SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 8 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 7

 

Sur ma gauche une clôture me bloque la sortie. Je longe le mur du

gymnase et me dirige vers l'entrée principale. Je tombe sur le parking et la barrière d'accès. Je sors enfin du complexe et cherche une direction à prendre. Sur ma droite je vois un canal avec ses berges. J'y vais au pas de course puis je prends la piste cyclable sur la droite. Je marche, droit devant sans jamais me retourner, avec une seule idée en tête, trouver quelqu'un et lui demander de l'aide. Étonnamment, l'endroit est complètement désert. Pas âme qui vive. A cette heure-ci, il devrait y avoir des cyclistes, des gens faisant leur jogging et des mamans promenant leurs bébés. Et pourtant je suis seule, je n'entends pas le moindre bruit commun à toutes les villes, ni bruit de travaux, ni bruit de circulation. Rien. Juste des oiseaux qui piaillent. Je tourne la tête dans tous les sens, et je finis par apercevoir des panneaux sur la route, sur l'autre rive du canal. J'emprunte un passage pour piétons qui permet de traverser le canal et je peux enfin lire "Gare de Sevran-Livry" 

Je suis donc à Sevran. Je me retourne brusquement vers le canal et un

nouvel espoir naît en moi. J'habite à Bobigny et je connais ce canal. Je venais y faire du vélo avec ma meilleure amie. On n'allait pas jusqu'à Sevran, on s'arrêtait avant, mais je sais que la piste continue sur des kilomètres. Je dois juste trouver la bonne direction. Est-ce que je dois descendre ou remonter le canal ? Je me hâte vers la gare, elle est déserte mais ouverte. L'ambiance y est lourde, pas un bruit, juste le vent qui s'engouffre sur les quais et ressort par l'entrée. Peut-être y a-t-il eu une évacuation générale ? Mais pour quelle raison ? Je pense d'abord à un accident nucléaire, mais à ma connaissance, il n'y a pas de centrale proche de Sevran. Peut-être un attentat, mais la vie continuerait. Je dois retrouver ma mère et ma sœur. Elles, elles me diront ce qu'il se passe. Je regarde rapidement le plan affiché dans le hall, repère le canal, la gare et le gymnase. Je dois faire demi-tour.

Je ressors de la gare et commence à avancer quand je vois, posé

contre une barrière de trottoir, un vélo. Pas d'anti-vol ni de cadenas. Je me précipite, l'attrape brusquement et grimpe sur la selle. Alors que je donne mes premiers tours de pédale, l'effort me semble surhumain. Après à peine une minute d'effort, mes jambes me brûlent et j'ai le souffle court. Ma captivité a énormément affaibli mon corps. Je n'étais certes pas très sportive auparavant, mais j'étais tout de même capable de faire une minute de vélo sans défaillir. Pourtant je m'accroche, je dois continuer ! Je rejoins le canal et reprends la direction du gymnase. Je le dépasse sans même un regard et suis la piste cyclable, toujours déserte. Je dépasse une écluse et mon souffle revient peu à peu. Mes jambes me brûlent toujours mais mon corps commence à s'habituer au rythme que je lui impose. Je dois bien dire qu'il n'est pas très soutenu. Je pense qu'un enfant me dépasserait facilement, mais je vais toujours plus vite qu'à pied.

Les kilomètres s’enchaînent, le paysage est bucolique, avec le canal

d'un côté et les arbres de l'autre longeant la piste à perte de vue. Pourtant je n'y prête guère attention, trop concentrée à mettre la plus grande distance possible entre moi et ce cauchemar. Je regarde droit devant et je m'agrippe au guidon comme si ma vie en dépendait. Venant du canal, je croise un ragondin, ce qui me prouve que la vie n'a pas tout à fait disparu. Je passe par une autre ville, mais toujours aussi déserte. Je pédale depuis une petite demi-heure quand j'ai un sentiment de déjà-vu. Je fouille les recoins de ma mémoire et tout à coup, j'y suis. Le centre commercial de Bondy. Je m'arrête net. Je regarde la silhouette des bâtiments et lis toutes les enseignes. Je suis déjà venue ici avec ma mère et mes amies lors d’après-midi shopping. La zone commerciale est assez vaste et compte des enseignes en tous genres, du magasin de chaussure à celui de bricolage. Je sais que je suis proche de mon but. C'est la ville d'à côté, le centre commercial le plus proche. Je remonte en selle et me remets à pédaler de plus belle. La fin du parcours est proche, je le sais. Je remonte les berges, sur un chemin que maintenant je reconnais. Je serai chez moi dans moins de 30 minutes.

