SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 7 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 6

 

 

C'est une odeur d'œufs à la poêle qui me réveille. J'ouvre les yeux : il

fait déjà jour. Le gymnase est largement éclairé par les rayons du soleil et je me demande quelle heure il peut bien être. Je me lève péniblement, comme si je n'avais dormi que trois heures. Mickaël est dans le coin « cuisine » et s'affaire à préparer ce qui me semble être le petit déjeuner.

- Enfin tu émerges. Tu as dormi quatorze heures. J'ai cru que tu ne te réveillerais jamais.

- Quelle heure est-il ?

- Il est midi trente.

Donc ce n'est pas le petit déjeuner mais le déjeuner. Je n'y comprends

rien. Je suis pourtant toujours épuisée, comment ai-je pu dormir tout ce temps ?

Je le rejoins et m'installe sur une chaise en baillant. Il me tend une petite

bouteille d'eau que j'engloutis rapidement pour me donner un coup de fouet.

- Aujourd'hui c'est fête, j'ai trouvé des œufs.

« Trouvé » des œufs ? Pourquoi utilise-t-il ce mot ? Les supermarchés en sont pleins, cela n'a donc rien d'un exploit digne d'être souligné. Mais je dois bien avouer que ça sent bon. L'odeur réveille instantanément mon estomac qui se met à gargouiller. Le corps est une formidable machine, capable de supporter les privations les plus intenses puis de se remettre à fonctionner dès que la situation s'améliore ! Il me tend une assiette avec trois œufs au plat et je commence à manger. J'ai moins de difficultés à manger que la veille. Mon corps se réhabitue à ingérer des aliments solides. Par contre je ne termine pas ma portion.

- Il faut que tu fasses un effort pour manger davantage. Tu en as besoin.

Cet homme est curieux. Je suis ici, avec lui, dans un gymnase où

visiblement personne ne vient plus. Il a du mal à me dire plus de deux phrases d'affilée, il refuse de répondre à mes questions, pour preuve la fin de conversation d'hier soir, et pourtant on dirait qu'il se soucie de moi. Il me trouve des habits, il m'a quand même sauvée de la mort, il me nourrit. Et je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi. Qu'est-ce qu'il attend de moi ? Pourquoi m'avoir ramenée ici ? Qu'est-ce qu'il ne me dit pas ? Je sens bien qu'il y a un truc qui ne tourne pas rond mais je n'arrive pas à comprendre ce qui se trame.

- Après manger, je dois sortir. Toi tu restes ici.

Cette phrase me fait l'effet d'un électrochoc. Il me laisse ici, seule. Avec

toutes ces fenêtres et ces portes qui sont à mes yeux autant d'issues possibles. J’arrive à peine à penser tellement mon esprit entre en ébullition. C'est la chance que j'attendais depuis deux mois, une chance de m'enfuir loin de cet enfer qui est devenu mon quotidien depuis que ma vie a basculé.

- Très bien, lui répondis je, le plus naturellement possible.

Vers 13h30, je vois qu'il commence à s'activer. Tout d'abord il

s'habille, il enfile un attirail dont je ne comprends pas l'utilité au premier regard. Mes idées s'éclaircissent d'un coup quand je le vois se diriger vers la grande table, prendre deux pistolets et les placer dans leurs étuis. Il enfile ensuite son gilet sans manches qui dissimule assez bien ses armes. Il se saisit ensuite de deux couteaux immenses pour les positionner de chaque côté de sa ceinture. On dirait qu'il part à la guerre. Qui peut se promener dans les rues de Paris, vêtu comme il l'est sans se faire arrêter au premier contrôle de police ? On dirait qu'il s'apprête à commettre un attentat. Vu de mon lit, la situation est surréaliste...

Au bout d'une demi-heure, Mickaël est fin prêt. Il a vérifié toutes les

munitions, toutes les culasses et emporte quand même un fusil à pompe, au cas où.

