SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 34 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 33

 

Éviter la route qui traverse la ville nous fait passer par des chemins de

campagne plus ou moins carrossables. Ce détour a énormément rallongé notre itinéraire, mais au moins nous n'avons croisé personne. Quand nous arrivons enfin au sud de la ville, nous rejoignons la départementale et fonçons en direction de Dijon. Le premier village que l'on croise est assez tranquille mais toutes les échoppes sont vides. Les hommes de Langres ont déjà dû passer par ici. Le maire m'a dit qu'ils s'approvisionnaient dans les villages voisins et celui-là est le premier sur la route. Ce qui est étrange est que la ville est assez étendue en longueur et pourtant quand nous la traversons à moto, aucun dégénéré ne sort d'un coin sombre. C'est comme si la ville était complètement déserte. Nous continuons de descendre le long de cet axe. Le deuxième patelin sur notre route a aussi été vidé de toutes choses ayant une valeur marchande. Là encore, personne ne se lance à notre poursuite ou n'essaie de nous intercepter. C'est un sentiment étrange, comme si nous étions les derniers hommes sur Terre. A la sortie de la ville règne une puanteur infernale. Je m'arrête et regarde Sacha qui est écœurée elle aussi. Elle porte sa main valide au visage pour se couvrir le nez. Il règne une odeur de brûlé qui me retourne l'estomac. On fait à peine deux cents mètres pour comprendre d'où cela provient. Sur le côté de la route, un tas carbonisé est encore fumant. Quand je discerne une jambe parmi les morceaux brûlés informes je démarre en trombe pour éviter que Sacha ne voie la même chose que moi.

On roule un bon moment dans la campagne sans croiser le moindre

village. Quand enfin un panneau nous indique l'approche d'une agglomération, je prie pour que celle-ci ait été épargnée par Langres. A l'entrée du village se trouve une station-service. Sacha part tester une pompe et un liquide fluide s’échappe du pistolet. Enfin ! Sacha fait le plein pendant que je jette un œil à la boutique. Il y a des chips, de l'eau et surtout des cartes de la région. J'embarque tout ce que je peux et la rejoins.

- J'ai le repas !

- Super, je commençais à avoir la dalle. Le plein est fait.

- On va pique-niquer ici, ça a l'air assez calme.

On s'installe devant nos chips et je regarde la carte de la région pendant

que Sacha regarde les autres.

- J'ai Dijon ici.

- Et moi Lyon et ses environs.

- Comment va ta main ?

- Ça va.

- Je suis sérieuse Sacha, est-ce que tu as mal ?

- Parfois ça me démange un peu, et la sensation est désagréable, mais ça va je t'assure.

- Ok.

On n'a pas encore trouvé de pharmacie, ou du moins, on n'en a pas

trouvée avec des médicaments à l'intérieur. Elle avait entièrement été vidée de son contenu. Ça me tue, ils pillent les magasins et ensuite font payer les médicaments à de pauvres gens.

- On va traverser le village rapidement mais si on voit une pharmacie, on s'arrête.

Hélas nous n'en trouvons aucune.

La suite de la route est monotone et sans surprise. La route, bordée de

champs, contourne les villes ce qui nous permet d'avancer vite. Un peu avant Dijon je fais une pause et reprends la carte. Plus tôt dans la journée, j'avais noté que la route passait à travers Dijon, ce qui serait une folie. Je reprends donc mes cartes pour trouver un itinéraire de contournement. La carte détaillée de la ville et ses environs montre de nombreux sentiers possibles à travers les champs.

- Si on passe par l'est, on devrait pouvoir éviter le centre-ville.

- Oui mais l'après-midi est déjà bien avancé. On ne devrait pas essayer de trouver un coin pour la nuit plutôt ?

- Tu n'as pas tort.

Je rejette un œil sur la carte.

- Le problème c'est que, par ici, les agglomérations semblent assez importantes et trouver un coin isolé risque de s'avérer compliqué. Écoute, on avance encore un peu par la campagne. Avec un peu de chance, on trouvera une ferme pour passer la nuit.

