SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 29 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 28

 

Je reste figée dans la cour en la regardant s’éloigner en courant. Je ne

comprends pas ce que Sacha vient de me dire. Pourquoi arrêter le thé et l'infusion. Pourquoi me dire ça maintenant ? Et pourquoi me l'a-t-elle murmuré à l’oreille comme s’il s’agissait du plus grand secret de tous les temps ? Pendant une seconde, je pense aller voir ses parents pour leur demander une explication mais je me ravise. J'ai développé avec cette ado une vraie relation de confiance. Elle me plaît et j'éprouve une infinie tendresse pour elle. Je ne voudrais pas qu'elle ait des problèmes à cause de moi. J'essaie de réfléchir mais mon cerveau est embrumé. Je me dis que mes idées seront plus claires après une heure de course, je pars donc me défouler.

Après avoir parcouru une distance que j'estime honorable, je reprends

mon souffle assise sur un banc à l'écart de la communauté et commence à réfléchir. Depuis que je suis arrivée ici, c'est la première fois que j'essaie de rassembler mes idées, mais à chaque fois que j'essaie de me concentrer, un oiseau ou un écureuil me distrait en passant dans mon champ de vision. C'est étrange comme sentiment. C'est comme si mon cerveau n'était pas capable de se focaliser sur mes pensées, comme si ma réflexion ne pouvait excéder deux minutes. Je connais ce sentiment, cette sensation. Je ne suis pas effrayée car c'est une sensation que j'ai déjà eue dans le passé, mais quand ? J'essaie alors de me concentrer sur mes souvenirs et je les laisse affluer, les bons comme les mauvais. Je m'aide des leçons de méditation de Gabriel. Micka me revient, le gymnase, Roméo sur son bûcher, Roméo dans la cave, mon kidnapping, le lycée, la fête et l'herbe que j'étais allée chercher dans ce quartier pourri. L'herbe ! Cette sensation de bien-être, de se foutre de tout, d'être spectateur de sa vie, de juste être heureux. Nom de Dieu ! Ces enfoirés me droguent ! Cet enfoiré de Gabriel donne de la came à tout le monde ici.

Alors que je prends ma douche, je n'y crois toujours pas. Comment a-

t-il pu me droguer sans même que je m'en aperçoive. Je ne suis tout de même pas si stupide. Je me souviens vaguement d'avoir reniflé le thé la première fois qu'on m'en a proposé et je n'ai rien senti, pas même une vague odeur de marijuana. Pour me déculpabiliser un peu, je me dis que la menthe a une odeur particulièrement puissante, mais quand même, j'aurais dû être plus méfiante, plus prudente. Je me mettrais des baffes. Je redescends dans la cour et dès qu'ils me voient, Emmanuelle et Antoine me servent une grande tasse de thé. Je l'attrape pour ne pas paraître suspecte mais n'en bois pas. Quand personne ne me regarde, j'en verse une partie dans l'herbe, et une autre partie contre un arbre. En jetant un rapide coup d'œil, je vois une seule personne qui me fixe. C'est Sacha et elle sourit.

La nuit a été horrible. Mes cauchemars sont revenus et je me suis

sentie constamment au bord du malaise. J'ai eu froid, puis chaud, j'ai transpiré à grosses gouttes et en même temps j'ai grelotté. Je n'ai pas bu leur putain d'infusion et voilà le résultat. Dieu sait ce qu'ils mettent là-dedans aussi. Au petit matin, je commence à retrouver mes esprits, à sortir de ce rêve éveillé que je vivais depuis quinze jours. Les sourires et la bienveillance de la communauté m'apparaissent enfin pour ce que c'est : juste une bande de drogués qui se complaît dans une illusion de sécurité. Ce sont des malades, je dois partir. Évidemment, inutile de demander ma moto et mes armes, on ne me les donnera jamais. Ils veulent juste garder le plus de monde possible, de gré ou de force. Alors je commence à observer les environs. Je me fonds dans le décor, une tasse de thé que je ne toucherai pas à la main et je fais le tour, l'air de rien. Je discute avec tout le monde mais les banalités fusent et je n'arrive pas à extraire la moindre information valable.

Je suis en train de réfléchir à l'écart quand Sacha me rejoint.

- Ça va ?

- Évidemment que non ça ne va pas !

- Alors tu es retombée sur terre. C'est bien.

