Star
Edith Winthrop…
Edith Winthrop avait subi un AVC qui l’avait laissée dans un état végétatif, appris-je auprès du réceptionniste. Elle était considérée comme destitute.
Je manifestai mon incompréhension quant au sens exact du mot – j’inférais « destituée », mais destituée de quoi ? De ses capacités cognitives ? De son autonomie ? Quel statut avait-elle précisément perdu ?
— Cela veut simplement dire que c’est la Fondation de l’établissement qui prend en charge les frais de son séjour, précisa le réceptionniste.
— Comment cela ?
— Mme Winthrop est sans ressources.
— Et son mari ? demandai-je, stupéfait.
— Mme Winthrop n’a plus aucun proche connu.
Je vacillai et me retins au comptoir. Il me semblait qu’un mot existait en français pour désigner cet état, cette destitution, mais il ne me revenait pas.
— Personne n’est encore venu la voir ?
Le réceptionniste s’agaça. Il n’en savait pas davantage sur les détails de la
vie privée de Mme Winthrop. Il en avait déjà trop dit, n’étant pas habilité à communiquer des informations personnelles sur les résidents – et surtout pas à des étrangers. En revanche, oui, si j’étais recommandé par M. Garcìa, je pouvais y aller. À cette heure-ci, une infirmière devait être sur place pour les soins, elle m’ouvrirait. Villa 237.
Après avoir trouvé ladite villa, tremblant, j’avais sonné plusieurs fois sans obtenir de réponse. Je ne savais pas si je devais persévérer ou renoncer. Que pourrait bien m’appren dre une femme démunie et privée de parole ? N’était-il pas déplacé d’aller la visiter ?
Désemparé, songeant à sa solitude, je décidai tout de même de faire le tour pour entrer par la baie vitrée, côté jardin. Les habitations devaient être
toutes plus ou moins conçues selon le même modèle, quel que soit leur standing. M’approchant de la vitre, je découvris la silhouette d’Edith allongée sur le matelas anti-escarres de son lit à barrières. Elle était d’une
maigreur spectaculaire. Des perfusions irriguaient ses bras dont la peau semblait si fine qu’elle m’apparut multicolore. Rouge, vert, blanc, j’eus l’impression de voir en transparence tout ce qu’elle dissimulait, cette peau – les artères, les veines, les os.
Edith avait les yeux ouverts. D’un bleu étincelant, ils étaient profondément enfoncés dans ses orbites.
Elle regardait le plafond avec une intensité particulière. Des larmes coulaient, je sentais aussi les miennes monter devant le spectacle de cette
femme en ruine. Ses longs cheveux gris répartis sur l’oreiller lui faisaient une couronne. Je levai les yeux pour tenter d’apercevoir ce qu’elle fixait. On lui avait punaisé une petite photographie en noir et blanc aux bords crénelés. On y discernait deux êtres dans leur pleine jeunesse.
Un homme en smoking, d’allure princière, enlaçait une frêle jeune femme vêtue d’une robe blanche et dont la chevelure était retenue par un voile de dentelle.
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