SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 35 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 34

 

 

On longe le canal depuis une heure et on ne croise pas âme qui vive.

Je ne m'arrête même plus pour traverser les villes. La voie est très correcte, même si elle n'est pas goudronnée. Pour passer la nuit, on s'arrête le long du canal dans une propriété isolée, dans laquelle cette fois-ci personne ne nous accueille à coup de fusil. On trouve un peu de nourriture à l'intérieur, assez pour faire un petit dîner.

Le lendemain matin, nous repartons et rejoignons l'itinéraire cyclable

qui mène à Lyon. Il faut passer par une petite ville mais cela nous permet de récupérer un peu d'eau au passage. Le trajet pour rejoindre la Saône nous fait passer par un autre village, plus important et nous fait perdre pas mal de temps. Mais je préfère être prudente et arriver sur les quais de Saône vivante. Dès que l'on a rejoint les bords de la Saône, le trajet est très bucolique. La piste est goudronnée et très agréable à suivre. Cet itinéraire nous autorise à rouler à une bonne allure et la journée d'effort de la veille est vite oubliée. Nous croisons le premier village après une dizaine de kilomètres, mais comme on passe un peu à l'écart du centre-ville, je décide de ne pas m'arrêter. Cette solution s’avère payante et nous continuons notre route sans encombre. Juste avant le village suivant, nous nous arrêtons pour une halte repas au bord de l'eau. La journée est ensoleillée, même si la température est fraîche. Je remarque que notre itinéraire nous fait couper à travers plusieurs villages pour rejoindre le bord de Saône un peu plus loin. Je préviens Sacha qui profite de cette halte pour se badigeonner abondamment de crème et nous convenons de rouler le plus possible avant de trouver un abri pour la nuit.

En fin de journée nous avons traversé sept villages, avec plus ou

moins de rapidité et nous avons trouvé une ferme inhabitée à la sortie de Saunières. Notre stock d'eau est encore bon et il nous reste pas mal de nourriture. En plus, à notre arrivée, j'ai entendu du bruit derrière la ferme. Je suis allée voir et à ma grande surprise, une multitude de poules caquetaient gaiement. En effet, en l'absence d'être humain pour les tuer, elles ont proliféré. Après une course poursuite, j'arrive à en attraper une, sous les encouragements et les rires de Sacha. Quand elle est vidée et embrochée, je jurerais avoir vu de la salive couler aux coins des lèvres de Sacha. Ces dernières journées ont été calmes sur la route, j'espère que cela va continuer jusqu'à Lyon, mais au fond de moi je n'y crois pas vraiment.

La situation est particulièrement calme au bord de cette rivière, si

bien que dès le lendemain, on arrive à Chalon- sur-Saône. La ville est immense et l'itinéraire nous la fait traverser.

- Tu as vu l'itinéraire passe par Chalon. Tu veux vraiment traverser la ville et tous les villages autour ? me demande Sacha inquiète.

- Non, c'est trop dangereux. Par contre il y a une nationale qui coupe. Je n’aime pas ça non plus, mais on peut toujours essayer. Ce ne sera pas pire que l'itinéraire cyclable de toute façon.

- Moi, je vote pour la nationale. Au pire, tu fonces dans le tas.

- On va faire ça.

On rejoint donc la nationale et roulons en direction du sud. Les voies

sont praticables, c'est déjà ça. Par contre, comme d'habitude, il y a de voitures partout qui pourrissent sur place. D'ici quelques années, tout sera rouillé. Quand on traverse à nouveau la rivière, je m'arrête et regarde si je vois un chemin pour longer la Saône.

- Ici, dis-je en montrant du doigt la petite route. Maintenant, il n'y a plus qu'à trouver un accès.

- Si tu veux que je prenne une voiture pour foncer dans une clôture, n'hésite pas.

- Je m'en souviendrai.

Quelques centaines de mètres plus loin, on trouve une route qui nous

permet d'accéder aux bords de rivière. On roule tranquillement un kilomètre puis on déchante vite. La route s'arrête net pour être remplacée par un chemin de terre et d'herbe.

- La moto ne passera jamais.

- On fait quoi ?

- Trop d'agglomérations dans le coin pour faire marche arrière.

- Tu as une autre idée ?

- On pousse...

Ce n'était pas l'idée du siècle. La point positif est que l’on n’a pas froid

et que le coin est complètement désert. Par contre pousser la moto dans ce chemin est un enfer. On transpire à grosses gouttes sous l'effort. Les roues n'arrêtent pas de se coincer dans des trous. On n'avance pratiquement pas et la nuit va bientôt tomber. On n'a vu aucune maison ni ferme. Il faut que je me rende à l'évidence, ce soir on va dormir à la belle étoile. Je ne suis pas inquiète pour des dégénérés ou un autre groupe, personne ne serait assez fou pour venir ici. Mais il va faire froid. J'espère juste que la pluie ne va pas s'inviter cette nuit.

