À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)

Il abat ses cartes

 

Sur son petit nuage de douceur et toute à son nouveau bonheur, qui sent bon l’amande douce et le lait maternisé, depuis la naissance de Jasmé, Léopoldine n’a plus pensé à Adam. Elle avait l’espoir que la séance devant l’école l’avait remis définitivement à sa place. Elle prépare les documents pour leur mariage, quand un appel de leur avocat va très vite la faire revenir sur terre. Casper est un collaborateur précieux, il travaille avec Léopoldine depuis près de dix ans.

— Salut, ne me dis pas qu’il va encore nous emmerder ?

— Enfin, il abat ses cartes ! Éloïse possédait un appartement qu’elle a acquis après la mort de ses parents. Lorsqu’ils se sont mariés, ils ont fait établir une donation au dernier survivant. Elle lui aurait permis de jouir de ce bien toute sa vie, mais pour une raison que l’on ignore, elle l’a annulé la semaine suivante, sans l’en avertir. Ce qui est tout à fait légal.

— Il réclame l’appartement ?

— Il ne décolère pas ! Actuellement loué, il veut l’usufruit jusqu’à sa mort.

— Il croit au père Noël ? s’énerve Léo. C’est l’héritage d’Oscar. Jamais, il ne l’aura !

— Tu es assise ? Ton bébé n’est pas dans tes bras ?

Elle sent aussitôt son cœur battre dans ses tempes, lui provoquant un vertige.

— Je suis seule, Jasmé dort dans son berceau.

— Il prétend qu’Oscar n’est pas le fils de Nathan.

Un long, un très long silence s’installe. Celui qui fait peur, qui fait battre les cœurs et bourdonner les oreilles. Léopoldine respire calmement, entre l’envie de rire et celle de pleurer.

— Léo… tu es toujours là ?

— Mais qu’est-ce qu’il raconte ? D’où sort-il une connerie pareille ? Oscar est le clone de Nathan !

— Il aurait en sa possession un document le prouvant. Si j’ai bien compris, Nathan le sait, Éloïse lui aurait avoué.

— Quoi ?… Enfin, pourquoi aurait-il reconnu un enfant qui n’était pas le sien ? Ils ne vivaient même pas ensemble quand elle est tombée enceinte. Et c’est quoi le rapport avec l’appartement ? Qu’il soit ou non le fils de Nathan, ne change pas la donne !

Léopoldine parle tellement vite, elle en perd son souffle.

— Je suis comme toi, je cherche à comprendre. D’après son avocat, il connaît le père biologique d’Oscar. Si vous n’accédez pas à sa demande, il le contactera et l’en avertira.

Elle reçoit une violente décharge électrique dans le ventre, ne parvient plus à raisonner. Trop d’infos d’un coup, trop gros choc, elle ferme les yeux en appuyant ses coudes sur la table.

Rien de tout ça ne peut être vrai…

— Léo, écoute-moi ! Parlez-en tous les deux.

En déglutissant plusieurs fois, elle réussit à poser une question et la réponse va la faire vaciller.

— Dans l’hypothèse qu’il ne soit pas son fils, et je n’y crois pas une seconde, cet homme pourrait nous prendre Oscar ?

— Je ne suis pas spécialisé dans ce domaine. Éloïse t’en a confié la garde en cas de décès, mais il pourrait faire reconnaître la filiation, et demander un droit de visite. Pour lui clouer le bec, je vous conseille de faire un test rapidement. Si Nathan s’avère être le père d’Oscar, toi et moi, on mettra tout en œuvre. Vous n’entendrez plus jamais parler de lui.

— Et s’il ne l’est pas ?

— Nous devrons changer notre fusil d’épaule, et réfléchir à une nouvelle stratégie. Mes confrères spécialisés en droit de la famille nous aiguilleront.

En raccrochant, Léopoldine s’effondre. Elle s’imaginait l’adoptant, à cet instant, elle est terrorisée par la peur de le perdre. Tout son corps la lâche. Elle appelle aussitôt Anna à la rescousse. Son amie rapplique dans l’heure. Dans un rapide résumé, entrecoupé de beaucoup de larmes et de sanglots, elle lui explique le motif de sa détresse. Anna en a les jambes coupées. Elle se recroqueville sur le canapé, peine à trouver des mots réconfortants. Sans le lui dire, Anna téléphone à Nathan. En répétition, il plaque le groupe, traverse Paris comme un fou.

Léopoldine n’est plus capable de faire un geste, la nouvelle l’a complètement vidée. Après avoir installé Jasmé dans son berceau, Anna part chercher Oscar à l’école. Elle croise Nathan dans l’escalier. Sans s’égarer dans des détails inutiles, elle se lance dans un rapide topo.

— Comment va Léo ?

— Elle est au bord de la crise de nerfs. Fais attention, elle vient d’accoucher, elle est fragile.

— Merci Anna. Tu peux emmener Oscar au parc une petite demi-heure ?

— Bien sûr…

Depuis l’entrée, il entend sa belle pleurer. Lentement, il traverse le couloir, s’assied près d’elle. En boule, les genoux remontés contre sa poitrine, ses yeux n’expriment que douleurs et peurs.

— J’ai croisé Anna dans l’escalier, elle m’a tout raconté.

Il essaie de la serrer dans ses bras, mais elle le repousse.

— Dis-moi que tu ne savais pas tout ça !

En prenant de grandes respirations, il marque un temps de réflexion.

