SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 38 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 37

 

 

Ça fait maintenant un mois que nous sommes installées à Lyon. Sacha

a trouvé ses marques et elle est plus souvent chez Juliette que chez nous, mais je ne lui en veux pas. Après tout, elle doit trouver sa route, comme moi j'ai trouvé la mienne. Plus le temps passe, plus je me rends à l’évidence. Elle ne repartira pas avec moi au printemps. Elle est trop épanouie ici et je ne pourrai jamais lui enlever ça. Mon but était de l'arracher à son funeste destin au sein de la secte. Ici, elle est en sécurité et c'est bien suffisant pour moi. Il faudra que je parle aux parents de Juliette pour voir s’ils seraient d'accord pour la garder avec eux.

Je me suis beaucoup rapprochée de Lucas. Maintenant on s’entraîne

ensemble, il a compris l’intérêt de savoir aussi se battre. On a fait quelques expéditions à l’extérieur. On nous met toujours en binôme, preuve que les autres sont aussi conscients que l'on forme une plutôt bonne équipe. Et puis, il est le seul à pouvoir me canaliser un peu. Je n'en fais toujours qu'à ma tête, mais lui je l’écoute un peu plus que les autres. Quand on est à l’extérieur, notre rôle est de trouver du ravitaillement ou d'escorter la relève à la centrale. Celle-ci a lieu tous les quinze jours et la balade est plutôt tranquille. On n'a jamais eu de gros problèmes dehors, mais je sais qu'une mauvaise rencontre peut toujours arriver.

Noël approche et il faudrait que je trouve un cadeau pour Sacha. Elle

l'a bien mérité après tout ce qu'elle a vécu. Je profite d'une de nos sorties pour chercher un peu. J'ai pensé à un équipement de moto, mais si elle ne me suit plus, ça ne lui servira pas à grand-chose. Qu'est-ce que je pourrais bien offrir à une gosse de 13 ans ? On va visiter un centre commercial, alors j'en profite pour déambuler dans les magasins et chercher l'inspiration. Je ne prends rien de ce que notre équipe souhaite ramener à Lyon, donc exit le maquillage, les parfums et bijoux. Les jeunes filles de Lyon en raffolent et dépensent tout leur argent de poche pour acheter ces petits trésors. La seule chose qui me vient à l’idée c'est des armes, et ce n'est clairement pas ce qui lui ferait plaisir. Aucune idée ne me vient alors je renonce pour aujourd'hui.

Un matin, Lucas me dit :

- Aujourd'hui, on a été désignés pour passer deux jours au centre de recherche.

- C'est quoi ça ?

- Personne ne t'en a parlé.

- Ben non, sinon je ne poserai pas la question.

- A l’extérieur de l'enceinte de la vieille ville, il y a un centre de recherche des maladies infectieuses.

- Pardon ?

- Oui, ils étudient le virus. Et surtout, ils essaient de trouver un remède.

- Tu déconnes !

- Non. J’étais sûr que tu étais au courant.

Le lendemain, je préviens Sacha que je serai absente deux jours et

nous partons en direction de ce fameux centre. On traverse le pont côté est de la cité et nous nous enfonçons dans la ville abandonnée. On emprunte les quais et nous sommes sur place en moins de dix minutes. L'endroit est très proche de la vieille ville et je comprends pourquoi ils sont restés ici. Le bâtiment est immense et hyper sécurisé.

- Avant, ils étudiaient des virus comme Ebola ici. C'est pour ça qu'il y a autant de confinement des différentes zones, me dit Lucas alors que nous traversons la troisième porte verrouillée à l'aide d'un badge.

- C'est dingue. Combien de chercheurs travaillent ici ?

- Ils ne sont plus que trois. Un jour, peut-être que Sacha viendra ici.

- Elle sait que ses études de biologie vont la mener ici ?

- Non, on préfère garder ça dans un cercle restreint, pour ne pas affoler la population.

Un scientifique nous accueille enfin. Il est dans un bureau assez grand

rempli de livres parlant de virologie et de microbes.

- Bonjour, c'est votre tour de garde ?

- En effet.

- Ha, vous vous êtes nouvelle !

- Plus si nouvelle que ça. Cassandra.

- Enchanté, moi c'est Bruno. Bienvenu dans notre bunker.

Il nous escorte ensuite dans une autre partie du bâtiment où on rejoint

les deux autres scientifiques.

- Voici Samuel et Virginia. A nous trois nous représentons l'espoir du genre humain ! me dit-il d'un ton théâtral.

- Vous étudiez le virus ?

- En effet, depuis sept mois maintenant.

- Vous avez trouvé comment il se propage ?

- Le virus ne se propage pas.

- Comment ça ? Vous niez l'ampleur de l'épidémie ?

- Non, ce que je veux dire, c'est que le virus s'attrape et se développe, mais il n'est pas contagieux.

- Alors comment vous expliquez le nombre de contaminés à travers le monde ?

- Suivez-moi.

Je le suis dans la salle d'à côté qui ne me semble pas très sécurisée.

- Je n'ai pas besoin d'un équipement spécial ou je ne sais quoi.

- Non, ne vous inquiétez pas, vous ne risquez rien. Vous connaissez ceci ?