Mon espoir était vain. Au milieu de la nuit, alors que l'on dormait

toutes les deux profondément, des gouttes ont commencé à tomber, puis une trombe d'eau. On s'est réfugiées sous un arbre pour s'abriter comme on le pouvait, mais rien n'y a fait, nous sommes trempées. Au petit matin Sacha est épuisée et moi frigorifiée.

- Je crois que j'aurais encore préféré des dégénérés...

- On va avancer et essayer de se trouver un abri en attendant que la pluie s'arrête.

Après une heure et demie d'effort la piste redevient praticable et Sacha

grimpe derrière moi. On avance à un bon rythme à la recherche d'une habitation quand, au milieu de nulle part, se dresse une maison en bord de rivière. Je m'arrête et n'en crois pas mes yeux. Cet endroit est parfait et je serai étonnée qu'il soit vide. Mais la chance nous sourit enfin. Les propriétaires sont peut-être morts dans l'épidémie, ou ont trouvé un groupe pour survivre, toujours est-il que la maison est inhabitée. Nous nous installons au sec et faisons un feu dans la cheminée pour nous réchauffer. Cet endroit me fait penser à ma maison au bord du lac. Personne dans les environs, un calme absolu et de l'eau a proximité. Il ne me manque plus que Luna.

Il a plu pendant trois jours sans discontinuer. J'ai donné quelques

médicaments à Sacha qui commençait à être malade. J'en ai pris aussi pour le cas où. J'ai appris dans la douleur que l'une des pires choses en ces temps troubles était de tomber malade. Après ces trois jours de pluie, nous reprenons la route. Nos réserves d'eau sont épuisées et on va aussi manquer de nourriture très rapidement. En milieu de journée on arrive près d’une ville assez grande que je n'ai pas très envie de traverser, mais nous n’avons hélas pas trop le choix. On en profite pour faire le tour des magasins et trouver du ravitaillement et de l'essence. Une fois rassurées quant à l’absence de danger, nous repartons en milieu d'après-midi chercher la moto pour suivre notre itinéraire . On suit les berges à travers la ville, quand arrivées à mi-chemin, un groupe de cinq personnes se dresse devant nous. Je pile brutalement. J'essaie de discerner à qui j'ai affaire quand je vois un des hommes avec un fusil.

- Merde, ils sont armés !

En même temps que je braque la moto sur la droite, un coup de feu

retentit dans mon oreille. C'est Sacha qui a saisi son arme pendant que je regardais le groupe et qui a tiré. En retour, j'entends qu'ils nous canardent.

Je fonce à travers les rues de la ville sans plus me soucier des

dégénérés. Au contraire, j'espère les réveiller et qu'ils ralentiront nos assaillants. J'essaie de ne pas perdre mon cap et de retourner toujours vers le sud mais je ne suis sûre de rien. Des hurlements se mêlent à des bruits de moteurs. Ils sont véhiculés et se sont certainement lancés à notre poursuite. Au hasard des rues, je tombe sur une grande route perpendiculaire et décide de la suivre. Je peux enfin accélérer. Les bruits de moteurs commencent à se faire plus lointains mais je ne vais pas pouvoir continuer à cette allure trop longtemps, je le sais. Je vais forcement tomber à un moment ou à un autre sur des voitures, un bouchon ou je ne sais quoi. Il nous faut une cachette pour attendre que ça se tasse. Les maisons se font plus éparses. La sortie de la ville est proche. Sur ma droite, je vois un grand bâtiment avec des dizaines de voitures devant. Je bifurque et stoppe la moto derrière le bâtiment entre deux containers poubelles. Une échelle de service monte sur le toit.

- Monte !

Sacha s'exécute et monte à toute vitesse. Je la suis.

- Couche-toi et ne te relève pas.

- Je suis désolée, je n’aurais pas dû tirer, dit-elle en s'allongeant sur le sol.

- Ne t'excuse pas, tu nous as peut-être sauvé la vie. Reste-la.

Je me dirige vers la route et trouve un poste d'observation. Je sors mon

petit miroir de mon pantalon. Il s'est cassé lors de ma chute à moto, mais ce sera suffisant pour voir si quelqu'un arrive. J'attends plusieurs minutes dans cette position quand des bruits de moteurs se font à nouveau entendre. Une jeep et deux motos passent devant le bâtiment sans s'arrêter et sortent de la ville. J'attends que les bruits se soient perdus au loin pour rejoindre Sacha.

- Ils sont passés sans s'arrêter. On va attendre encore un peu et ensuite on essayera de retourner sur notre itinéraire.

On patiente une demi-heure avant de se résoudre à redescendre. Ils ont

dû estimer que le jeu n'en valait pas la chandelle et ont rejoint leur camp.

Nous reprenons notre route vers le sud par l'itinéraire cyclable. Celui-

ci a été facile à retrouver. En fait notre cachette était juste à côté d'un accès vers la Saône. En fin de journée, nous nous trouvons une habitation qui donne sur la rivière. Apparemment, il s'agissait d'un gîte., il y a donc beaucoup de place et nous avons l'embarras du choix concernant notre chambre. Malgré cela, on s'entasse toutes les deux dans une chambre, la moto est rentrée pour la nuit. Depuis le début, j'évite de la laisser à l'extérieur. Ma plus grande peur est que l'on me la vole. J'y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Déjà c'est grâce à elle que je peux tracer la route comme je le fais actuellement, mais en plus de ça, je l'avais trouvée avec Micka. Avec le bracelet, c'est la seule chose qu'il me reste de lui et j'en serai malade de devoir m'en séparer.