Les chemins de traverse se révèlent chaotiques : chaussée déformée,

trous dans le bitume, voire pas de bitume tout court. On évite tous les hameaux mais nous roulons très lentement. Je sens Sacha se crisper derrière moi et avec sa main, il est difficile pour elle de bien se cramponner. Au détour d'un chemin, j'aperçois une grande ferme, perdue au milieu de nulle part. Je fais une halte et la montre à Sacha qui a l'air ravi. On part donc s'abriter là-bas pour la nuit.

Quand on arrive sur place, la maison a l'air entretenu et la porte est

fermée. Deux voitures sont garées sous un hangar. Alors que je m'approche de la porte, une balle vient ricocher à mes pieds. J'attrape Sacha par le bras et cours me réfugier derrière une des voitures. Une voix s'élève alors :

- Partez ! vous n'êtes pas les bienvenues.

- On cherche juste un abri pour la nuit.

- Dans ce cas, cherchez une autre ferme.

- La route est difficile et le soleil commence à se coucher.

- Ça c'est pas mon problème.

En même temps, je ne peux pas lui en vouloir, je ferai la même chose. A

vrai dire je l'ai déjà fait avec Lucie et ses enfants. Je réfléchis donc à une solution que j'aurais pu accepter si ça avait été ma maison.

- Ok, vous ne voulez pas de nous à l'intérieur. Est-ce que l'on peut camper dans le hangar ?

Un silence. Sacha essaie de trouver son poste de tir du coin de l'œil mais

me fait signe qu'elle ne voit rien. De toute façon mon but n'est pas de les attaquer. Ils se sont installés ici, la maison leur appartient. Nous ne sommes que de passage.

- Pas dans le hangar. De l'autre côté de la route, il y a un abri pour les

bêtes. Vous pouvez vous installer là si vous voulez pour la nuit. Mais demain matin à la première heure, vous dégagez.

Un abri à vache, ce n’est pas terrible mais c'est mieux que rien.

- Très bien. Pas de problème. On va sortir de derrière les voitures.

Je me lève doucement en gardant les mains en vue. Je ne sais toujours

pas où est le tireur, je cale donc Sacha derrière moi pour la protéger au maximum. On recule sans faire de gestes brusques et rejoignons la moto. Je la pousse jusque de l'autre côté de la route et trouve l'abri en question. C'est assez grand. Il n'y a pas de porte d'entrée, on va donc se geler, mais c'est mieux que de dormir dans un champ. On se cale au fond de la grange et j'allume un feu.

A la faible lueur des flammes, je cherche un itinéraire pour éviter

Dijon. Sacha s'est déjà endormie le ventre vide. On n'est pas très loin de l'autoroute et j'ai bien envie de tenter ma chance. Elle risque d'être fortement embouteillée, mais ça nous permettrait d'avancer vite et d'éviter la ville. On pourra toujours sortir plus au sud. Notre position est proche d'une ville qui débouche sur une entrée d'autoroute. Ma décision est prise. Demain matin en partant, on passera par la ville, même si c'est risqué, pour trouver la crème de Sacha, puis on file sur l'autoroute et on dépasse Dijon avant le coucher du soleil.

Au petit matin, j'explique l'objectif de la journée à Sacha.

- On fait comme ça ?

- Ça me va. Et ma main recommence à me lancer. Je crois que j'ai vraiment besoin de cette crème.

- T'inquiète, on va la trouver. Mais en ville il faudra être très prudentes.

On s'équipe rapidement et nous partons en vitesse. Une fois arrivées à

l'entrée de la ville, je laisse la moto dans une aire de covoiturage et nous commençons notre périple à pied.

- Tu as pris l'ordonnance ?

- Oui mais de toute façon, j'ai retenu le nom.

- Ok. On trouve ça et de quoi à manger, et ensuite on traverse à fond.

- Dans ce cas évite de glisser s'il te plaît...

Elle me décoche un sourire.

- Haha, très drôle. Silence maintenant.