— Il y a trois ans, un peu plus, je voulais augmenter mon droit de garde, Éloïse s’y refusait. Un soir, lors d’une discussion plus animée que de coutume, elle m’a dit qu’il n’était pas mon fils et qu’elle pouvait mettre fin à tout ça, quand elle le souhaitait. Et ça s’est arrêté là. Nous avons trouvé un arrangement et je n’ai jamais cherché à savoir si elle disait vrai.

La sidération l’empêche de réagir. Une douleur lui assaille les tempes, qu’elle masse aussitôt.

— Elle t’a dit qu’il n’était pas ton fils et tu n’as pas fait de recherche en paternité ?

— Je m’en foutais ! Il était mon fils depuis trois ans, et ce n’était pas un test ADN qui allait changer quelque chose ! Je préférais ne pas savoir.

— Elle avait quelqu’un d’autre dans sa vie avant d’être avec toi ou en même temps que toi ?

— Éloïse avait le chic pour te balancer des trucs totalement faux. La seconde d’après, elle s’excusait. Je n’en sais rien…

Léopoldine ne parvient pas à y croire, Oscar ressemble tellement à Nathan, tout en sachant très bien que cela ne veut rien dire. Trouver des similitudes chez deux personnes sans lien de filiation n’est pas rare. Elle en a souvent fait l’expérience, nombre de gens lui disent qu’Oscar lui ressemble.

— Aujourd’hui, la donne a changé. Vous allez vous soumettre à un test, et nous allons exploser ce connard !

— On ne va rien faire du tout. Je ne veux pas savoir. Oscar vient de perdre sa mère, et maintenant, on va lui expliquer que peut-être, je ne suis pas son père. Non, cela n’arrivera pas !

Léopoldine papillonne des yeux. Son cerveau bloque.

— Que proposes-tu ? On s’exile à l’autre bout du monde avec nos enfants ?

— Tout simplement, accéder à sa demande…

— Tu me fais marcher ?

— J’ai l’air ?

— Jamais, il ne se contentera de l’usufruit de l’appartement. Ce mec est un requin, il en réclamera toujours plus. Il est fauché, croule sous les dettes. La société qu’il avait avant son départ à Amsterdam a pris le bouillon. Je ne suis pas d’accord. Ton idée est débile !

Jusque-là, Nathan a gardé son calme, mais d’un coup, il monte en pression en déambulant dans la pièce.

— C’est mon fils… et je ne ferai pas ce test ! Si tu as une meilleure solution, je t’écoute !

— Ton fils ! Et moi, je suis quoi dans tout ça ?

En fermant les yeux, deux larmes coulent jusque dans son cou. Il les lui essuie du bout des doigts en se radoucissant.

— C’est à moi de décider !

— Va passer la soirée chez quelqu’un, Simon, qui tu veux. J’ai besoin de rester seule, lui assène-t-elle en repoussant sèchement sa main.

— Léo…

— Depuis des semaines, je te questionne. Tu ne vas pas me faire croire que tu n’y as pas pensé ?

— Je te jure que non ! Comment ont-ils pu effectuer un test, sans mon ADN ?

— Ils ont peut-être comparé celui d’Oscar et celui de son père présumé.

— Ne laisse pas cette histoire nous séparer…

— Je ne peux pas perdre Oscar… Je ne le supporterai pas !

— Personne ne le perdra. On va lui filer l’appartement.

— Jamais ! C’est l’héritage d’Oscar. Éloïse a annulé la donation parce qu’elle ne voulait pas qu’il l’ait en cas de décès.

La conversation tourne en rond, chacun campe sur ses positions. Jasmé pleure depuis deux minutes. Comme un pantin désarticulé, Léopoldine revient avec elle. En contemplant son bébé, une étoile lumineuse vient de s’allumer dans ce ciel sinistre, mais elle n’en dit rien à Nathan. La guerrière s’apprête à mener la bataille, seule. Elle ne pense plus qu’à une chose, extraire la tique qui leur suce le sang depuis trop longtemps.

Au retour d’Anna et Oscar, Léopoldine vient de nourrir leur fille. Avec la peur de s’effondrer à nouveau devant lui, elle ne regarde pas son amie. Cette dernière se contente de lui caresser la joue.

— Veux-tu que je reste ?

— Je te téléphone demain…

— À demain ma Puce…

Nathan n’a pas quitté l’appartement, mais la soirée est tendue comme un arc. Oscar n’a qu’une idée en tête, leurs prochaines vacances à Quiberon. Tout le repas, il fait les questions et les réponses. Au bout d’un moment, ses petits yeux se plissent.

— Ma Léo, pourquoi tu parles pas ?

— Excuse-moi mon cœur, je suis fatiguée. Je vais te laisser finir avec ton papa.

Elle part en direction de leur chambre, il lui emboîte le pas sans terminer son yaourt, glisse sa main dans la sienne.

— T’as mal à ton ventre ? Tu veux que je te lise une histoire ?

Sa petite voix inquiète la trouble, et pour le rassurer, elle se résout à lui mentir.

— Termine ton yaourt tranquillement, je file sous la douche. Ensuite, tu montes chercher un livre et tu me rejoins. Je vais bien, c’est juste un peu de fatigue.

Côte à côte dans le grand lit, elle le détaille. Lorsqu’il achève sa lecture, il se blottit contre elle en la prenant par le cou. Tout doucement, il glisse sa main sur le dos de sa sœur, assoupie sur le ventre de Léo. Elle ravale ses larmes plusieurs fois, des bouffées d’angoisses la submergent. À son tour, il s’endort. Elle le regarde longuement, écoute sa respiration, ce petit ronronnement si familier.

Personne ne t’arrachera à moi mon petit papillon… Même si pour ça, nous devons nous envoler très loin d’ici pour les prochaines années.

OceanofPDF.com

10

 

OceanofPDF.com