SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 37 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 36

 

 

Tout comme à Langres, on nous a attribué un logement libre, mais

cette fois-ci, il s'agit d'un appartement. Il est agréable et Sacha et moi nous sentons beaucoup mieux ici. Nous avons pris le temps de nous promener en ville au travers des ruelles et l'endroit est charmant. Les gens sont accueillants et l'ambiance est nettement meilleure ici. Il n'y a pas de répression et je comprends l'attrait de cet endroit pour la population. Cela fait maintenant cinq jours que nous avons posé nos valises et Sacha s'acclimate particulièrement bien. Elle rayonne. Durant cette petite semaine, j'ai pu découvrir la frontière nord de la ville et j'ai été stupéfaite. Quand je m'y suis rendue, il n'y avait aucune barrière physique, mais en m'approchant, j'ai découvert un trou béant dans le sol d'une dizaine de mètres sur toute la longueur séparant les deux cours d'eau. Léa, notre marraine citoyenne comme ils l'appellent, m'a expliqué qu'il s'agissait en fait d'un ancien tunnel traversant la ville que les militaires ont bourré d'explosif et ont fait s'effondrer. Ainsi, ils ont créé un fossé infranchissable qui les isole de la partie nord. C'est ingénieux et ultra efficace.

Léa m'a aussi expliqué que l’école n’était obligatoire que jusqu’à

douze ans pour les enfants, de manière à leur apprendre à lire et à compter correctement. Après, s'ils ont été repérés par leur professeur pour des talents particuliers qui seraient utiles à la communauté, il leur est proposé de continuer leurs études. Sinon, ils peuvent profiter de la vie ou commencer un apprentissage pour un métier manuel par exemple. Ainsi, certains ont continué dans le domaine des sciences afin de maintenir la centrale nucléaire par exemple, d'autres ont préféré faire un apprentissage dans la réparation de vélo, seul moyen de transport dans la ville.

Sacha a sympathisé avec la fille des voisins, Juliette, et celle-ci l'a

convaincue de passer des tests afin de peut-être retourner à l’école. J'ai été très étonnée de sa décision de passer ces tests, mais il s’avère que depuis elle poursuit un cursus en biologie. Juliette et elle ne se quittent plus. Pour ma part ça m'a laissé plus de temps pour traîner en ville et me faire une idée plus précise du genre de vie qu'on y mène. Le système monétaire est basé sur le bouchon, clin d’œil aux anciens bouchons lyonnais. Des billets sont imprimés et 100 bouchons sont donnés aux nouveaux arrivants, ce qui, apparemment, permettrait de tenir un mois, le temps de trouver un travail rémunéré. J'avoue que je ne me suis pas intéressée au problème pour le moment. En arrivant ici, j'ai repris mon entraînement, notamment la course à pied. Je fais le tour de la ville, ce qui correspond à une vingtaine de kilomètres, avec une pause au milieu d'environ une heure en bord de Rhône. Là-bas la vue est magnifique. Ils ont aussi une salle de sport gratuite. Un coach est présent mais ses conseils, eux, sont payants sur la base d'un forfait mensuel, donc je m'en passe.

Cet après-midi, je décide d'aller chercher Sacha après ses cours, en

revenant de ma séance de course. Quand j'arrive devant son école, je la vois en grande discussion avec Juliette, et... elle tient la main d'un garçon ? Je ne peux m’empêcher de rigoler. Je comprends mieux son soudain goût pour les études. Je m'approche discrètement par derrière.

- Alors Sacha, ça te plaît les études ?

Elle se retourne brusquement et lâche la main du petit copain.

- Nom de Dieu, qu'est-ce que tu fais là ?

Elle a viré au rouge cramoisi et je l'ignore copieusement en regardant le

garçon qui ne sait plus où se mettre.

- Bonjour, moi c'est Cassandra.

- Heu... Tom, bégaie-t-il

- Cassandra ! Viens, on rentre !

Elle me tire par le bras et on se met en route alors je m'esclaffe. Elle, par

contre, est hors d'elle.

- Je peux savoir ce qu'il t'a pris.

Je continue de me marrer.

- Arrête, c'est pas drôle !

- Bien sûr que c'est drôle.

Je la regarde du coin de l’œil. Elle finit par se dérider et commence à

sourire. Elle essaie de retrouver son sérieux en me lançant :

- Je ne rigole pas. Tu n'as pas le droit d'arriver comme ça, en catimini, pour me mettre la honte.

