SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 13 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 12

 

Le lendemain matin, il est à peine 8h00 quand je suis réveillée par la

lumière du soleil. Mickaël est déjà debout et habillé, il prépare le petit déjeuner à base d’œufs brouillés. Je me lève rapidement et file à la douche. Quand je reviens, le petit déjeuner est déjà servi et Mickaël a l'air préoccupé.

- C'est quoi le problème ?

- Je me demande juste si c'est une bonne idée d'aller dans ce centre commercial. J’ai peur de ce que l’on va trouver à l’intérieur.

En disant cela il me regarde du coin de l’œil. Il a dû ressasser ma

réaction de la veille toute la nuit et maintenant il doit se demander si je suis vraiment de taille. De mon côté, la nuit m’a apaisée et a fait taire mes doutes sur mes capacités.

- Ne t'inquiète pas pour moi, je suis prête, lui affirmé-je pour le rassurer.

- Tu feras ce que je te dis, quand je te le dis. Je ne veux pas de question ni d'objection, c'est compris ?

Et revoilà mon sergent instructeur !

- C'est clair, pas de question, pas d'objection.

Plus tard, devant la table avec toutes les armes, je reste circonspecte.

Lesquelles choisir ? Je suis un peu perdue. Mickaël me regarde et me dit.

- Tu es très douée avec les couteaux, tu prends celui-ci et celui-là, me dit-il en me montrant deux poignards de 20cm de long. Tu en mets un sur chaque jambe. Tu prends aussi un pistolet, au cas où. Tiens, prends ce holster.

Il me tend l’équipement que j’ajuste à mon petit gabarit.

- Prends un chargeur de rechange aussi, on ne sait jamais. 

Je m'équipe avec tout ce qu'il m'a donné et un quart d'heure plus tard, je

suis prête. On se dirige ensemble vers la porte. Il commence à pousser sa moto et me lance :

- Ouvre la porte.

J'attrape la clé qu'il laisse derrière le comptoir d'accueil et déverrouille

le cadenas. A l'instant même où j'ouvre la porte, je sens l'air frais du matin sur mon visage. J'ai passé tout l'été dans le gymnase et c'est déjà l'automne. Les feuilles commencent à jaunir mais le soleil brille encore et la température est fraîche mais agréable. Sentir le soleil taper sur mon visage est un pur bonheur. Je pousse la grande porte pour laisser passer Mickaël et sa moto et je referme derrière lui en gardant les clefs dans ma veste. Je me dirige vers lui et à ce moment-là, je me rends compte que je ne suis jamais montée sur une moto. J’essaie de passer une jambe derrière lui mais manque de tomber. Je me rattrape comme je peux alors qu’il explose de rire, puis il se lève et m'invite à monter.

- C'est comme sur un cheval, une jambe de chaque côté !

- Ça va je ne suis pas débile non plus ! lui rétorqué-je énervée par ma maladresse.

Il continue à se marrer alors qu'il se met en selle.

On roule une bonne demi-heure avant d'apercevoir le centre

commercial. Le vent dans mes cheveux me donne une impression de liberté que je n'ai jamais eue avant. Les routes sont désertes, des voitures abandonnées sont posées çà et là, mais la moto permet de passer partout. Je m'agrippe à la taille de Mickaël. Ce contact me gêne un peu mais je me rends compte que ça fait longtemps que je n’ai pas eu quelqu’un contre moi et que ça m’a manqué. Quand on s'arrête enfin, je vois le centre commercial et son immense parking. Mickaël s’arrête d'abord à la station essence et essaie les pompes une à une, à la recherche de carburant. La deuxième lui permet de faire le plein. Ensuite on part se garer un peu en retrait, sur le parking d'une enseigne de papiers peints. En voilà une qui n'est pas près de se faire piller.

- Très bien, tu te souviens du plan ?

- Oui, dis-je concentrée. On fait le tour, on entre, on prend, on ressort, sans question ni objection

- Excellente mémoire, dit-il avec un large sourire. Suis-moi.

On commence par se diriger vers l'arrière du bâtiment. Les portes sont

toutes fermées. Il essaie de les tirer une par une mais aucune ne cède. 