Sur ma droite se dessine la gare ferroviaire de Bobigny, une

installation gigantesque qui me permet de savoir que je suis enfin dans ma ville. Je suis épuisée et mes jambes refusent de continuer à pédaler. Je ressens un calme relatif à côté de cette gare, la sensation rassurante d'être rentrée chez moi. Je m'octroie une pause pour détendre mes muscles endoloris par cet effort intense et je regarde l'eau du canal couler paisiblement. J'entends mon cœur tambouriner dans mes oreilles et mon souffle s'échapper bruyamment de mes poumons. La sueur coule dans mes yeux mais je m'en fiche. La seule chose qui compte c'est que je suis enfin à Bobigny. Quand je me sens un peu mieux, je reprends le vélo et roule jusqu'au pont de la Folie. Là, je quitte les berges du canal pour m'enfoncer dans la ville et rejoindre les quartiers nord où se trouve ma maison. Le spectacle qui s'offre à moi est ahurissant. Il n'y a personne dans les rues, les boutiques sont fermées. Il y a des voitures garées partout mais personne ne circule. Certaines voitures sont arrêtées en plein milieu de la route, les portières ouvertes mais tous les habitacles sont vides. La ville est déserte. Je regarde les fenêtres des habitations pensant y voir des gens, mais tous les rideaux sont tirés. On dirait un confinement général, comme lors de l'épidémie de Covid qui a touché le monde entier il y a quelques années, mais en pire. Je me souviens de cette période, cela avait été très compliqué. Les gens ne pouvaient plus sortir que munis d'une autorisation pour faire leurs courses ou promener le chien. Mais à cette période on croisait toujours quelqu'un et les voitures n'étaient pas abandonnées.

Je tourne dans la rue du 8 Mai et arrive enfin à la rue de la Ferme. Il

m'aura fallu plus d'une heure pour arriver jusqu'à mon petit pavillon de banlieue. Je m'arrête devant le portail de ma maison. Il est ouvert, ce qui est étrange. Ma mère ne le laisse jamais déverrouillé. Je lâche mon vélo et manque de tomber en me dégageant. Je cours jusqu'à la porte d'entrée et tambourine violemment à la porte. J'appelle ma mère mais personne ne répond. Je décide d'ouvrir la porte, elle s'ouvre sans difficulté. Pourquoi la porte est-elle ouverte ? D'habitude ma mère me passe un sacré savon si je ne la ferme pas à double tour à chaque fois que je la franchis. « La ville n'est pas sûre », me sermonne-t-elle à chaque fois. Je rentre et referme consciencieusement derrière moi. Les clés sont sur la porte, je fais donc mon double tour habituel et rabats le verrou anti-intrusion. 

- Maman ?

Toujours rien. Je monte à l'étage et passe la tête dans la cuisine. La

pièce est sens dessus dessous. Il y a des paquets de céréales éventrés, des conserves déformées sur le sol, du lait est renversé sur la table, de la viande crue est posée sur une chaise et dégage une odeur de mort. Cela doit faire bien deux semaines que la maison est dans cet état. L'odeur me donne des haut-le-cœur et je cours ouvrir la fenêtre pour avoir de l'air frais. Je me dirige vers le salon et me rends compte qu’ici, par contre, tout est en ordre. La télé est à sa place et le canapé toujours bien arrangé avec ses plaids. Qui dévaliserait une maison sans prendre la télé mais en saccageant la cuisine ? Je vais dans ma chambre où tout est en place. J'ouvre mes placards et mes habits sont soigneusement rangés et repassés, comme si je n'avais jamais quitté la maison. Je m’assieds sur mon lit et c'est à ce moment que je la vois. Une enveloppe fermée posée sur mon oreiller. Je l'ouvre précipitamment et commence à lire.

« Ma petite chérie

Voilà maintenant trois semaines que tu as disparu. Je n'ai plus

aucune nouvelle de toi. Évidemment quand je ne t'ai pas vue revenir ce jour-là, je me suis précipitée à la police. Ils ont mené une enquête mais qui n'a pas donné grand-chose. Aucune piste n'a permis de savoir où tu as bien pu aller ce mardi après les cours. Au final, ils ont classé cette affaire en fugue. J'ai eu beau leur dire que tu ne serais jamais partie comme ça, ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient rien faire de plus.

J'ai pleuré tous les soirs, priant le ciel que tu me reviennes. Mais

mon souhait ne s'est jamais exaucé. Hélas, depuis hier, j'ai des symptômes. Je commence à chercher mes mots et je sais ce que cela veut dire, Ils en parlent beaucoup maintenant au journal.

Alors tant que j'en suis encore capable, et au cas où un jour tu

retrouverais le chemin de la maison, je voulais te dire que je t'aime de tout mon cœur. Tu as ravi ma vie tous les jours depuis ta naissance.

Ta sœur et toi êtes mes trésors. 

Si tu lis cette lettre, je t'en supplie prends soin de toi. Je t'aime

Maman »

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