La soirée fut calme, Sacha est encore un peu choquée d'avoir dû faire

feu sur des inconnus. En fouillant la maison, je suis tombée sur des jeux de société. Nous avons donc passé la soirée à enchaîner les parties de scrabble. Sacha n'est pas très douée, mais comme moi non plus, ce n'est pas très gênant. On a aussi fait quelques parties de mastermind, mais là Sacha m'a écrasée. Elle est très forte en logique. Quand elle se couche, j'essaie de me repérer et vois qu'on approche de Mâcon . Si on roule bien, on devrait arriver à Lyon demain. Je n'ai aucune idée de ce que je vais trouver là-bas et, même si je ne dis rien devant Sacha, je reste inquiète. Après tout, aucune raison ne me pousse vers cette ville, à part la curiosité que le maire de Langres a fait germer dans mon esprit. Pourquoi des voyageurs veulent-ils rejoindre ce lieu ? Je me perds dans mes pensées en oubliant pourquoi j'ai ouvert cette carte. Je me reconcentre et remarque que Mâcon est assez étendue, avec pas mal d'agglomérations aux alentours et la voie bleue nous fait passer au milieu de tout ça. Ça me semble risqué. Notre gîte se situe près d'une aire de repos de l'autoroute menant à Lyon et je me demande si ça ne vaudrait pas le coup d'essayer d'avancer un peu sur l'A6. Je pars me coucher en gardant cette idée en tête.

Le lendemain matin, alors que Sacha a fini de grignoter et part se

laver les dents, je repense au choix de la veille. Quand elle revient, je lui annonce :

- On va changer d'itinéraire. On va rejoindre l'autoroute.

Elle vient s’asseoir avec moi.

- Tu es sûre de toi ?

- Non, mais la zone urbaine me semble trop dense près de Mâcon . C'est trop risqué.

- Et si l'autoroute est bouchée ?

- On poussera. On commence à avoir l'habitude, non ?

Elle me fait un sourire.

- Esclavagiste !

- Pourquoi crois-tu que je te fais suivre partout !

Je lui souris en retour.

On rejoint rapidement l'aire d'autoroute par l'arrière. Évidemment,

comme on pouvait s'y attendre, les accès sont fermés. En roulant, je cherche un endroit que l'on pourrait défoncer, quand je vois une barrière déjà ouverte.

- Quelqu'un a déjà dégagé le passage on dirait.

- Oui, et ils ont fait ça bien, le grillage est ouvert mais il a été mis sur le côté.

- Évitons de rester là, ce qui compte c'est que ça nous arrange.

Je m'engage direct sur l'autoroute à contre-sens. La voie est dégagée de

ce côté-là, par contre l'autre côté de l'A6 est complètement embouteillée. On dépasse rapidement Mâcon quand je m'arrête brusquement.

- Sacha, regarde !

Je lui montre du doigt l'autre sens de circulation. Je n'en crois pas mes

yeux.

- Merde ! laisse-t-elle échapper. C'est dingue !

De l'autre cote, les voitures sont toutes alignées sur les côtes de la route

et une large voie centrale est dégagée. Impossible que cela ait été fait lors de la chute, je n'ai jamais vu ça ailleurs. Avec un boulevard pareil, on pourrait arriver à Lyon en moins de deux heures.

- Je vais essayer de trouver un accès.

Je redémarre et à peine cinq minutes plus tard, un échangeur se

présente. On en profite pour changer de voie et utiliser la percée.

De l'intérieur, c'est encore plus incroyable. Toutes les voitures sont

collées les unes aux autres, serrées à droite et à gauche de la chaussée, ce qui laisse la place à un camion pour circuler facilement. Ça donne aussi l'impression d'un couloir sans fin protégé par des barrières de véhicules. J'accélère. Je n'ai jamais roulé aussi vite depuis que j'ai ma moto. Ça me fait peur mais en même temps ça m'excite. Je suis euphorique et j'ai l'impression que je vais m'envoler. Sacha me rappelle à l'ordre quand je la sens se crisper sur ma taille, alors je ralentis un peu. Le but n'est pas de l'affoler.

Les kilomètres défilent et il y a toujours ces alignements de voitures.

Après environ une heure et demie à ce rythme, des panneaux indiquent enfin l'approche de Lyon. On va rentrer dans l'agglomération. Je fais une petite halte pour discuter avec ma passagère.

- Tu en penses quoi ?

- C'est peut-être les gens qui habitent ici qui ont placé les voitures comme ça.

- Possible. Mais la question est : ami ou ennemi ?

- De toute façon, on est arrivé, autant aller voir.

- Très bien. On continue à suivre le couloir dégagé et on voit où ça mène. Ok ?

- Ok.

Je redémarre et suis à vitesse réduite cette invitation tacite.

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