SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 27 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 26

 

Deux semaines ont passé depuis que j'ai amené Emma en ville. Lucie

et Enzo sont toujours dévastés, Lucie dort encore dans la chambre avec son fils. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas la force pour prendre l'autre chambre et pleure toutes les nuits. Elle s'inquiète pour sa fille, elle se pose un million de questions auxquelles je ne peux pas répondre Je me suis enfermée dans un mensonge qui me bouffe petit à petit. J’ai toujours peur de dire quelque chose, d'avoir une réaction qui trahirait mon secret.

En parallèle, la vie reprend doucement son cours. Lucie s'occupe

beaucoup du potager et de la maison. Enzo, quant à lui, adore aller à la pêche. Il nous ramène presque tout le temps du poisson frais. Luna et lui vont aussi beaucoup chasser, ils sont tout le temps fourrés ensemble et je pense que ça fait du bien à Enzo. Il ne parle presque jamais de sa sœur, il préfère certainement oublier ou du moins la ranger dans un coin obscur de sa mémoire. Au tir, il commence à vraiment bien se débrouiller, il touche la cible presque à chaque fois. J'ai aussi commencé à le prendre plus souvent avec moi en ravitaillement, même si sa mère s'y oppose à chaque fois par principe pour finir par céder. Peut-être qu'inconsciemment, elle espère qu'il apercevra Emma pour lui donner des nouvelles. Mais ça, moi, je sais que c'est impossible.

Comme toutes les nuits depuis quinze jours, je me tourne et retourne

dans mon lit. Je n’arrive plus à trouver le sommeil et quand je m’endors enfin, c’est pour voir le corps d’Emma sans vie. Si je continue comme ça, je vais devenir folle. Je dois trouver une échappatoire, une issue à ce problème sans fin. Je n’arrive plus à les regarder dans les yeux en continuant de leur raconter des bobards sur le sort d’Emma. Au petit matin, j'ai enfin trouvé la solution et pris une décision. J'attends que tout le monde soit levé et réuni au salon pour leur annoncer :

- Je vais partir.

Les yeux de Lucie s'agrandissent brusquement.

- Quoi ?

- Je vais partir.

- Mais, nous ?

- Vous restez là. La maison est à vous.

Elle s'affole.

- Mais si des gens viennent ici ? Et si c'est des dégénérés ? Comment on va se défendre ?

- Calme toi Lucie. Tu t'occupes très bien du potager. Enzo est un excellent pêcheur. Maintenant il sait tirer. Je lui laisserai le fusil. Je l'ai aussi amené à mes principaux points de ravitaillement, je l'ai vu agir en ville, il est très prudent et tout à fait capable de faire des sorties en cas de besoin. Tout va bien se passer. Tu prendras ma chambre et vous passerez l'hiver au chaud. Mais moi, il est temps que je m'en aille.

Comme d'habitude avec Lucie, il faut lui laisser le temps de digérer

l'information. Je jette un coup d'œil à Enzo qui n'a pas ouvert la bouche et ne bouge pas d'un centimètre.

- Enzo, tu t'en sens capable ?

Il réfléchit une minute et lève la tête avec un regard déterminé que je lui connais bien

- Oui.

Ce garçon a grandi trop vite.

- Lucie, tout se passera bien. Au début, ce sera peut-être un peu difficile, mais tu vas vite t'y faire.

Elle ne répond rien mais de toute façon, elle n'a pas le choix.

La journée passe rapidement avec les préparatifs de mon départ. Je

leur donne toutes les consignes auxquelles je pense et je rassemble mes affaires, pas grand-chose, juste le nécessaire, ce avec quoi je suis arrivée ici cinq mois auparavant. Comme une vieille habitude je reprends ma carte et commence à étudier mon itinéraire du lendemain. Luna a assisté à la journée en spectatrice. Elle est nerveuse et comprend que quelque chose se prépare, mais elle n'imagine certainement pas que l'on va reprendre la route demain.

Au petit matin, je charge la moto sous l'œil attentif de Luna. Je pars

prendre un dernier bain, après tout je ne sais pas quand je pourrai en reprendre un, donc même si la température est bien descendue en ce début octobre, je me jette dans l'eau et ressors frigorifiée mais propre. Après être restée au coin du feu un moment pour me réchauffer et donner mes derniers conseils à ceux qui ressemblent le plus à des amis pour moi, je sors et monte sur ma moto.

- Luna, en selle.

Luna me regarde puis regarde Enzo et retourne la tête vers moi. Elle

hésite, ne sait pas quoi faire. Alors comme à mon habitude c’est moi qui décide pour quelqu’un d’autre. Je redescends de mon engin, m’accroupis et l'appelle. Elle court vers moi et se jette dans mes bras.

- Oui t'es un bon chien, calme-toi, lui dis-je en la grattant partout.

Elle s'assied face à moi.

- Tu veux rester avec Enzo, c'est ça ?

Elle me fixe.

- Tu vas rester ici avec lui. Tu vas bien t'en occuper hein ?

Elle me lèche le visage et j'explose de rire.