- Nom de Dieu ! Tu aurais dû me prévenir avant.

- Je ne savais pas comment tu allais le prendre.

- Mal, je le prends très mal. On m'a droguée pour me faire devenir débile et rester ici. Putain ! J'ai même avalé ces conneries de lumière intérieure. Quelle conne !

- Tu risques d'être un peu patraque pendant un ou deux jours.

- T'inquiète pas pour ça. Pourquoi m'avoir mise au courant ?

Elle me regarde fixement, sans sourire, sans tristesse.

- Tu vas partir ?

- Évidemment que je vais partir, même si je dois tous les tuer pour ça.

Je regrette aussitôt mes paroles. Ses parents sont des adeptes.

- Alors je veux partir avec toi.

Ma surprise se lit sur mon visage. Alors c'est pour ça, elle veut

s'enfuir aussi. Mais elle est bien trop jeune pour rester dehors. Elle ne survivrait pas une nuit. J'essaie de lui faire entendre raison.

- Tu es trop jeune et ici tu es en sécurité, droguée, mais vivante.

- Je ne bois plus de thé depuis deux mois, bien avant que tu arrives. Et si tu veux sortir d'ici tu auras besoin de moi. Je sais où est ta moto, tes armes et par où on peut sortir. Mais je ne te le montrerai que si tu me jures de m'emmener avec toi.

Fais chier ! Elle a tout prévu, jusque dans les moindre détails.

- Qu'est ce qui te fait croire que tu seras en sécurité dehors avec moi ?

- J'étais là le jour où ils t'ont ramenée. J'ai vu tes poignards, tes pistolets, ta moto équipée avec des sacs partout, tout le nécessaire de survie. Je ne sais pas d'où tu viens, mais je suis sûre d'une chose, tu sais te débrouiller dehors.

On se tait car un groupe d'adeptes passe devant nous. Nous lui faisons

de larges sourires ponctués de « Quelle belle journée nous allons avoir », quand ils finissent enfin par s'éloigner. Une question me perturbe.

- Partir avec moi signifie laisser tes parents derrière toi. C'est ça que tu veux ? Les abandonner ?

- Eux, ça fait longtemps qu'ils m'ont abandonnée.

- Explique.

Elle fait une courte pause puis commence :

- On est arrivé ici il y a un an. Mon frère était mort d'une grippe et ils étaient désespérés. On est tombé sur Gabriel qui nous a accueillis les bras ouverts. On était bien, trop bien. Il y a deux mois, j'ai eu une violente gastro, je ne pouvais rien garder. C'est comme ça que je me suis sevrée et quand on m'a proposé mon premier thé après ma convalescence, je n'ai plus voulu en prendre, trop consciente de ce que c'était. Ils ont failli me le faire boire de force, puis comprenant que je ne pourrai pas gagner, j'ai pris les tasses qu'on me servait et j'ai fait semblant de les boire. Un soir j'en ai parlé à mes parents qui m'ont hurlé dessus. Ils m'ont fait une scène, comme quoi on avait enfin trouvé la paix, trouvé un toit et des gens biens, que je n'étais qu'une petite ingrate. Ils m'ont même traitée de garce. Alors j'ai abandonné.

La pauvre ! Elle avait tout compris, et on l'a traitée comme une folle.

- Ok, mais tu pourrais continuer à faire semblant et rester en sécurité entre quatre murs, alors pourquoi préférer les monstres de l'extérieur ?

- Parce que bientôt, dans deux jours en fait, je vais subir l'initiation.

- C'est quoi ça encore ?

Elle a les larmes aux yeux mais se contient pour faire bonne figure.

- Tu étais certainement trop shootée pour te demander pourquoi on nous habille en blanc.

Je réfléchis un instant, mais en effet, c'est un fait que j'ai considéré

comme acquis sans vraiment chercher de raison à cette règle.

- Ça permet aux jeunes filles non réglées de ne pas pouvoir cacher quand elles ont leurs premières règles.

J'ai envie de vomir et je la regarde horrifiée. Elle me reprend aussitôt

- Attention on nous regarde.

Je retourne la tête aussitôt et trempe les lèvres dans le thé comme si de

rien n'était.

- Continue.

- Quand les jeunes filles ont leurs premières menstruations, la règle veut que Gabriel nous dépucelle en personne en présence d'un jeune pur masculin. Il regarde l'acte pour le reproduire dès que Gabriel a fini. Ensuite, les deux jeunes sont officiellement des adultes et se marient exactement neuf mois plus tard, de telle manière que si un enfant naît, personne ne peut savoir avec exactitude qui est le père.

