Star
— Je suis repartie…
— Je suis repartie, sans dire au revoir à l’enfant, il n’y aura eu aucun plan de nous deux l’une avec l’autre.
Le lendemain matin, j’avais un message de Nicole sur mon répondeur.
— Ariel est nu, debout face à la mer, collé à la baie vitrée, il semble regarder l’horizon calme et dégagé, il goûte la solitude… On est assez loin de lui, il est dans la pénombre de l’intérieur tandis que dehors la lumière éclate après la pluie. On ne perçoit qu’imparfaitement sa nudité. Il est élancé, sa chair se confond avec les ombres. On croirait une peinture… Il
porte son appareil photo en bandoulière. Ses doigts tapotent la vitre. Une percussion légère. Un geste machinal. On dirait qu’il dactylographie dans le vide. Ou qu’il envoie un signal à quelqu’un. Qu’il appelle… Au bout de longues secondes sans que rien, hormis l’avancée de quelques nuages en miroir de la mer qui moutonne ainsi que les mouvements de cage thoracique d’Ariel cherchant un plus large souffle, ne trouble le plan, la petite fille apparaît sur la terrasse. On ne sait pas d’où ni comment. Pourquoi une enfant de trois ans se promène-t-elle seule sur une terrasse
sous le regard de son père sans qu’il ne bouge, n’aille la chercher, l’étreindre, l’emporter près de lui ?
— Miss None ? Ariel chuchote.
Aucune réponse.
— Miss None ? Il chuchote toujours, et toujours le silence pour réponse. Sa voix nous révèle qu’il pleure.
Il lâche son appareil qui se brise au sol. Ne réagit pas.
Un travelling avant, la caméra s’approche d’Ariel et le quitte. On passe de
nouveau à travers la baie vitrée, brusque rumeur de la mer, le cadre se fige ainsi, dans cette contemplation béate du corps miraculeux de la petite fille.
L’enfant se couche au sol, elle écarte les bras et les agite comme si elle nageait sur le dos.
— Miss None ! répète-t-elle dans un rire, seule et regardant le ciel.
Alors le soleil la prend tout entière, blond, lac clair, chair blanche, tout cela épouse le soleil et s’y fond. La lumière change comme sous l’effet des
giboulées, des orages, des ondées, tout ce qui brusque et sans appel donne à sentir le temps, celui qui passe – et l’enfant n’est plus là.
Je me repassai le message de Nicole, étourdi par sa voix. Il me semblait
qu’elle était étreinte par l’émotion, ça montait vers la fin sans sommation, sa respiration la trahissait. Et je me noyais avec elle.
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