SyDeC (French Edition)
Chapitre 2
Ça doit faire deux mois que je suis enfermée ici. Enfin je pense car
j'ai un peu perdu la notion du temps. Au début je fixais les quelques rayons de soleil qui se faufilaient par la lucarne, puis petit à petit je n'y ai plus prêté attention.
Ma vie a basculé un mardi. Il est difficile d’imaginer que tout mon
univers ait pu changer en si peu de temps. Après mon dernier anniversaire, je me suis mise à fumer un peu d'herbe, comme ça, de temps en temps. Rien de bien méchant, juste pour rigoler un peu entre amis. Un mec du lycée me fournissait. Sauf que cette semaine-là, il était malade et le vendredi j'avais une soirée. Alors j'ai décidé d'aller dans le quartier "pas très fréquentable", comme dirait ma mère, pour en acheter. Mais je n'en suis jamais revenue. Les dealers locaux m'ont fourni ce dont j'avais besoin. En 5 minutes l'affaire était conclue, et c'était même moins cher qu'au lycée. Je repartais ravie de mon deal. Alors que j'étais sur le chemin du retour, je suis passée devant un vieil HLM aux murs écaillés, avec des tags plus ou moins artistiques, quand tout d'un coup, j'ai senti un bras m'agripper par derrière. Je n'ai même pas eu le temps de crier qu'une main se plaquait sur ma bouche. Elle sentait la graisse de voiture et le chien mouillé. Elle m'a soulevée et m’a jetée dans une fourgonnette. Je n'avais même pas entendu qu’on s’était arrêté à côté de moi. Le temps que je me relève, la porte était fermée et verrouillée. J'ai frappé, j'ai hurlé, mais il a redémarré. En moins de deux minutes, me voilà prisonnière.
Je me souviens avoir pensé que quelqu'un allait m'entendre lors d’un
arrêt à un feu ou à un stop, mais on ne s'est jamais arrêté. On a roulé une bonne heure. J'étais complètement paniquée, cherchant des idées pour m'échapper, imaginant les pires scénarios pour la suite. Quand j'ai enfin pu réfléchir de manière rationnelle, je me suis mise à chercher un outil, un bout de bois, n'importe quoi qui pourrait me servir d'arme, mais cette benne ne contenait que des bouts de chiffons, de la crasse et de vieux pneus. J'étais encore en train de chercher quand le fourgon s'est enfin arrêté. J'ai quand même voulu tenter quelque chose, je me suis donc mise juste à côté de la porte latérale pour lui sauter dessus dès l’ouverture et avoir une occasion de m'enfuir. Mais lui aussi avait dû réfléchir, car c'est la porte arrière qui s'est ouverte. Et j'ai enfin pu le voir. La trentaine, gras, le tee-shirt déguelasse, les cheveux sales et hirsutes, une barbe mal rasée. Tout me répugnait dans son apparence. J'étais tétanisée, me tassant encore et encore au fond du camion, et tandis que je reprenais mes esprits et que j'allais enfin réagir, il m'a donné un coup de poing dans le ventre. Je me suis étalée par terre, les boyaux en feu et une envie furieuse de vomir. J'avais du mal à respirer et je ne pouvais plus articuler le moindre mot. Cette douleur que je ressentais était la pire de toute ma vie. J'ai tourné le regard vers lui, et je n'ai eu le temps de voir que son pied se dirigeant sur mon visage avant de perdre totalement connaissance.
Quand je suis revenue à moi, j'étais au sol dans cette pièce exiguë. Ma
tête me faisait un mal de chien, et j'avais toujours la nausée. Je me suis roulée en boule et j'ai commencé à pleurer. Il m'a fallu un moment pour me calmer et commencer à bouger, et c'est à ce moment-là que je l'ai sentie. Une chaîne attachée par une menotte à ma jambe. La chaîne partait du mur au fond de ma cellule et arrivait jusqu'au milieu de la pièce. J'ai commencé à tirer sur la menotte, puis directement sur la chaîne au niveau du mur, mais rien n'y a fait. J'ai crié, tapé sur les tuyaux, personne n'est venu me secourir. J'avais perdu. Perdu ma liberté. Perdu mon insouciance. Perdu mon espoir de m’en tirer.
J'étais dans une petite pièce, trois mètres par quatre. A y regarder plus
attentivement, je devais être au sous-sol, dans une espèce de cave aménagée. J'ai commencé à faire l'inventaire de la pièce. Un matelas crasseux posé à même le sol dans un angle à côté de la chaîne, sur ma droite une grande bouteille d'eau et un livre, comme si j'avais envie de me poser et de bouquiner. Dans l'autre angle de la pièce une bassine d'eau propre, et un pot comme on en trouve dans les hôpitaux pour les malades qui ne peuvent pas se déplacer. Certainement le coin salle de bain pour ce taré. Je me suis déplacée lentement vers le matelas, j'ai bu de l'eau, et je me suis rincé le visage. Morte de fatigue, j'ai fini par m'endormir en pensant qu’un jour je retrouverai ma liberté.
Je pensais que le pire m’était déjà arrivé, sauf que le pire a commencé
le lendemain. Lorsqu'il est venu me voir dans mon cachot, il avait un regard lubrique qui m'a fait froid dans le dos. Je pressentais ce qui allait se passer même si je préférai ne pas y croire. C'est le premier jour où il m'a violée. Ensuite il revenait presque quotidiennement. J'étais son jouet, sa chose. Juste le droit de le satisfaire et de me taire. Il m'a dit qu'il s'appelait Rico, mais je ne suis même pas sûre que ce soit vrai. Parfois il venait me voir pour parler, me raconter sa vie. Ces jours-là, je devais l'écouter et compatir, sinon il cognait. Parfois un ami à lui venait, toujours le même. Et ces jours-là c'était encore pire. Le deuxième avait un aspect moins répugnant. Il avait la vingtaine, les cheveux blonds et des yeux bleus océan. Il était toujours propre sur lui, tellement qu'il dénotait avec l'endroit. Chaussures cirées et costume trois pièces. La première fois, il était même poli et osait à peine me regarder mais quand il a commencé, son âme de sadique s'est révélée. Il s'appelait Roméo, certainement un faux nom mais qui démontre sa personnalité. Seul un fou qui vient violer une fille dans une cave sordide se ferait appeler Roméo. Quand ils partaient, mon rituel était toujours le même, direction la bassine pour effacer leurs odeurs et rincer les marques, puis je m'allongeais sur le matelas et m'endormais douloureusement en priant pour ne jamais me réveiller.
Voilà en quoi ma vie s'était transformée, de jeune fille insouciante en
prisonnière sexuelle d'un fou.
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