Ben la voilà la vraie secte bien déguelasse. Sous des airs de colonie de

vacances pour baba-cool, il s'agit d'un centre de viol organisé et de mariage forcé où le violeur en chef est un pervers de soixante ans. Je suis écœurée.

- C'est pour ça que je ne peux pas rester. J’ai eu mes règles il y a trois jours.

Pauvre gosse. Et ses parents ne se bougent même pas pour l'aider.

- Fais tes valises, on part cette nuit.

Pour éviter d'éveiller trop de soupçons, on part se mêler à la foule des

adeptes. Je profite de la séance de méditation pour réfléchir à mon plan. Apparemment Sacha sait où on doit aller. Il s'agit maintenant d'y arriver sans encombre. Je ne suis jamais sortie de nuit dans les couloirs. Je suppose qu'ils ajoutent des somnifères à l'infusion, je ne vois que ça qui ait pu autant m'assommer pour que je ne me réveille plus en plein milieu de la nuit. Je n'ai donc aucune idée de la résistance que je vais pouvoir trouver sur le chemin. Et je n'ai aucune arme. Ma priorité est de trouver quelque chose pour riposter si nécessaire. Un couteau volé au repas du soir fera l'affaire. Ensuite je dois pouvoir retrouver Sacha dans ce dédale de couloir. Et les portes des cellules, est-ce qu’elles sont ouvertes la nuit ? Je ne pense pas. Qui serait assez fou pour laisser aux gens la capacité de déambuler librement dans les couloirs la nuit ? J'espère qu'ils n'ont pas trouvé mon équipement pour crocheter les serrures dans mon sac. Sans ça, mon évasion va s'avérer plus compliquée. Mon plan est donc très simple, je localise la cellule de Sacha, on part chercher mes armes, puis la moto, et on s'en va. On n'aura droit qu'à une seule tentative, à nous de ne pas la laisser passer.

Après la séance de méditation, je rejoins la famille de Sacha.

- Sacha, tu m'avais parlé d'un livre que tu as dans ta cellule et que tu as beaucoup aimé. Tu pourrais me le montrer.

Elle me regarde et enchaîne aussitôt.

- Bien sûr ! Papa, maman, je peux l'amener dans notre cellule ?

- Bien sur ma chérie. Mais Cassandra, ne fais pas attention au désordre.

Je ris en les regardant.

- Ne vous inquiétez pas, vous n'avez pas vu la mienne.

Je suis Sacha en mémorisant tout le trajet. A gauche, monter les

marches jusqu’au premier, puis à droite. C'est la troisième porte sur la gauche. Pour en être sûre, je prends un petit caillou qui traîne et fait une marque en haut à droite de la porte. La cellule est aussi petite que la mienne et est encombrée de trois matelas au sol. Je regarde la serrure de la porte et il s'agit d'un barillet simple, un jeu d'enfant à ouvrir. On entre et je lui demande des détails sur la localisation de mes armes et de ma moto, ainsi que tous les détails qu'elle connaît sur la sortie et les gens qui pourraient patrouiller.

- Il y a des gardes la nuit qui font des rondes, juste pour s'assurer que personne ne sort de sa cellule. Les portes ne sont pas verrouillées mais personne ne sort. De toute façon tout le monde s'endort avec les somnifères. Je suis déjà sortie la nuit c'est assez simple. L'armurerie se trouve au bout du couloir au rez-de-chaussée. Par contre elle est fermée. Quand à ta moto, elle devrait être dans ce qui leur sert de garage, une dépendance de l'abbaye à l'extérieur de l'enceinte.

- Elle devrait ?

- En tant que pure, je n'ai pas le droit de sortir de l'enceinte.

- Alors comment tu peux savoir ça ?

- Un des hommes qui t'a ramenée ici a à peine 15 ans. Il y a une semaine, je l'ai fait boire un peu plus de thé que préconisé. Après ça il a jacassé comme une pie.

Maline la petite. Je souris.

- Ok et la sortie ?

- Ça, c'est un peu plus compliqué.

- C'est à dire ?

- La nuit, les grandes portes sont fermées, on ne pourra jamais les ouvrir sans réveiller tout le monde, mais il y a un endroit, disons une fenêtre sans carreaux.

