupé, elle avait disparu en me traitant de danger public, me souhaitant de flamber dans les flammes de l’infierno, et je n’avais pas eu le temps de lui demander si elle avait des accointances uruguayennes.

 

Ces épreuves auraient dû me préparer à ce que j’allais subir au moment de passer les essais pour décrocher le rôle de Quentin LeBon – mais il est vrai qu’on n’est jamais préparé à l’éradication du moi.

 

Une précision s’impose avant d’aller plus loin. Le tournage des Bureaux de Dieu ne m’a pas mis qu’en présence d’illuminées sanguines. Il y a eu Claire. Il y a eu Nicole. Il y a aussi eu Marceline – je n’ai rien dit sur Marceline et c’est inadmissible.

Marceline Loridan-Ivens, le nom ne vous dit peut-être rien et pourtant

vous la connaissez. Vous la connaissez parce que vous l’avez vue dans Chronique d’un été, vous avez vu Algérie, année zéro et La Petite Prairie aux bouleaux. Et vous avez lu Et tu n’es pas revenu et Ma vie balagan.

Dans son appartement biscornu de la rue des Saints-Pères, Marceline (ça calme tout de suite) m’avait raconté Auschwitz, son mari Joris, la Chine, les valises pendant la guerre d’Algérie, tout ce qu’elle a par la suite relaté dans ses livres.

Nous avions passé le tournage collés l’un à l’autre. J’allais la chercher chez elle, à quelques pas du décor, pour l’accom pagner sur le plateau.

J’étais son chaperon. Je me souviens de son trac immense. Comme Nicole elle était cinéaste, mais elle n’avait pas la même carrière d’actrice et jouer l’intimidait. Elle marchait lentement, juchée sur de minuscules souliers noirs à semelles compensées. Elle ne voyait plus que d’un œil. Elle qui avait traversé un siècle d’horreurs paraissait si frêle. Ses mots, je les comprenais intellectuellement, mais le puits de nuits profondes et gelées qui faisait surgir de sa pupille morte des flots de cauchemars sans images me restait insondable. En fait, je ne comprenais rien. Je ne comprenais que ce

corps d’un mètre quarante tout au plus, cette chevelure rousse et balagan, ces mains vitiligo et cette voix de bébé léopard.

J’adorais la voir se faire maquiller. Son visage parsemé de taches de rousseur et de vieillesse se reflétait dans le miroir. Elle s’y contemplait d’un œil étranger. J’observais alors le pinceau lesté de poudre chair chatouiller ses joues creuses. Je scrutais l’effacement progressif du temps sur sa peau couleur d’érable. Chaque trace disparaissant sous l’artifice me bouleversait. Il suffit de cela, me disais-je, pour oublier. Sa figure se métamorphosait

discrètement, sans autre bruit qu’un infime chatoiement. Elle revenait du fond de sa jeunesse, ses traits d’enfant ressurgissaient et la femme, la vieille dame acclamée, le témoin majeur et révéré cédaient la place à l’adolescente. Mais c’était l’adolescente terrorisée qui réapparaissait. Celle qui avait un jour été traînée là où les mots meurent également. En gommant les stigmates du temps, je redoutais qu’on abolisse sa mémoire, ce qu’elle avait traversé. C’était l’inverse qui se produisait. La mémoire se faisait plus vive puisqu’elle ressuscitait son plus criant visage. On la maquillait non pour

l’embellir ou atténuer les empreintes de ce qu’elle avait subi. Au contraire. On la maquillait pour que s’adresse à nous, en direct, la jeune fille revenue qu’elle ne cesserait jamais d’être.

