Star
Avoir tiré à l’arc…
Avoir tiré à l’arc dans Gladiator de Ridley Scott.
L’avoir fait, et certainement de la façon la plus professionnelle qui soit, mais, rendez-vous compte, avoir été coupé au montage par ce gros lourdaud de Ridley Scott. C’était une blague. Comment un type aussi nul que Ridley Scott avait-il pu passer à côté du talent d’Ariel ? Dans une récente interview au Hollywood Reporter, il avait eu le culot de s’en vanter. Je le haïssais.
À cause de lui, Ariel avait tout arrêté, vexé sans doute d’avoir été coupé au montage pour la première fois de sa carrière, et par le plus mauvais de
tous. D’ailleurs, c’était un exploit. Comment était-il parvenu, avant de devenir une légende, à résister au montage, à demeurer dans le film, à ne pas se faire couper, découper, dépecer ? C’était décidément le plus grand, me dis-je dans la petite cellule de dégrisement.
On m’avait cru saoul, moi qui étais ce jour-là d’une rare sobriété. J’attendais que Jonathan vienne me chercher. J’avais encore le loisir de vagabonder et c’est ainsi que je corrigeai ma première impression s’agissant de cette mésaventure avec Ridley Scott.
Après tout, c’était peut-être son ultime leçon, celle qu’il livrait en testament dans le dernier film de sa carrière où personne ne le verrait jamais, une sorte de radicalisation du geste supérieur qu’il s’était attaché à produire en en accomplissant une multitude d’autres de plus petite ambition, le geste de tous les gestes, le geste absolu : disparaître.
Ariel sortait de scène par l’humiliation suprême, l’expérience obligatoire de tout acteur. Peut-être avait-il attendu toute sa carrière que cela lui arrive. Il avait espéré en vain qu’enfin on le supprime du champ, mais jamais cela
n’adve nait, il s’acharnait alors, se demandant quand cela aurait lieu. Quand serait-il devenu assez virtuose dans son art, assez transparent, pour que le regard n’ait même plus besoin de se poser sur lui ?
Et un jour, dans un péplum criard, on avait décidé de se passer de lui. Alors ce fut le soulagement. Ariel comprit qu’il pouvait désormais disparaître pour de bon. Enfin se reposer.
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