- Ce n’est pas très compliqué ça.

Je la regarde et attend la suite

- Ce qui est compliqué c'est qu'elle est à trois mètres du sol.

Ah, oui là ça devient compliqué, en effet. Mais j'ai bien réussi à sortir

du gymnase, alors je ne me pose pas plus de questions que nécessaire et reprends.

- Ok. Ce soir, tu prépares un sac. Un seul. Il faudra que tu le portes tout du long, alors ne t'encombre pas, on trouvera bien de quoi s’équiper dehors. Tu prends le strict nécessaire, un pantalon, un tee-shirt et basta. Je viens te chercher cette nuit et on se fait la belle. Ne t'endors pas. Tu dois être prête quand j'ouvrirai ta porte. C'est compris ?

Elle hoche la tête, l'air décidé.

- Tu n'en parles à personne, tu ne fais pas tes adieux à tes parents pour ne pas éveiller leurs soupçons. Tu fais tout comme d'habitude.

Je la laisse là et rejoins ma cellule pour mémoriser le trajet que je devrai

faire cette nuit.

Une bonne heure plus tard, je rejoins la table du repas du soir et

m'assoie près de Sacha pour être sûre qu'elle ne fait pas de bourde, mais elle semble tellement naturelle qu'elle m'effraie un peu. En même temps, vu ce qui l'attend dans deux jours, c'est un peu normal qu'elle soit prête à tout pour partir. En partant, je n’oublie pas de glisser un couteau dans la seule cachette à ma disposition, mon soutien-gorge.

Quand je rejoins ma cellule, mon infusion intacte dans ma main, une

voix m'interpelle.

- Cassandra, comment vas-tu ce soir ?

- Gabriel ! Très bien et toi ?

- Ce fut une magnifique journée. Tu restes beaucoup avec Sacha en ce moment.

Je lui fais mon plus grand sourire.

- Oui j'aime beaucoup cette gosse. Intelligente, douce et serviable. Un vrai bonheur. Ses parents doivent être tellement fiers.

- En effet, c'est une fille formidable. D'ailleurs ce sera bientôt une femme formidable.

Je fais celle qui ne comprend pas.

- Comment ça ? Elle est encore jeune.

- Oui mais tu sais, les jeunes de ce monde doivent grandir plus vite qu'avant. Ils n'ont plus le loisir de prendre leur temps.

- C'est vrai hélas, le monde qui nous entoure est devenu bien trop dur pour les enfants.

- Tu n'as pas bu ton infusion ?

Et merde.

- J'attends qu'elle refroidisse un peu avant. Je la préfère tiède. Mais bien sûr que je l'aime. Et que dire du thé. C'est une vraie merveille. Je voulais te dire Gabriel, je te remercie du fond du cœur de m'avoir accueillie ici et d'avoir insisté pour que je reste. Cet endroit est le paradis perdu, et c'est à toi qu'on le doit.

- Merci Cassandra pour ces chaudes paroles. Tu fais partie de la famille maintenant.

J'ai envie de lui arracher les yeux à ce vieux pervers mais je puise au

fond de moi pour lui faire un grand sourire.

Au milieu de la nuit, quand je suis sûre de ne plus entendre le

moindre bruit, je me lève en silence et ouvre ma porte. Sacha avait raison, elles ne sont pas verrouillées. C'est beau l'arrogance. Je fais le trajet vers la cellule de Sacha et trouve facilement la porte avec la petite marque en haut. Je l'ouvre avec une infinie précaution et la vois assise sur son matelas, son sac contre son ventre. Elle se lève d'un bond, jette un dernier regard à ses parents et me suis. A l'oreille, je lui murmure

- Tu restes bien derrière moi et si tu veux me parler, tu me tapes sur l'épaule.

On emprunte l'escalier qui descend à l'armurerie sans rencontrer de

résistance. Dans le couloir qui mène à la salle, j'entends des voix qui se dirigent vers nous. Je me mets en alerte mais Sacha me tire en arrière et me fait entrer dans une salle. Un grand matelas est posé à même le carrelage avec des drapages qui vont du plafond au sol et qui entourent le matelas

- C'est quoi ça ?

- La salle de l'initiation.

J'ai à nouveau la nausée. Les voix s'éloignent et nous ressortons pour

arriver devant la salle fermée à clé. Il s'agit aussi d'un simple barillet. Je sors mon attirail et ouvre en moins d'une minute, sous le regard éberlué de Sacha.

