SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 22 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 21

 

 

Je sors du bâtiment le regard dans le vide. J'ai le visage couvert de

sang. Je ne sais plus où aller ni quoi faire. Je viens de tuer une pauvre fille. Je sais que c'est elle qui me l'a demandé et je l'ai fait car je connais ce sentiment de vouloir juste que tout s'arrête. Mais je reste celle qui l'a tuée. Je vomis encore une fois derrière la poubelle. Mes larmes ne coulent plus. Je me sens vide. Ça aurait pu être moi, ça aurait dû être moi. Au fur et à mesure que je me rejoue mentalement mes mois de captivité, une haine féroce monte en moi. Je me crispe sur mon poignard, pendant que je serre mon autre main le plus fort possible. Mes ongles déchirent ma chair mais je ne le sens même pas. Ils lui ont brûlé les yeux. Elle n'avait aucune chance de s'en sortir. Aucune. Luna m'a suivie et s'est couchée contre moi. C'est elle qui me ramène à la réalité en léchant le sang qui s'échappe de ma main. Elle me regarde en faisant des petits sons plaintifs. C'est ça qu'elle a senti au loin, c'est pour ça qu'elle n'a pas bougé de devant cette porte, c'est la détresse qui l'a attirée ici. Je ne peux pas partir juste comme ça. Je dois décharger cette rage avant qu'elle ne me consume.

Le centre commercial est immense. Je passe par l'arrière et tombe sur

un amas de corps brûlés. Je le contourne sans même y jeter un regard et trouve ce que je cherchais. Un accès au toit par une échelle. Je grimpe et laisse Luna en bas. Quand j'arrive en haut, je me retourne et vois qu'elle s'est cachée sous un camion. Ce chien est vraiment intelligent. J'ai l'impression qu'il lit dans mes pensées. Je cours puis rampe jusqu'à l'autre bout du bâtiment, d'où j'ai une vision panoramique de la situation. Rien ne bouge. Je trouve l'endroit le plus confortable possible et attends. Je ne pense plus à rien. Ma tête ainsi que mon cœur sont vides. Au bout d'une heure, j'entends enfin deux voix distinctes. La première est la voix de l'homme qui était devant la porte. La deuxième m'est inconnue.

- Je vais voir la petite chienne 

- Ok, amuse-toi bien !

Il repart au centre auto, seul. Parfait. Je me glisse loin du bord du toit et

redescend rapidement en silence. Quand j'arrive du côté de la porte du centre auto, il est déjà là et marque un arrêt en voyant la porte ouverte.

- Fait chier !

Il se précipite vers l'entrée. Je l'observe à distance et, dès qu'il a passé la

porte, cours le rejoindre. Il est devant le corps sans vie d’Émilie quand je lui saute sur le dos, agrippe ses cheveux et lui tranche la gorge. Il s'écroule au sol, gisant dans son propre sang. Je fais demi-tour et cette fois-ci, referme la porte.

Je repars tranquillement sur mon toit et reprends mon poste

d'observation. J'attends environ une heure avant de voir quelqu'un ressortir.

- Je te dis que ça fait une heure qu'il est parti.

- Et alors, il s'amuse. Qu'est-ce que ça peut bien te foutre.

- Je n’ai pas envie qu'il se casse c'est tout. Tu te rappelles de Salem et du sale coup qu'il nous a fait.

L'évocation du nom de Salem me donne un sursaut. Il était avec eux ?

Comment ? Il était si gentil ? « J'ai fui Châlons pour fuir celui que je devenais ». Alors il avait participé à ça ? Je reprends mes esprits quand le gars se dirige vers un coin à l'écart. Je redescends de mon perchoir et le suis en silence. Il s'approche d'un coin d'herbe et ouvre sa braguette. Alors qu'il se concentre sur son affaire, je lui tranche son engin d'un seul coup de couteau. Il se met à hurler et j'étouffe aussitôt son cri avec la main. Il tombe au sol et je l'achève en lui plantant mon poignard dans la gorge.

Je ne sais pas combien il en reste à l'intérieur et la nuit est déjà

tombée. Je ne peux pas attendre qu'ils sortent un par un, alors je décide d'entrer et de les épier de l'intérieur. Je trouve une sortie de secours sur le côté et me faufile dedans. J'entends des voix, deux différentes. Deux hommes. Je m'avance dans leur direction, me trouve un bon poste d'observation à proximité et commence à les étudier. Un est assis sur une chaise de camping, de dos, l'autre lui fait face. Celui qui est en face de moi est assez chétif. Clairement pas un problème. Il a les cheveux roux et un visage enfantin. Je me demande rapidement ce qu'il fout avec des gens comme eux, mais décide qu'en fait je m'en fous. Il est avec eux, donc il est contre moi. Et ce soir il va mourir. Le deuxième se tourne pour attraper une glacière posée derrière lui. Et c'est là que je le reconnais : Roméo ! J'ai les yeux écarquillés, j'ai du mal à me contenir pour ne pas lui sauter directement dessus. Je suffoque, j'étouffe. J'ai des sueurs froides. Voilà pourquoi cette pièce ressemblait tellement à la mienne. Ce taré a reproduit ma cave dans tous ses détails sordides. C'était le plus sadique des deux. Et il a fait à cette pauvre fille tout ce qu'il aurait aimé me faire. Mon visage est fermé. J'ai mal en dedans, mais mes yeux sont secs. Je veux le tuer. Je veux qu'il souffre. Je veux voir la peur dans ses yeux.

- Et merde, elle est vide. Vas me chercher une bière et des chips.

