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Guillaume Poix · Chapitre 23 sur 49

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Un matin…

Un matin, je reçus un autre mail de Nicole.

 

Je profite d’une insomnie.

Tournage, tourbillon.

Donc, après.

Je revois un plan d’Ariel le lendemain, assis sur la plage, il regarde la petite fille qui joue au loin avec d’autres enfants. À sa demande, il l’a inscrite à un club de vacances, une école de plage. L’émotion dans sa nuque. Il est tendu vers elle.

Et puis j’apparais à l’image pour la première fois.

Robe vert d’eau, manches trois quarts, serrée à la taille par une lanière de cuir, belle coupe, j’adorais la porter, j’ai des allures de jeune fille. Je l’avais choisie parmi une dizaine proposée par la cheffe costumière.

Succession de plans où je virevolte, d’un cadre à l’autre, je ne m’arrête jamais, je ne sais pas comment Ariel a monté ça, la séquence est très rythmée.

On comprend que je reviens d’un voyage d’affaires.

En négatif toujours, le corps opaque, élancé d’Ariel, ombre portée sur moi tellement vivante. (Je m’envie.)

J’aime cet homme, c’est très visible, c’est contagieux, même, pour le spectateur. Je n’ai pas un regard pour la petite qui joue au loin.

Une scène où nous dansons un tango sur la plage, on titube, on trébuche, on rit, on s’embrasse.

Je vais me baigner, Ariel me contemple, allongé à plat ventre, les omoplates couvertes de sable, j’y ai tracé des sillons. Ses cheveux hirsutes. Il imite mon crawl maladroit, fait semblant de nager sur le sable, on rit encore, il se met sur le dos, cache son visage et bronze. Je sors de la mer, je me couche sur une serviette, je tremble, ce doit être avril ou mai, on est hors saison, Pâques, me semble-t-il. Malgré le soleil, on devine que l’eau est gelée, que moi seule ai eu le courage de me baigner. Comme pour me faire mal, m’avait dit Ariel. Revenir à moi dans l’effarement de me savoir redevenue cette créature conjugale, moi qui, semaine après semaine, tutoie les gratte-ciel et négocie, apprend-on au cours d’un petit dialogue, de juteux contrats d’armement.

Ariel éponge mes bras, je me rappelle le bruit rêche de la serviette sur ma peau perlée, elle était bleu roi, je ne dis rien, je souris. Il me renverse contre le sable, menotte mes mains en usant des siennes (il m’avait fait un peu mal), il m’embrasse encore. Cris d’enfant.

Plus certaine de l’enchaînement, je vais réfléchir à la suite.

Je t’embrasse.

N.

 

Il avait été envoyé à 3 h 18, heure de Paris.

 

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