On entre dans la ville sans un bruit. La rue principale semble sans fin

et notre marche est interminable. J'ai saisi mes poignards dès le début de notre randonnée improvisée mais mes mains commencent à s'engourdir. On bifurque vers le centre-ville quand, enfin, je vois une pharmacie. Je fais signe à Sacha qui soupire de soulagement. On arrive devant l'entrée et le premier problème se présente. Il s'agit de portes-fenêtres automatiques et je n'ai aucun moyen d'entrer par là sans défoncer la vitre. On part donc à l'arrière du bâtiment en priant pour qu'il y ait une porte de service. Il y a bien une porte mais celle-ci est grande ouverte, ce qui est synonyme d'ennui. Sacha attrape son cran d'arrêt et on entre à pas de loup. On tombe sur la réserve qui est sens dessus dessous. Quelqu'un est déjà passé par là, mais je garde espoir. Les gens normaux prennent des aspirines, des antibiotiques et du doliprane, pas une pommade contre les brûlures. Dans une petite pièce, je tombe sur le cadavre d'un homme qui n'est pas là depuis longtemps au vu de l'absence de décomposition et d'odeur. Sacha me suit mais ne montre aucune émotion en découvrant le mort. On arrive ensuite dans l'arrière-boutique. Ici, beaucoup de tiroirs sont ouverts et vides, mais je fais signe à Sacha de chercher le nom sur les tiroirs. Ils sont classés par ordre alphabétique et elle arrive rapidement au bon nom. Trois tubes de la fameuse crème sont là. Je lui fais signe de prendre les trois, on ne se sait jamais. Pendant qu'elle cherchait son médicament, je suis allée dans la boutique pour voir ce qui était disponible. Le rayon coupe-faim a été dévalisé ainsi que le doliprane et autre médicaments courants. J'ai pris quelques tubes de dentifrice et des brosses à dents. Dans l’arrière boutique, Je cherche des médicaments qui feraient l'effet du doliprane mais en plus fort, et donc sur ordonnance. Je cherche à CO pour trouver des médicaments à base de codéine, et bingo, du Codoliprane. Je prends toutes les boîtes disponibles.

On ressort de la pharmacie satisfaites de notre butin, mais il nous

manque toujours des réserves de nourriture. Avant de reprendre la route, je laisse Sacha se mettre de la crème sur la main, et à voir sa tête, c'était plus que nécessaire.

- Ça va ? je lui murmure dans un souffle.

Elle me fait oui de la tête.

- Tu peux repartir ?

- Pas de problème.

On se remet donc en route à la recherche d'une supérette. La rue

principale continue sur plusieurs centaines de mètres, à croire qu'elle ne se termine jamais. Près de la place du village où se trouve la mairie, Sacha me montre une petite rue perpendiculaire et un peu plus loin un casino. Étant donné qu'il est à l'écart, il semble un peu plus épargné que la pharmacie mais la porte est déjà défoncée. On trouve quand même quelques provisions et de l'eau. On embarque le tout dans nos sacs à dos et repartons rapidement à l'entrée du village.

Quand on se remet en selle après avoir rangé correctement nos

différents sacs, je me tourne vers Sacha et lui demande :

- T'es prête ?

- Oui.

- La route est assez droite, alors je vais essayer de faire vite.

- Ok.

Malgré sa réponse, elle ne semble pas rassurée, certainement à cause de

la dernière chute. Je démarre en trombe et passe le village à toute allure. Sacha se cramponne de toutes ses forces et elle m'empêche presque de respirer. J'espère qu'après cette traversée, elle reprendra un peu confiance en ma conduite. On sort du village à peine dix minutes plus tard. Derrière nous, la ville se réveille et les sons familiers des dégénérés arrivent jusqu'à nous, mais on est déjà loin. L'entrée de l'autoroute est à peine à trois kilomètres. Nous les parcourons rapidement et nous engageons sur la voie rapide. Bien que je n'ai rien dit à Sacha, je ne suis pas très rassurée.

