SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 5 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 4

 

Je me réveille doucement, j'ai mal partout. Une intraveineuse est

plantée dans mon bras et un liquide transparent s'écoule. Je regarde autour de moi et à ce moment-là je réalise que je ne suis plus dans mon cachot. Il y a de la lumière partout dans cette pièce immense. Je suis couchée dans un vrai lit dont les draps sont presque propres. La tête du lit est adossée à un mur contre lequel se trouve un autre lit vide. Un drap pend sur un fil pour séparer les deux espaces et donner un semblant d'intimité au dispositif. Au pied du second lit se trouve une grande table sur laquelle plusieurs armes sont posées . Fusils et pistolets s'y mélangent et je commence à sentir la peur qui monte. Les souvenirs refluent : l'homme au pied de biche, son regard et le néant. J'essaie de comprendre ce qu'il se passe mais je ne parviens pas encore à réfléchir posément.

La perfusion ! Dieu sait ce qu'il peut y avoir dedans. Je m'apprête à

me l'arracher quand j'entends un homme derrière moi dire :

- Si j'étais toi je la garderai encore un peu.

Je me retourne brusquement, et l'homme au pied de biche me fait face.

Je ne dis pas un mot, trop apeurée pour faire le moindre mouvement. Voilà, je suis encore tombée sur un fou, sauf que celui-là adore les armes, visiblement.

- Il faudrait que tu me dises quelque chose, juste pour m'assurer que tu ne représentes pas un danger.

Comment pourrais-je représenter un danger pour lui alors que je tiens à

peine sur mes jambes ? Son discours me semble complètement incohérent. Devant ma mine interrogative, il ajoute :

- Ton nom serait déjà un bon début.

Je commence à retrouver mes esprits, et je me dis que lui dire mon nom

sera sans conséquence et pourra peut-être me sauver la vie, en évitant qu'il ne m'abatte comme un chien.

- Cassandra.

- C'est un bon début.

- C'est quoi dans la perfusion ?

- Du chlorure de sodium. Tu étais fortement déshydratée quand je t'ai trouvé. Si tu es prête à boire par toi-même, je peux te l'enlever

- Vous êtes docteur ?

- Non pas vraiment, mais placer une perf n'a rien de bien compliqué. De nos jours il faut apprendre à se débrouiller.

- Pourquoi me réhydrater si vous voulez me tuer ?

- Si je veux te tuer ? Si j'avais voulu te tuer, je t'aurais laissée dans ta cave. Tu étais à deux doigts d'y passer, il n'y avait qu'à attendre. Mais tu parles, alors...

Que veut-il dire par je parle ? Évidemment que je parle. Cet homme

est étrange mais pour l'instant je préfère me taire. Il y a des armes partout et je vois deux couteaux à sa ceinture, un de chaque côté. Je le regarde plus attentivement : environ 1m80, tout en muscle, les cheveux bruns et les yeux marron, une barbe plutôt bien taillée. Il est vêtu de boots, d'un jean délavé et élimé, d'un tee-shirt à manches longues et d'un gilet sans manches. Il me fait un peu penser à un motard en Harley Davidson, la barbe blanche en moins. Il a une posture de bûcheron, solide sur ses pieds. Son regard s'est un peu adouci par rapport à la première fois où je l'ai vu, mais il garde néanmoins un air grave.

- Tu comptes me regarder comme ça longtemps ?

Je sursaute. J'ai perdu la notion de réalité. Je détourne mon regard et

fixe le sol.

- Désolée.

- Tu me dis ce qu'il s'est passé dans ce sous-sol ?

- Vous me dites pourquoi vous avez toutes ces armes ?

- Plus tard.

Je me recouche en regardant ma perfusion.

- Il va bientôt faire nuit, je vais verrouiller les portes. Ne bouge pas de ton lit. Après, je nous préparerai quelque chose à manger.

Et, terminant sa phrase, il s'éloigne.

Je profite d'être seule pour étudier la situation. Je suis passée d'un

cachot à peine éclairé, où j’étais l'esclave sexuelle d'un psychopathe, à une immense pièce baignée de lumière et suis sous la surveillance médicale d'un « biker ». Je n'y comprends rien. Je commence donc par essayer d'identifier cet espace. Je me relève doucement et m'adosse contre le mur. Outre les deux lits et la table, il n'y a pas vraiment de mobilier. Il y a quelques appareils de musculation, un sac de boxe et à chaque extrémité de la pièce des poteaux. Je regarde le sol et y voit des marquages qui me paraissent familiers. Un gymnase ! Je suis dans un ancien gymnase, certainement dans une école ou un club de sport pour enfants. Les poteaux devaient porter les paniers de baskets. Ils ont dû être démontés, mais pourquoi ? Et qui vivrait comme ça dans un lieu public ? Ça n'a aucun sens. Je continue mon petit tour d'horizon. Sur ma droite il y a une porte par laquelle le « biker » vient de sortir. En face de moi des fenêtres à trois mètres de haut, impossibles à atteindre sans se briser la nuque. Sur ma gauche au fond de la salle une autre porte, plus petite cette fois. Peut-être l'accès aux vestiaires. Des douches ! Si on est dans un gymnase, il y a forcément des douches. Il me faut une douche ! Cela fait tellement longtemps que je n'en ai pas pris, que j'ai même oublié la sensation de l'eau coulant librement sur mon corps, de l'odeur sucrée de mon gel douche à la noix de coco, de la sensation de bien-être et de fraîcheur que l'on ressent après. Je ferme les yeux et commence à imaginer l'eau chaude coulant sur mon visage. Je suis perdue dans ma rêverie quand j'entends la porte de gauche s'ouvrir.

- On est en sécurité pour la nuit, m'annonce-t-il du fond de la salle

Ça dépend qui, me dis-je. Car je ne sais toujours pas ce qu'il me veut et

ce que je fais ici. Si c'est un « gentil », pourquoi ne pas avoir appelé la police et les pompiers quand il m'a trouvée ? Pourquoi ne pas m'avoir amenée à l'hôpital tout simplement ? Au lieu de ça, je me retrouve dans un gymnase abandonné avec un inconnu armé et une perfusion contenant je ne sais quoi.

Mais cette fois-ci, je m'échapperai, je m'en fais la promesse. Ici, il n'y

a pas de chaînes, il y a des portes et des fenêtres, je me sens capable de le faire. Rien ni personne ne m’empêchera de sortir de ce cauchemar, de retrouver ma mère et ma sœur.

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