- Tu m'apprendras ?

- On verra ça plus tard.

On entre et je me retrouve dans la caverne d’Ali Baba. Pour une

communauté pacifique, il y a ici de quoi mener une guerre. Des pistolets, des fusils, des poignards et même des grenades. Je referme la porte et me mets en quête de mes armes. Hors de questions que je parte sans elles. Je trouve rapidement mes deux poignards, mon holster et mes cuissardes. Mes pistolets s'avèrent plus compliqués à dénicher. En effet, rien ne ressemble plus à un pistolet qu'un autre pistolet. Dans un soupir de soulagement, je les trouve enfin posés avec les fusils. Ensuite j'en prends deux autres que je fourre dans mon sac, ainsi que des munitions et un cran d'arrêt.

Ainsi équipée, je me sens à nouveau complète. J'ai remis mes vieux

habits et laissé ma tenue d'adepte dans ma cellule. Quand on ressort, je marque un temps d'arrêt devant la salle de l'initiation.

- Je reviens. Si quelqu’un arrive, rentre te cacher à l'intérieur.

Je rentre dans la salle et regarde les voilages qui pendent. J'en attrape un

et tire dessus de toutes mes forces. Le crochet le maintenant au plafond cède rapidement et l'étoffe légèrement déchirée retombe dans une douceur qui contraste avec l'emploi du lieu. Je fais pareil pour le second et roule tout ça en boule. Quand je ressors, Sacha n'a pas bougé et vois mon chargement.

- Il va falloir que tu le portes. J'ai besoin de mes mains pour nous défendre au cas où.

Elle n'hésite pas une minute et se saisit des voilages.

Elle me suit en me guidant à travers les couloirs. On monte dans une

espèce de tour et je vois enfin la fenêtre en question. Elle n'est pas grande mais on devrait pouvoir passer. Je jette un coup d'œil en bas, Sacha m'a dit trois mètres, mais je dirais plutôt quatre. J'attache les deux voilages ensemble et cherche un point d'ancrage. Une vielle statue de la vierge dans son alcôve fera l'affaire.

- Tu descends en premier et je te suis. Quand tu es en bas, trouve-toi une cachette. Ne m'attends pas à découvert.

Elle enjambe la fenêtre et se tient aux rideaux. Quand elle est à mi-

chemin, je la sens qui dérape sur la paroi et se laisse tomber de tout son poids contre le mur. Elle se cramponne et sans un bruit reprend sa descente. Une fois en bas, elle me fait un petit signe puis part se cacher. A mon tour, j'enjambe la fenêtre et prie pour que la vierge tienne le coup. Si la statue venait à céder, le raffut réveillerait tout le monde, somnifère ou pas, et on aurait les gardes sur le dos en moins de dix minutes. Je descends le plus rapidement possible et quand je suis à un mètre cinquante du sol saute directement pour relâcher la pression exercée sur la vierge Marie. Je ne me réceptionne pas trop mal, du moins je ne me casse rien quand j'atterris d'une façon pas très gracieuse sur les fesses. Sacha sort de sa cachette et me rejoint :

- C'est par là.

Elle me montre du doigt une dépendance. Les portes sont fermées. On

fait le tour de la bâtisse pour essayer de trouver un accès quand je vois un soupirail. Je me glisse dedans, Sacha m'emboîte le pas. A l'intérieur, un garde armé dort d'un sommeil profond. Quand on sortira, il nous entendra forcément. Je regarde Sacha l'air désolée, et je m'en veux déjà de ce qu'elle va voir.

- Surtout ne crie pas. Reste ici.

J'attrape un de mes poignard et avance à pas de loup vers le garde. Il n'a

même pas le temps de se réveiller qu'il gît dans son sang au pied de sa chaise. Je me retourne vers Sacha. Elle n'a pas crié ni même détourné le regard.

J'embrasse la salle du regard quand je la vois, enfin. Ma moto. Belle,

effilée, brillante. Je la caresse.

- Mon Dieu que tu m’as manquée.

Je repars chercher les clefs à côté du cadavre du garde, déverrouille la

porte de l'intérieur, enfourche mon engin, installe Sacha derrière moi et mets le contact. Le bruit du moteur me réchauffe le cœur. On démarre en trombe et on file le plus loin possible de ces fous.

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