Il me montre une petite boîte et me sort des gélules rouges.- Ça ressemble à un truc que j'ai déjà vu. Mais je ne pourrais pas

affirmer que c’est exactement les mêmes que celles que j’ai vues auparavant. Elles étaient rouges aussi, c'est tout ce que je peux dire.

- Vous en avez pris ?

- Pas moi. Une femme que j'ai rencontrée en donnait à sa fille quand elle réclamait à manger.

D'un coup son regard s’éclaire.

- Nom de Dieu, ça explique pas mal de choses.

Il court voir ses collègues dans l'autre pièce.

- Cassandra vient de me dire que des survivants consommaient du Sleevex quand ils ne trouvaient pas de nourriture !

Les deux autres commencent alors un débat et je ne comprends rien à ce

qu'ils se racontent.

- On s'arrête deux minutes !

J'ai crié pour enfin avoir leur totale attention.

- Maintenant, vous m'expliquez.

- Désolé. L’excitation d’une nouvelle information, vous comprenez. En fait ces gélules sont sorties un peu avant le début de l'épidémie. Il s'agit d'un énième remède miracle contre l'obésité et le surpoids en général. Ces gélules ont deux effets. Le premier est un effet coupe-faim, le deuxième un effet brûle-graisse. La grande nouveauté de cette marque a été de mettre un principe actif à l'intérieur qui s'attaque directement à la graisse, en la mangeant en quelque sorte. En fait cette molécule, pour rester vivante doit trouver de l'énergie. La première énergie du corps humain, c'est la graisse. Elle s'est donc attaquée aux réserves de graisse du patient pour survivre.

- Ok, donc c'est un super amincissant.

- Tout à fait. Les résultats ont très vite été spectaculaires. Les gens perdaient du poids rapidement, sans rien changer à leurs modes de vie. Les ventes se sont envolées.

- C'est plutôt bien non ?

- Le problème est que quand cette molécule a eu consommé toutes les graisses en réserve chez le patient, elle a refusé de mourir et a cherché une autre source d'énergie. La deuxième plus grande source d'énergie du corps humain est le cerveau et ses neurones. La molécule a donc migré vers le cerveau et a commencé à grignoter tout ce qu'elle pouvait.

Je reste bouche bée, je n'ai plus de mots, ces révélations se bousculent

dans ma tête mais il continue.

- Une fois que la molécule a migré dans le cerveau, elle détruit peu à peu les neurones, d'abord dans le lobe frontal puis dans les lobes latéraux. Quand elle a fini son œuvre, le patient a perdu la presque totalité de l'usage de son cerveau et ne garde que quelques réflexes primitifs comme celui de se déplacer et se nourrir. Ensuite la molécule se met en sommeil jusqu’à que d'autres neurones se créent. Comme il s'en crée tous les jours, elle peut se nourrir quotidiennement et la situation des patients ne peut pas s'améliorer.

- Mais ce médicament n'a pas été testé par les laboratoires avant sa commercialisation ?

- Si mais ils ont dû certainement sauter des étapes de tests. L'attrait du profit. L'histoire est faite de scandales sanitaires.

Je garde le silence un moment puis ajoute d’un ton triste:

- Ils gardent d'avantage que quelques réflexes primitifs. Lors de mon voyage j'ai pu remarquer qu'ils avaient toujours un instinct de meute, ils ont même adopté dans leur groupe la petite fille dont je vous ai parlé tout à l'heure. Ils ont un instinct territorial avancé et garde environ vingt minutes de mémoire immédiate.

- Vous avez pu observer tout ça ?

- Oui.

- J'aimerais discuter avec vous de tous les comportements que vous avez pu observer, ça pourrait nous être d'une grande aide dans nos recherches.

- Pas de problème, mais pour l'instant, j'ai besoin de calme pour digérer tout ce que vous m'avez dit.

- Bien sûr, On reprendra cette conversation plus tard. De toute façon, je dois discuter avec mes collègues de ce que vous nous avez déjà appris. Nous ne comprenions pas pourquoi l'épidémie ne reculait pas. Maintenant que l'on sait que certains survivants consomment toujours ces gélules, tout s'éclaire. Lucas va vous montrer votre chambre pour la nuit.

Je suis sonnée par ces révélations. Le monde s'est effondré parce que

l'humanité voulait être mince. Ils auraient pu faire des régimes, ou même se satisfaire de leur corps, mais non, il a fallu qu'une pilule miracle inonde le marché mondial pour détruire plus de 3000 ans d'évolution. Je repense à toute mon histoire, à ma mère qui suivait des régimes à répétition et qui a certainement dû prendre ces fameuses gélules, d'où ses symptômes, à Lucie qui donnait ces coupe-faim à Emma, ce qui a scellé son sort, à la chance que j'ai eue de trouver Micka qui m'a appris à trouver de la nourriture et ne m'a jamais proposé une solution de facilité et à tous ces gens qui s'empoisonnaient sans le savoir. Et tout ça au nom du profit d'un laboratoire pharmaceutique. Je suis écœurée.

J'ai suivi Lucas jusqu'à une petite chambre comme un robot.

- Ça va ?

- Pas vraiment non.

- Tu veux te reposer un peu ?

- Oui s'il te plaît.

Et il me laisse seule.

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