- L'ouverture se fait par l'intérieur. Si elles sont fermées, ça ne veut rien dire, ça peut être bon comme mauvais.

On continue notre tour. Les quais de chargement sont fermés.

- Ça c'est plutôt bon signe. Ils ne sont pas éventrés.

Sur le côté du bâtiment, une seule porte est visible.

- A ton tour, va voir si elle s'ouvre.

Je me présente devant cette porte avec une appréhension que j'essaie de

camoufler sous un air décidé. Je prends doucement la poignée, essaie de tirer, de pousser. Rien ne se passe. Le silence autour de nous est lourd. Je colle mon oreille à la porte et n'entends rien. Je rejoins Mickaël et lui fais mon rapport.

- Excellent !

On continue et on passe sur le devant du bâtiment. Les portes

automatiques ne fonctionnement plus évidemment, mais les vitres sont toujours en place. Les issues sur le côté des tourniquets sont fermées de l'intérieur.

On procède de la même façon pour toutes les entrées principales,

toutes sont intactes et fermées de l'intérieur. On finit notre tour à notre point de départ et Mickaël fait un bilan à voix haute.

- Toutes les issues sont soit fermées de l'intérieur avec des portes coupe-feu, soit désactivées. C'est bon signe. Il ne doit pas y avoir de dégénérés à l'intérieur. Ils n'ont pas pu rentrer. Par contre c'est étonnant que personne ne se soit servi dans ce centre commercial et ça, ça m'inquiète. Il y a quelque chose d'anormal mais je ne sais pas quoi. Il se peut que des gens aient pris possession des lieux au tout début de l'infection et s'en serve comme abri. Dans ce cas, il faut s'attendre à ne pas être très bien reçu.

- S’ils ne sont pas malades, on pourrait simplement leur demander de nous donner un peu de nourriture.

- Ils n’accepteront jamais de nous céder une partie de leur stock. Les gens sont devenus violents pour survivre. Même avant tout ça, certaines personnes étaient des monstres. Tu devrais le savoir mieux que personne. Rajoute une pandémie mondiale à l'équation et tu te retrouves avec des gens très bien qui tuent pour survivre une semaine de plus.

- Tu es en train de me dire que l'on va tuer des gens sains à l'intérieur juste pour leur prendre leur bouffe.

Je regarde Mickaël incrédule.

- Je dis juste que tu dois être prête à te défendre si on t'agresse. T'es prête ?

Je commence à paniquer intérieurement. Je n'avais pas pensé à cette

situation. Comment pourrais-je tuer des gens qui, en fin de compte, sont comme moi, des survivants qui essaient juste de manger et de nourrir leur famille ? Cette pensée m'horrifie et je préfère éviter d'y réfléchir.

- Oui, je suis prête.

Je suis Mickaël rapidement jusqu'à un quai de chargement. Il insère un

cric sous le volet roulant et pousse d'un coup sec. Celui-ci s'entrouvre. Il se penche sur le sol et jette un coup d'œil à l'intérieur.

- Ça semble calme. On y va. Et pas de bruit à l'intérieur.

Il ouvre le volet jusqu'à hauteur d'homme, j'attrape mes poignards, un

dans chaque main et je rentre en le suivant.

A l'intérieur tout est calme. On débouche sur une grande salle qui

devait servir au chargement/déchargement des marchandises. La salle est déserte. Mickaël se dirige vers la porte au fond du quai et l'ouvre doucement. On emprunte un long couloir qui serpente à travers le complexe avec des portes tout le long. Celui-ci débouche finalement dans le centre commercial. Il y fait sombre mais pas autant que dans le couloir que l'on vient de suivre et je respire un peu mieux. Je scrute les environs sans voir âme qui vive. On se dirige rapidement vers ce que l'on pense être l'hypermarché, quand un bruit proche nous parvient. Mickaël me fait signe de me baisser et nous partons nous mettre à couvert derrière un stand au milieu de l'allée. D'autres sons nous parviennent, pas de mots, juste des grognements sourds. Cachée derrière le comptoir, je risque un œil et vois des pieds dépassant d'un magasin. D'un coup, les bruits deviennent un peu plus agressifs et une femme sort du magasin en hurlant. Une dispute a éclaté. Elle est suivie par deux autres femmes plus jeunes puis par deux hommes qui les menacent de leurs poings. Un jeune homme sort à son tour, silencieux. Mickaël me fait signe de me mettre à l'abri. Je n'ose même plus respirer, l'atmosphère est étouffante. Comment sont-ils entrés alors que toutes les portes sont fermées. Mickaël était pourtant sûr qu'il n'y aurait pas de dégénérés à l'intérieur. Cependant, je ne peux m'empêcher d'être soulagée. Si des dégénérés sont là, ça veut dire qu'il n'y a personne de sain. Ça veut aussi dire que je n'aurai pas besoin de tuer des survivants.

