SyDeC (French Edition)

Zoé Bélanger · Chapitre 2 sur 39

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SyDeC (French Edition)

Chapitre 1

 

Je m'appelle Cassandra, j'ai 16 ans et ce soir je vais mourir. 

Je n'aurais jamais cru mourir ici, dans ce sous-sol crasseux et puant.

Mes dernières forces s'évanouissent d'heure en heure. Cela doit faire sept jours que je n'ai rien avalé de solide. J'ai essayé d'économiser le peu d'eau qui me restait, mais j'ai fini ma bouteille avant hier soir. Maintenant la seule chose que je souhaite c'est que ça s'arrête rapidement, qu’enfin je retrouve mon cousin adoré. Est-ce que lui aussi a souffert des heures avant que son agonie ne s'arrête ? Je ne le pense pas. A l'hôpital, on nous a dit qu'il était mort sur le coup dans l'accident qui lui a coûté la vie. J'en viens à l'envier.

Les souvenirs se mélangent dans ma tête. J'ai l'impression d'avoir des

flashs sans chronologie distincte. Je me revois le jour de mes 16 ans. Avec mes amies on est allées faire du shopping dans le plus grand centre commercial de la ville. Je me suis offert une robe courte rouge bordeaux qui met mes jambes en valeur. Son décolleté raisonnable flatte ma petite poitrine. Ensuite on s’est préparées pour la fête organisée chez moi. Ma mère a géré toute l'intendance, de l'organisation du buffet jusqu'aux décorations. Tous mes amis sont venus, même Léo, le beau gosse de la classe, pour qui j'ai secrètement le béguin. En partant il m'a donné un baiser. Cette soirée avait été parfaite. 

J'ai 10 ans. Ma sœur et moi sommes parties au centre équestre monter

nos fidèles destriers. On est tellement fières sur nos doubles poneys. C'est la première fois que l'on monte des chevaux aussi hauts. Avant nous étions cantonnées aux poneys avec les petits. On se pavane. Quand tout d'un coup Étoile Filante décide de faire honneur à son nom, et démarre un galop en trombe. Je me cramponne de toutes mes forces à sa crinière marron. Hélas, cela ne suffit pas. Je glisse petit à petit sur le côté, pour me retrouver finalement la tête dans le sable du manège. Tout le monde accourt pour me relever mais le mal est fait, une jambe cassée. Après cette désagréable expérience, Je ne suis jamais plus montée sur un cheval.

J'ai 15 ans. Un garçon de mon collège m'a invitée au cinéma. Je suis

tellement heureuse que je ne touche plus terre. Ma sœur, ma confidente, ma meilleure amie de l'époque me donne des conseils : comment, quand, quoi lui raconter. Je bois ses paroles. Même si elle n'a qu'un an de plus que moi, ça reste une experte à mes yeux. Puis c’est le moment attendu, je le retrouve devant le cinéma, on prend du pop-corn. Je mets en pratique tous les petits trucs de Mathilde. Et enfin : ça arrive. Au milieu du film il m'embrasse. J'ai des papillons dans le ventre. Ce premier baiser est magique et je sais que je me souviendrai de lui, de ce garçon, toute ma vie. Je rentre à la maison transformée.

J'ai 13 ans. Ma mère, qui est au chômage depuis la liquidation

judiciaire de la société pour laquelle elle travaillait en tant qu’expert-comptable, a retrouvé du travail à 500 km de chez nous. Je dois donc tout quitter, mes amis d'enfance, mon école, l'appartement où j'ai toujours vécu, tout ça à cause d'elle. Je lui fais la guerre depuis un mois maintenant, enchaînant crises de larmes et chantage, mais rien n'y fait. Il parait que quand on a 13 ans, on ne peut pas comprendre et on n'a pas son mot à dire. Je lui mène la vie dure, lui reprochant d'être trop bête pour pouvoir faire un autre métier, de manquer d'ambition, et même d'être trop laide pour pouvoir trouver un nouveau mari qui subvienne à nos besoins. Je suis horrible mais je suis tellement en colère. A 13 ans, quitter son univers, c'est un peu la fin du monde. Et finalement, nous avons quand même déménagé. Nouvel appartement, plus petit. Nouvelle classe et nouvelles amies, et je me suis finalement sentie bien bête d'avoir réagi comme ça. En fait la vie continue, même ailleurs. Mais ça je ne lui ai jamais dit.

Je me souviens de cette vie avec nostalgie J'étais une fille plutôt jolie,

avec de longs cheveux bruns, une silhouette élancée et fine, bien que je me sois toujours trouvée trop grosse. Les diktats de la beauté et de la mode m'ont formatée. J’ai toujours essayé d'être plus mince, d'avoir un ventre plus plat qu'une biscotte. Mais comme toujours on ne se rend compte des choses que bien après. J'étais joviale, je riais beaucoup, des autres et de moi-même. J'étais généreuse, prête à aider les autres, ceux qui avaient moins de chance que moi à l'école ou à la maison. Mais je pense que je le faisais surtout pour moi, pour me rendre utile, pour montrer que j'étais meilleure que les autres ou simplement pour que les autres m'aiment. Ma sœur me l'a souvent reproché, de faire la fille parfaite pour cacher mes défauts. Aider à porter un sac alors que je suis musclée comme une coquille d'œuf. Être gentille pour éviter tout conflit, car je me fige dès que l'on me crie dessus. Aller dans le sens des autres, pour cacher qu'en fait je n'ai pas d'opinion sur grand-chose. 

Aujourd'hui cette fille m'est devenue complètement étrangère. Je ne

suis plus que son ombre. Elle m'apparait comme une lointaine cousine que l'on regarde avec envie. J'entends quelqu'un hurler et je reviens à la réalité. Cette personne qui hurle à plein poumons, c'est moi !

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