En se rapprochant de Dijon, je remarque que la route est

complètement dégagée. Par contre l'autre côté de l'autoroute est complément bouché. On avance sans encombre mais au fur et à mesure que l’on dépasse la ville, des voitures apparaissent, d'abord éparses, puis de plus en plus de véhicules obstruent la voie. A l’est de Dijon, c'est un véritable amoncellement de véhicules abandonnés qui nous attend. Je roule sur la bande d'arrêt d'urgence pour les éviter pendant environ un kilomètre, jusqu’à ce que la concentration de voitures, camions et caravanes m’empêchent totalement d’avancer. Je m'arrête et regarde Sacha :

- Voilà pourquoi j'évite les autoroutes.

Elle fait une mine déconfite.

- On fait quoi maintenant ?

- On se libère un passage en poussant et on prend la première sortie.

On s'attelle donc à la tâche. Ça va quand même plus vite que la première

fois où j'ai dû faire ça seule. On pousse les voitures dans un sens puis dans l'autre de manière à dégager un petit passage pour la moto. Heureusement que je n'ai pas un camping-car ! Ça fait trois heures que l'on essaie de se frayer un chemin. Sacha est épuisée et je vois que sa main lui fait mal. On fait une pause sur un pont au-dessus d'un canal. Pendant qu'elle reprend son souffle, j'essaie de me repérer et déplie toutes les cartes à ma disposition. Je suis en train d'en regarder une que je n'avais jamais ouverte quand une idée germe dans ma tête. Je me lève et regarde par-dessus la rambarde. Je n'en crois pas mes yeux. Je laisse Sacha où elle est et cours jusqu'à la sortie du pont. Sur la droite, une clôture ferme un accès de service à l'autoroute. Ça ne peut pas être si simple. Je vais dans la première voiture que je vois et me mets côté conducteur. Je n'ai jamais conduit de ma vie, mais ce ne doit pas être bien compliqué. Les clés sont sur le contact. Je tourne le démarreur, la voiture fait un bond en avant et cale. Je dois faire un truc qu'il ne faut pas. Je n'ai aucune idée de quelle pédale sert à quoi. Sacha passe sa tête par la fenêtre.

- Besoin d'aide ?

- Il faut que je démarre cette voiture.

- Je sais conduire.

Je la regarde étonnée.

- Mes parents m'ont appris quand on errait dehors avec mon frère. Pousse-toi.

Je me décale côté passager et elle démarre la voiture du premier coup.

Je suis un peu vexée qu'elle sache conduire à 13 ans, alors que je suis totalement ignorante à 17.

- Je vais où ?

- Il faut défoncer cette clôture, lui dis-je en lui montrant du doigt la sortie de l'autoroute.

- Tu veux que je fonce en voiture dans ce truc ?

- Exactement. Et mets-y tout ton cœur.

- Si tu veux, me répond-elle pas très convaincue.

Elle fonce droit devant et percute la barrière en plein milieu. La force de

l'impact nous projette en avant mais nous sommes retenues par nos ceintures de sécurité. La barrière, elle, cède dans un fracas assourdissant.

Quand on retourne à la moto, Sacha me pose enfin la question qui lui

brûle les lèvres.

- Tu m'expliques maintenant.

- Viens voir.

Je l'amène au bord du pont.

- Tu vois le canal ?

- Oui.

- Et tu vois le chemin qui longe le canal ?

Elle ouvre de grand yeux et se retourne vers moi.

- Tu comprends maintenant ? La piste cyclable longe le canal sur presque toute sa longueur. Regarde la carte. La zone est fortement urbanisée. Il y a des villages partout et les traverser va nous prendre un temps fou. Sans compter les risques que ça nous fait courir. Regarde cette carte, ce sont les itinéraires cyclables de la région. Il y a un itinéraire qui longe la Saône et qui va jusqu'à Lyon. Donc le nouveau plan, c'est de suivre ces pistes en moto pour arriver à Lyon en évitant le centre des agglomérations. Elle sourit de toutes ses dents.

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