- Moi la honte ? Ce n’est pas mon genre.

Et j'explose à nouveau de rire.

- En tout cas je comprends pourquoi tu as repris tes études. Il est mignon. Pas mon genre mais mignon.

- Tu trouves ? me dit-elle soudain intéressée.

- Oui. Allez décoince-toi, c'est de ton âge. Vas-y raconte ! On passe le chemin du retour à discuter de son nouveau copain et elle semble vraiment amoureuse, même si à son âge, on ne sait pas vraiment ce que c'est.

Le soir, pendant le repas, il y a un point que je souhaite aborder avec

Sacha.

- Que dirais-tu de rester ici pour l'hiver ?

- Je n'osais pas aborder le sujet, je sais que tu n'aimes pas les groupes, sauf quand tu es défoncée, évidemment.

- Très drôle... Il y a le problème de l'argent sur lequel je vais devoir me pencher. Mais au moins on est au chaud et il y a de la nourriture. Et je ne pense pas que l'on puisse continuer à rouler comme ça avec la météo qui se dégrade.

- Moi ça me va.

- Tu m’étonnes, dis-je en gloussant.

- Oh arrête un peu ! mais elle glousse aussi.

Le lendemain, alors que je fais mon tour habituel et que je m’apprête

à longer le fossé, j'entends des bruits de moteurs de l'autre côté. Je m’arrête et me mets aux aguets derrière l'angle d'un mur. Quelque chose bouge au loin et se rapproche. Ni une ni deux, je pars en sprintant à l’entrée principale. Il me faut bien une vingtaine de minutes pour rejoindre la porte. Ma moto est toujours là, les clés cachées dans la sacoche arrière. Sans rien demander à personne, j'enfourche ma bécane et démarre. Lucas, qui devait de garde a l’entrée principale, se dresse devant moi avec une arme.

- J’ai pas le temps, si tu veux me suivre, monte.

Il ne réfléchit qu’une seconde et grimpe. Je mets les gaz et fonce le long

du quai en évitant les passants qui ne comprennent pas ce que fait un véhicule à moteur dans la ville. Je m’arrête avant la frontière, descends et attrape mes poignards.

- Mais bordel, tu fais quoi ?

Pour toute réponse je fonce vers l'ancien tunnel. J'ai perdu l'habitude de

rendre des comptes à qui que ce soit depuis longtemps. Quand j'arrive à mon point de départ, quatre hommes sont de l'autre côté, avec des armes et un camion de pompier.

- Merde, Antoine et sa bande de crétins.

Je me retourne vers lui et demande :

- C'est quoi l'histoire ?

- On les a expulsés le mois dernier. Ils sont arrivés il y a trois mois, mais on s'est rendu compte que la nuit, ils dévalisaient les maisons. Ils ne travaillaient pas et avaient toujours plus d'argent. Alors le tribunal les a condamnés à l'expulsion. Je vais aller leur parler.

- Non. Ils ont eu leur chance. Je connais les gens comme eux, ils ne comprennent que la violence.

- Comment ça, tu connais les gens comme eux ?

- Des voleurs ont tué l'homme qui m'a sauvée au début.

- Et comment tu t'en es sortie ?

- Je les ai tués.

Il ouvre grand les yeux.

- Tu avais quel âge ?

- 16 ans. Tais-toi maintenant.

Il m’obéit et nous les observons pendant qu'ils déploient la grande

échelle pour faire un pont de fortune.

Quand ils entament leur traversée, je regarde Lucas et lui demande :

- Tu n'as que cette arme avec toi ?

- Un revolver est bien suffisant.

- Sauf que si tu tires ils vont riposter à la première détonation. A deux contre quatre, il vaut mieux être discret. Voilà le plan...

Il me coupe.

- Depuis quand c 'est toi qui décide ?

- Depuis maintenant. Tais-toi et écoute. Tu vises comment ?

- Assez bien pour avoir eu le droit de porter une arme.

- Oui enfin, tu nous as manquées Sacha et moi sur la moto. Bref. Je vais en prendre deux par surprise. A ce moment-là, et seulement à ce moment-là, tu tires sur le plus vulnérable de ta position. Si tu as le temps tu abats le deuxième. Compris ?

Il n'est pas convaincu par le fait que ce soit moi qui décide et encore

moins par le fait d'être en retrait, mais il n'a plus trop le temps de réfléchir, ils ont presque traversé.