Un soir que nous dînions sur son balcon, elle me parla d’amour. Elle avait préparé du pigeon, c’était la première fois que j’en mangeais. Je nous revois, fumant un joint ensemble au-delà de minuit, dans le doux automne parisien de cette année-là. C’était mon premier pigeon. Mon premier joint, aussi. Et ce serait le dernier. Le minimum que je puisse faire pour donner à cette rencontre un caractère inoubliable dans ma vie, pensais-je, c’était de partager une chose qui n’aurait jamais lieu qu’avec elle. Nous aurions pu

faire l’amour mais, cela, je le ferais avec d’autres, espérais-je à l’époque. Fumer un joint, pour moi qui m’étouffais dès que me parvenaient les émanations d’une cigarette, me semblait une expérience désirable, suffisamment transgressive par rapport à mon éducation pour me croire en rupture et en garder une image étincelante. J’étais un gentil garçon, à l’époque, bien élevé, une sorte de Grace Sheffield. Je n’étais pas encore entré dans ma période Californication.

J’ai observé Marceline préparer cette chose dont j’ignorais tout, cette

chose stupéfiante qui faisait naître en moi mille fantasmes, mille craintes aussi, moi l’ignare, je l’ai regardée allumer la mèche filandreuse et tirer, s’abreuver au parfum salutaire, elle m’a tendu le bâton de haschich avec un air radieux de petite fille, et, longuement, patiemment, j’ai extrait de ce philtre le pouvoir de garder pour toujours le charme et l’odeur de cette soirée, remerciant la nuit que cette femme si petite, si gourmande, cette femme tonitruante et libre comme j’ai vu peu de personnes l’être, cette femme aimante, cette femme légère comme la cendre et lourde comme les

années, cette femme puisse avoir ce répit d’où hurlerait pourtant toujours le silence du passé.

Elle me raconta l’amour après. Quelques années plus tard, elle l’écrirait dans un livre portant ce titre. Elle m’avait confié ce soir-là des choses qu’elle n’avait jamais dites à quiconque, comme pour me faire croire que je pouvais compter.

— Pourquoi je te parle de tout ça ? s’était-elle étonnée.

— Parce que je te le demande, avais-je crânement répondu.

Elle m’avait prêté un livre. Je ne lui ai jamais rendu. Joris Ivens ou la Mémoire d’un regard. Cet ouvrage lui était cher mais je voulais conserver quelque chose d’elle. Je le contemple parfois dans ma bibliothèque, en gardant le silence.

Et je n’ai jamais plus mangé de pigeon.

 

Me dévorer – moi qui l’étais devenu, pigeon – avait l’air d’être le projet de Nancy, la directrice de casting, le matin où je tentais de devenir Quentin LeBon.

À peine parvenu dans une vaste salle où se trouvaient pas moins de trois

caméras tournant déjà – je mesurai le contraste avec les moyens français dont j’avais été jusqu’ici témoin en pareille circonstance –, et tandis que Nancy venait de s’installer avec deux assistants, un mec hystérique muni d’un flingue, qui avait l’air vrai pour ce que j’y connaissais en armes à feu, déboula, précédé par des cris étouffés dans le couloir et un vacarme fulgurant ayant à peine eu le temps de nous alerter. Le mec se rua sur moi.

Un mec avec un flingue, me dis-je, paniqué, un mec avec un flingue, a guy with a gun – depuis plusieurs semaines, je conversais intérieurement en

anglais, j’avais délaissé le français, je rêvais également dans cette langue étrangère quand il m’arrivait de dormir assez pour que quelque chose ressemblant à un rêve naisse dans les profondeurs embrumées de ma conscience –, a guy with a gun, donc, devant moi, en train de me viser avec son colt, son browning, son beretta, n’importe lequel de ces gadgets de cow-boy.

J’avais commencé par sourire comme cela nous arrive parfois dans une situation de gêne extrême ou d’effroi. Le mec ne faisait pas semblant. Il

était possédé. Ses épaules étaient massives, il portait un t-shirt ras du cou, un treillis, ses avant-bras étaient déraisonnablement velus, il me tenait en joue et me hurlait des insultes (toujours ces enculées de nonnes qui sucent leurs mère, neveu et arrière-petite-cousine).