Le roux se lève comme un bon petit chien et se dirige vers le super. J'y

rentre par une autre caisse de manière à rester invisible. Quand il s'arrête devant le rayon des bières, il ne me voit même pas approcher. Je me déplace sans un bruit, comme Micka me l’a appris, lui plaque la main sur la bouche et enfonce mon poignard sous son menton. Ma lame ressort au niveau de son nez et son corps devient flasque. Je le pose délicatement au sol, non par considération pour lui, mais pour ne pas faire le moindre bruit. Je ressors par là où je suis entrée.

Il ne reste plus que Roméo, mais lui je ne lui réserve pas une mort

aussi rapide. Je vais prendre mon temps et je vais éprouver beaucoup de plaisir. Je passe devant une lance à incendie, la vitre est cassée et la hache a disparu. Je regarde aux alentours et l’aperçois au sol contre une sortie de secours. Je la saisis et pars en direction de leur campement.

- Putain qu'est-ce que tu fous. Magne-toi j'ai soif.

Il déplace son bras pour saisir une bouteille d'eau sur sa droite quand

j'abats la hache sur son poignet.

Dans un hurlement d'effroi, sa main se sépare de son bras. Son cri

résonne dans les couloirs mais je m'en fous. Ses yeux sont exorbités et il se tourne vers moi. Je le vois dans son regard : il m'a reconnue. Alors un sourire sadique se dessine sur mon visage. Il est tombé de sa chaise et essaie de se relever. Il pose sa main encore valide sur le sol et j'abats à nouveau ma hache. Nouveau hurlement de douleur. Et de deux. Je ne ressens rien. En fait si, je ressens une forme de satisfaction et d'indifférence, qui en temps normal, me ferait froid dans le dos. Mais à cet instant, dans ce centre commercial, je trouve ça juste... normal. Je le regarde se tortiller sur le sol en penchant légèrement la tête.

- S'il te plaît, non, je t'en supplie.

Tiens, il m'implore maintenant, c'est nouveau. Je lui souris, un sourire

vicieux, un sourire de folle. Peut-être que j'ai sombré dans la folie après tout. On ne pourrait pas m'en vouloir, avec toute cette merde, mais je garde les idées claires, alors je me dis que non, je ne suis pas folle, je suis juste différente. Et je m'en fiche. Il se relève et pars en trottinant vers la sortie. Je ne me presse pas pour le suivre. Il se vide de son sang et suivre sa trace est tellement simple que ce n'est même pas amusant. J'entends qu'il passe la porte, quand des aboiements agressifs se font entendre. Luna l'a accueilli.

Quand je sors, je la vois devant lui en position d'attaque, les babines

retroussées et les crocs bien visibles. Elle grogne, aboie, le menace de ses dents pointues, tellement qu'il n'ose pas bouger. Jusqu'à ce que j'arrive. En me voyant il part sur le côté.

- Bon chien Luna, lui dis-je en lui grattant la tête.

Roméo a de plus en plus de mal à marcher droit et tombe sur son pote

en train de pisser. Ou plus exactement sur sa queue séparée de son corps d'un bon mètre. Et le voilà qui hurle encore. Il commence à me casser les oreilles à force. Je m'approche de lui et lui balance la poignée de la hache dans la gueule. Il s'écroule, inconscient.

Alors que je regarde le corps de Roméo inerte sur le sol, Luna me

rejoint et s'assied. Je la gratte machinalement en me demandant ce que je vais bien pouvoir faire de lui. Puis une idée me vient, mon esprit sadique a trouvé le juste châtiment pour venger Émilie. J’attache ses pieds autour de l'arbre avec un fil électrique qui traîne, de toute façon il n'a plus de mains donc il ne pourra pas défaire ses liens, et je retourne dans le centre. Je prends quelques palettes, des cartons vides et trouve des allumettes dans le super. Quand je pose tout mon attirail à côté de lui, il est réveillé et me regarde avec des yeux remplis de douleur.

- Ça va, pas trop mal ?

- Salope. J'aurais dû te buter dans cette cave.

Je souris

- Hé oui, tu aurais dû.

Je commence à démonter les palettes et dispose des bouts de bois un

peu partout autour de l'arbre. Il commence à comprendre

- Tu fais quoi là ? Mais tu es folle.

Il se tortille dans tous les sens pour écarter les lattes. Ça me gonfle un

peu mais d'un côté cela m'amuse aussi. Un rat cherchera toujours à survivre. Je prends la hache et lui redonne un grand coup dans la face. Je lui ai certainement pété le nez, mais ce n’est pas bien grave, bientôt ce sera le dernier de ses soucis. Il s'écroule au sol. Je le relève avec peine, il est assez corpulent, et l'attache par le torse debout contre l'arbre. Quand il revient à lui, les palettes sont toutes à ses pieds, ainsi que les cartons déchirés. Il regarde la scène et se rend enfin compte de ma présence, assise en face de lui, le paquet d'allumettes à la main.

- Ha enfin, je commençais à me demander si je n'avais pas tapé trop fort.

- Attends, tu veux quoi ? Je te donne tout ce que l'on a si tu me laisses vivre.

Je rigole.

- Je me fiche de ton centre commercial pourri. Je n'ai besoin de personne pour trouver de quoi survivre. Par contre te griller comme un poulet me fera une distraction. Tu sais sans cinéma ni shopping, la vie est tellement ennuyeuse...

Je le vois bouger le nez, ou du moins essayer.

- C'est quoi cette odeur ? 

- Oh un peu d'essence, juste pour être sûre que le feu ne fasse pas un pschitt.

Et à ce moment-là, je la vois enfin, la terreur dans ses yeux. Une peur

qui me réchauffe les entrailles. Je le fixe un petit moment et quand je me sens enfin repue de sa terreur, je grille une allumette. Au moment où je la lance sur le bûcher, il s'enflamme d'un coup dans un hurlement de désespoir.

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