Du coin de l'œil je vois Mickaël concentré, je l'entends presque

penser. Il se retourne vers moi et me fait des gestes pour essayer de m'expliquer son plan. Voyant que je n'y comprends absolument rien, il regarde sur le comptoir et trouve un stylo et une feuille. Il dessine rapidement deux grands bonhommes, trois plus petits et un encore plus petit. En me montrant les deux plus grands, je comprends qu'il s'occupera des deux hommes. Il me montre le plus petit et je comprends que l'adolescent sera pour moi. Ensuite il faudra se charger des trois femmes. Je jette un œil à la scène et vois qu'ils sont en train de s'éloigner. Deux des femmes partent dans notre direction quand le reste de la meute se dirige vers l'allée sur la droite. Je lui fais donc comprendre que non, on doit d'abord gérer les deux femmes, puis le reste de la meute. Il me regarde avec un air un peu dépité. En effet, il m'avait bien dit pas d'objection, mais au vu de la configuration, il se range à mon avis. On attend, tapis, que les femmes dépassent le stand et comme un seul homme on se jette sur elles. Je plante mon couteau dans la gorge d'une d'entre elles, avant de le retirer violemment. Je la regarde s'effondrer sur le sol dans un bruit sourd et reste les bras ballants. Mon visage est couvert de sang, je sens son goût métallique sur mes lèvres et le sang qui coule sur mes yeux. Je suis incapable de bouger, réalisant que je viens de tuer quelqu'un. L'horreur de la situation me pétrifie.

Tout à coup, je sens Mickaël qui m'agrippe le bras et me secoue avec

toute la force qu'il possède. En une seconde je reviens à l'instant présent et, alors que je me retourne vers lui, j'entends les cris du reste de la meute qui se rapproche. Ils ne sont plus qu'à quelques mètres de nous. Ils courent avec leur démarche hachée et grossière. Mickaël est inquiet mais en un regard je le rassure et lui montre que je suis à nouveau avec lui. Je cours vers la droite pendant qu'il s'élance sur la gauche. En face de moi, un homme et une femme ont les traits déformés par la haine. L'homme est devant. Je comprends que je ne ferai pas le poids contre deux adversaires. Je dois d'abord m'occuper de la femme si je veux avoir une chance contre l'homme. Je me jette au sol et glisse sur le côté pour éviter ce dernier. Je me relève prestement et pousse la femme violemment, ce qui a pour effet de l'envoyer un mètre en arrière. Je me jette sur elle et lui tranche la gorge. La manœuvre ne m'a pris que quelques instants. Je me relève et fais face à l'homme. Celui-ci a à peine eu le temps de réagir à ma glissade et il se dirige vers moi. La voix de Mickaël me revient en mémoire « Reste à distance de sécurité » « Utilise tes jambes ». Je fléchis mes appuis et suis prête à l'attaque. Il se jette sur moi et, dans un mouvement leste, je l'évite et lui décoche un coup de pied magistral dans le dos. Il perd l'équilibre et chute violemment la face la première. Je me jette sur son dos, relève sa tête et lui tranche la gorge. Je me relève et me retourne pour aller aider Mickaël quand je m'arrête net. Il est debout, face à moi, les deux dégénérés morts à ses pieds et il me regarde en souriant.

- Tu viens de passer brillamment ton examen de fin d'année ! Avec les félicitations du jury.

Je ne peux m'empêcher de sourire.

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