J’avais d’instinct levé les mains en l’air, le mec fulminait, il m’accusait de lui avoir piqué sa copine, je ne comprenais rien, il m’ordonna de me mettre à genoux, Nancy tentait mollement de le calmer, les deux assistants étaient figés sur leur fauteuil, le mec hurlait de plus belle, j’étais maintenant

couché au sol, mains sur le crâne, canon enfoncé dans la nuque.

C’est quand même pas de bol, me disais-je, pour une fois que je passais un casting pas trop nul.

— Merci, Brad, lâcha Nancy.

Ledit Brad me tapota l’épaule, éclata de rire et s’excusa aussitôt. Il m’aida à me relever, j’étais à l’ouest.

Nancy m’expliqua qu’elle avait souhaité me placer dans une situation de stress pour observer et évaluer ma réponse corporelle. À présent, j’allais pouvoir suivre les directions qu’elle me donnerait pour jouer l’une des scènes que j’avais apprises.

Je pouvais l’attaquer en justice pour ce qu’elle venait de me faire subir, j’aurais pu avoir une crise cardiaque, je m’étais liquéfié devant elle – je remerciai mes sphincters d’avoir tenu, j’aurais tout aussi bien pu me vider. Je me contentai d’un sourire complice et d’un :

— Je comprends, bien sûr, c’est normal.

 

Mais qu’est-ce qui était normal, au juste ? J’étais un morceau de cheddar qu’on allait soupeser ? Un bon vieux steak dont on allait vérifier qu’il ne se grisait pas une fois sorti du réfrigérateur ? Un bichon à qui on allait intimer l’ordre de ne pas aboyer en lui envoyant dans le gosier une croquette au thon pour le faire patienter avant son pissou ? Qu’est-ce qui me valait d’être manipulé de cette manière, objectivé de la sorte, qu’est-ce qui justifiait

qu’on me fasse subir les expériences les plus humiliantes ? Est-ce qu’un acteur était condamné à n’être que cette chose soumise et consentante, cette Flipote dénuée de volonté, cette chose inerte et molle qu’on s’échangeait au gré des besoins, cette chose pratique et muette qui pouvait rapporter gros ?

 

Je ne m’étais pas contenté d’un « Je comprends, bien sûr, c’est normal ». En écoutant le silence qui avait suivi mon « Je comprends, bien sûr, c’est normal », quelque chose s’était déclenché au fond de moi.

Là, maintenant, tout de suite, je n’en pouvais plus. Tout était allé très vite, un trop-plein de résignation et de honte accumulées depuis toutes ces années où, des metteurs en scène aux directeurs de casting, des assistants aux stagiaires, on s’était permis de me poser des questions dégradantes sur

mon intimité et les limites que je me fixais dans toutes les dimensions de ma vie, on m’avait demandé de me mettre dans des positions indécentes, on m’avait imposé de faire le chien, le rouge, le nord, Patrick Juvet, la limace, la sérendipité et l’ovule, on m’avait baratiné sur mon clown intérieur, mon médium et mon timbre de ténor enrhumé, on m’avait encouragé à tenir des propos ignobles et orduriers pour me faire remarquer, on m’avait ordonné d’aller chercher toute la crasse tapie dans mes entrailles pour briller, on m’avait sommé d’aller toujours plus loin dans le seul but, ça m’appa raissait subitement, de faire jouir cette petite armée de pervers frigides et complexés. C’en était trop.

J’avais balancé ma tirade de questions indignées. C’était logorrhéique, ça sortait dans un australien pas dégueu, c’était un vibrant plaidoyer contre l’instrumentalisation des acteurs, l’anéantissement de l’art dramatique, la marchandisation des corps et des consciences.

Nancy commença par me remercier pour cette conversation très inspirante et édifiante à maints égards. Puis, très poliment, elle me congédia en m’expliquant que je n’avais manifestement pas les épaules pour être acteur, métier – elle avait sciemment appuyé sur ce mot – qui consistait tout

simplement à savoir se rendre disponible.

 

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