- Va te mettre là-bas, à l'angle de l'immeuble, ça devrait te donner un angle dégagé. Dépêche !

De mon côté je contourne l'immeuble derrière lequel on était dissimulés

pour les prendre par derrière. J'espère juste qu'après avoir franchi l'échelle ils iront tout droit ou sur la droite. S’ils prennent à gauche, je suis morte.

Ils finissent leur traversée en moins de cinq minutes et vont droit

devant eux. Ils n'ont même pas épaulé leurs fusils. Ça ne m'étonne pas. S'ils connaissent les lieux, ils savent que la zone n'est pas très fréquentée ni surveillée. Je m'approche d'eux par derrière. Antoine et un de ses acolytes sont devant, les deux autres sont à l'arrière. Je cours vers eux et me baisse au dernier moment pour entailler profondément leurs mollets. Ils poussent des hurlements et s'agenouillent au sol. Dans un mouvement rapide, je plante mes deux poignards dans leur poitrine. Au même moment, Antoine et son pote se retournent et j'entends la détonation d'un coup de feu. Un troisième gars tombe au sol. Antoine se rue sur moi. Une autre détonation retentit mais Lucas rate son coup. Je me prépare au combat et me redresse de toute ma hauteur. Antoine épaule son arme mais trop près de moi. Je saisis le canon et le bascule sur ma gauche en lui donnant un coup de genou dans la cuisse. J'y mets toute la force dont je dispose. Il crie. Je relâche une main du canon et lui donne un coup de coude dans le nez, ce qui a pour effet de lui faire lâcher la crosse de son fusil. Il pisse le sang.

- Salope !

Il essaie de me décocher une droite que j'esquive facilement. Je lui saisis

les épaules et dans une roulade, l'envoie au sol derrière moi. Je ramasse un des poignards que j'avais laissés au sol et alors que je me relève, prête à lui planter dans la gorge, un autre coup de feu retentit et Antoine gît au sol, sans vie. Je reprends mon souffle quand Lucas me rejoint

- Alors là, je suis impressionné.

- Merci, mais j'ai juste été bien entraînée.

- Qui t'a appris à te battre comme ça.

- L'homme qui m'a recueillie.

Je me relève et ramasse mon deuxième poignard.

Quand on rejoint la porte à moto, un comité d'accueil nous attend,

dont trois membres du conseil.

- Je peux savoir ce que ça veut dire.

- Attendez. Cassandra nous a sauvés d'une incursion.

Tous me regardent et je ne suis pas très à l'aise, je me concentre donc

sur ma moto, la garant à sa place et rangeant mon attirail à l'arrière. Maintenant que tout le monde sait que les clés étaient sur la moto, je préfère les garder avec moi.

- Antoine et ses potes sont revenus par la frontière nord.

- Impossible, c'est infranchissable.

- Ils avaient une échelle de pompier.

- Oui et vous devriez peut-être réfléchir à sécuriser le périmètre, renchéris-je.

- Et ils sont où maintenant.

- Morts, j'ajoute en repartant vers le centre-ville.

Dans la soirée quelqu'un frappe à notre porte.

- Salut. Je peux entrer ?

C'est Lucas. Autant j'avais un très mauvais a priori sur lui suite à notre

rencontre à l'extérieur, autant après l'épisode de la journée, je commence à l'apprécier.

- Je t'en prie.

Sacha est dans le salon sur le canapé.

- On devrait peut-être parler seul à seul.

- Je n'ai rien à cacher à Sacha. Elle en a vu certainement plus que toi.

- Très bien. J'ai débriefé le conseil suite aux évènements d'aujourd'hui. Ils sont d'accord pour sécuriser la frontière nord. On va installer un grillage pour éviter que cela ne se reproduise. J'ai aussi obtenu ça d'eux. Tiens.

Il me tend le sac arrière de la moto.

- Tu es au courant que j'ai toutes mes armes là-dedans ?

- Oui. Tu peux les garder avec toi.

- Merci, j'apprécie le geste.

- Le conseil souhaiterait te proposer un job dans la sécurité. Tu pourrais rejoindre notre garde.

- En fait, à choisir, je préférerais partir en expédition à l'extérieur, sans vouloir jouer les ingrates.

Il sourit.

- Je me doutais que tu dirais ça. J'ai déjà posé la question et ils sont d'accord.

- D'ailleurs, avec Sacha, on souhaiterait rester ici pour l'hiver.

- C'est déjà acté, me dit-il en souriant.

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