- Je devrais être de retour dans quatre heures environ. Si je ne reviens pas ce soir, alors ces armes seront à toi.

Je le scrute, incrédule. La seule chose que je trouve à dire est :

- D'accord.

Il tourne les talons et sort par la grande porte. Cinq minutes plus tard

j'entends les vrombissements d'un moteur de moto qui démarre et s’éloigne. Dès que je n'entends plus le bruit du moteur, je me lève avec l’énergie du désespoir, me déplace vers la sortie aussi vite que mes forces me le permettent et traverse la grande porte. Arrivée dans un couloir que je traverse rapidement j'avance jusqu'au hall d'entrée avec ses portes vitrées immenses. Je me colle contre la vitre et regarde dans toutes les directions. Il n'y a pas âme qui vive. Je repars au gymnase le plus vite possible et je fais un rapide tour d'horizon. J'ai besoin de mes chaussures et d'un peu d'argent. Je fouille à la va vite, mais je ne trouve aucun euro qui traîne. Tant pis pour l'argent, je me débrouillerai autrement. En ressortant, je passe devant la table avec toutes les armes étalées. J'hésite, je sais que je n'en ai pas besoin, mais il a réussi à me foutre la trouille avec sa parano. Je prends un petit couteau, facile à manier et à caser, juste au cas où. Dans l'angle je vois un petit sac à dos. Je m'en saisis, y range mon couteau et un pull qui traîne puis je repars vers le hall. J'arrive aux portes en verre, je touche la poignée et m'arrête net. Je suis tétanisée. Deux mois que je n'ai pas mis le nez dehors et, maintenant, il me suffit de franchir cette porte et je serai à nouveau dans le vaste monde. Je respire un grand coup et appuie enfin sur la poignée.

Pourtant, lorsque je pousse la porte, rien ne se passe. Je la tire, rien

non plus. Je la secoue dans tous les sens mais elle ne cède pas. Il m'a enfermée. Je hurle de rage et d'un coup je me mets à pleurer. Mes nerfs sont en train de lâcher. Après un long moment prostrée contre cette porte, je réussis enfin à me calmer. J'essaie de reprendre mes esprits et de réfléchir. Je suis dans une salle de sport, il y a des portes, mais il y a aussi des fenêtres. Au vu de la taille de ce gymnase, il est juste impossible qu'il ait pu tout verrouiller. Je me relève, bien décidée à trouver une issue. Il me reste plusieurs heures pour trouver une solution et je compte bien ne plus être là à son retour.

Je commence par faire l'inventaire des pièces que je connais. Par le

gymnase, c'est impossible, les fenêtres sont trop hautes. Le couloir des vestiaires ne me semble pas être la bonne option. Les bureaux ! Il y a forcément des bureaux réservés au personnel et ceux-là doivent avoir des fenêtres accessibles ! Je passe derrière le comptoir d'accueil dans le hall et trouve une porte. Celle-ci mène à un petit bureau, aveugle. Je sors de là et me dirige ensuite vers un couloir que je n'ai jamais emprunté. La première porte est fermée, j'en essaie plusieurs avant de d'en trouver une qui s'ouvre. Quand j'entre, la pièce est baignée de lumière. De chaque côté, des bureaux et des ordinateurs, des papiers en pagaille sont étalés sur l'un d'eux. Des mugs, des photos de famille, comme si ceux qui travaillaient là allaient revenir d'une minute à l'autre. Je me reconcentre sur mon objectif et je vais vers la fenêtre. Elle s'ouvre et je peux enfin sentir l'air frais du printemps sur mon visage. Je sens le parfum d'herbe et de fleurs qui provient sans doute des maisons adjacentes. Toutes ces odeurs, qui me semblaient insignifiantes dans ma vie d'avant et qui aujourd'hui me font l'effet de luxe ultime. Je regarde vers le sol, Je dirais qu'il y a deux mètres de hauteur. J'enjambe la fenêtre, m'accroche au rebord et me laisse glisser vers la liberté. 

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