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L’établissement Vidiots…
L’établissement Vidiots se trouvait au croisement de la Third Street et de Pico Boulevard, non loin de la jetée de Santa Monica, à une trentaine de minutes du domicile que j’occupais, seul désormais. Cela faisait près de six mois que Madeline m’avait quitté, j’aimais notre meublé, j’avais décidé de le garder. Si Madeline voulait revenir, elle saurait où me trouver. Le loyer était exorbitant mais avec les cachets de figuration que je touchais et le Stella, je m’en sortais. J’avais même réussi à acheter d’occasion pour une somme très modique (qui aurait dû m’alerter) une Cadillac turquoise qui ne
pouvait rouler qu’à 45 miles par heure maximum, ce qui correspond grosso modo à 80 kilomètres par heure, et ce, en faisant un bruit d’hélicoptère. Je m’en foutais. Au volant de ma Cadillac, j’avais vraiment l’impression de vivre dans un film, donc tout allait bien. Enfin, aussi bien que possible pour un célibataire en exil et dépressif.
Vidiots était tenu par deux femmes, Cathy et Patty. C’était Jonathan qui m’avait recommandé l’endroit. Les plateformes ne s’étaient pas encore vraiment développées, peu d’œuvres étaient disponibles en streaming, ou au
cinéma, le vidéoclub était la meilleure solution pour mener à bien mon projet.
La veille, Jonathan avait passé un coup de fil à Cathy et Patty pour qu’elles m’aident dans ma démarche. Il leur avait envoyé la filmographie complète d’Ariel par mail.
Quand j’arrivai, elles avaient déjà préparé une pile de DVD. Certains des films, ainsi qu’elles me l’expliquèrent, n’étaient pas réédités, mais elles possédaient des VHS. Avais-je un magnétoscope ? Par chance, le meublé
dispo sait des deux lecteurs, ce qui nous avait paru anachronique. Avec Madeline, nous avions remisé le magnétoscope au fond d’un placard, considérant qu’il prenait beaucoup trop de place. J’allais devoir le rebrancher, ce qui m’angoissait déjà. Quoi qu’il en soit, j’affirmai à Cathy ou Patty, je n’avais pas compris laquelle était qui, que c’était ok. Exceptionnellement, puisque j’étais recommandé par Jonathan, je pouvais emprunter dix films par semaine. Je calculai qu’il me faudrait près de trois
mois pour venir à bout de la filmographie d’Ariel.
Je décidai de commencer par les Cassavetes. J’avais revu Gloria avec Madeline, il m’était impossible de réitérer. J’optai plutôt pour Opening Night.
— Alors, dommage, il est sorti et n’a pas encore été rendu. Mais dans ce premier lot, on vous a mis Une femme sous influence, Husbands et Meurtre d’un bookmaker chinois.
Je les remerciai, réglai et en profitai pour me créer un compte et une carte
de fidélité. Puis j’attrapai le paquet de dix films qu’elles m’avaient destiné et je regagnai ma Cadillac.
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