- Tu vas me manquer ma Luna, mais tu leur seras plus utile qu’à moi. Je ne t'oublierai pas.

Je lui fais un énorme câlin d'adieu et remonte sur ma moto. Luna court et se cale aux pieds d'Enzo qui affiche un sourire jusqu'aux oreilles. Un dernier regard vers eux et je reprends la route.

Je roule vers le sud et l'A81. En effet, je suis restée sur mon idée de

départ d'aller vers le sud, ce qui pour l'instant ne m'a pas trop mal réussi. Je n'ai pas de raison particulière mais passer l'hiver en bord de mer me semble attrayant. A mesure que je roule et que je mets de la distance entre moi et Lucie, je me sens de mieux en mieux. Ma culpabilité s'envole avec le vent qui fouette mon visage. L'image d'Emma est toujours présente, son corps de petite fille sans vie à mes pieds, mais elle est moins douloureuse. Je reprends aussi ma routine : arrêt avant de traverser un village, puis exploration des lieux, ensuite je prends ce que je trouve et qui pourrait m'être utile, puis je repars chercher ma moto et traverse. En milieu d'après-midi, je commence à me mettre à la recherche d'un coin pour la nuit et trouve une vieille grange décrépie. Le toit n'est plus hermétique et le sol est jonché de détritus en tout genre mais ça fera l'affaire. Durant la nuit, je regrette cette décision. Un violent orage s'est abattu sur la région et la pluie n'a pas cessé. Résultat : je suis trempée et je n'ai pas dormi. J'ai passé la nuit à essayer de m'abriter dans un coin puis dans un autre de la bâtisse. Je suis exténuée.

Au matin, je suis frigorifiée et j'ai un mal de crâne carabiné. La pluie

continue de tambouriner sur les murs et je ne me sens pas capable de tracer la route. Par contre je dois absolument me trouver un autre abri. Je pars rapidement et roule à la recherche d'une maison, étanche cette fois-ci. Après une vingtaine de minutes sous une pluie battante et une chaussée plus que glissante je trouve enfin une petite ferme isolée. J'ai commencé à tousser et à cracher mes poumons. Je pénètre à l'intérieur sans grande discrétion et vérifie que je suis bien seule. La ferme est vétuste mais au moins elle est étanche. Ça sent le renfermé et la poussière ce qui n'arrange pas ma toux. Des bouffées de chaleur m'envahissent et pourtant je frissonne. J'ai de la fièvre et pas un médicament pour la faire baisser. Depuis que le monde s'est effondré, je ne suis jamais vraiment tombée malade et je n'ai pas été très prudente en ne récupérant pas quelques comprimés d'ibuprofène ou d'aspirine ; maintenant j'en paie le prix. Je vais déguster. Ce n’était peut-être pas le meilleur moment pour quitter la maison.

Mon état s'aggrave de jour en jour. J'ai mal à la gorge, je tousse et je

passe mes journées à dormir. Je ne mange presque plus et j'ai déjà perdu beaucoup de poids. Je me traîne entre mon lit et le coin que j'utilise comme toilettes. Je dois absolument avaler quelque chose ou je ne n'aurai jamais assez de force pour me remettre. Je regarde ce qu'il me reste dans mon sac et ne trouve qu'un reste de poisson séché. Je pars dans la cuisine et la retourne pour finalement tomber sur une boite de petit pois toute cabossée. Je me force à l'avaler, sans même la faire chauffer. Ma gorge me fait un mal de chien à chaque bouchée et c'est un supplice de la finir. Quand j'ai enfin terminé, je retourne dans mon lit puant et m'enroule sous les couvertures et duvets que j'ai pu dénicher dans cette bicoque.

Au matin du sixième jour, quand je me réveille, je me sens enfin un

peu mieux. Ma fièvre a un peu diminué, ma gorge est moins enflammée et je peux enfin avaler ma salive sans trop grimacer. Je me lève pour essayer de me remettre les idées en place et mon estomac crie famine. Je cherche dans toutes les pièces, mais ne trouve plus rien à me mettre sous la dent. Je jette un coup d'œil à la carte et vois que je suis à proximité d'une ville. Je vais devoir sortir, je n'ai plus le choix. Je rassemble mon paquetage et me mets en route. La faim et la soif me donnent mal à la tête, le reste des microbes se charge d'user le peu de force qu'il me reste mais je continue de rouler malgré tout.

Dire que j'avance doucement serait un euphémisme, je dois rouler à

10 ou 20 km/h, mais j'ai du mal à me concentrer sur ma trajectoire, alors c'est le mieux que je puisse faire. Je m'approche d'un embranchement quand un violent vertige me saisit. Je mets un pied à terre. Alors que le poids de la moto me pousse d'un côté, je n'ai plus la force de la soutenir et m'écroule. Quand je ré-ouvre un œil, je suis coincée sous ma moto et j'entends des voix. Je tourne doucement la tête vers les bruits et aperçois trois hommes qui se dirigent vers moi en courant. La dernière chose à laquelle je pense est que quitter la maison a été la pire erreur de mon périple, ce sera aussi certainement la dernière.

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