À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Le bébé tornade
La sonnerie de Joséphine les sort de leurs roucoulades et elle hurle littéralement au téléphone. Dans un premier temps, Léopoldine l’éloigne de son oreille.
— Si tu veux assister à la naissance de ta nièce, rapplique à la maternité. Je pars avec Ludwig. J’ai perdu les eaux et depuis une heure, j’ai de grosses contractions.
— Quoi ?... Là, maintenant ? Tu déconnes ?
— J’ai la voix de quelqu’un qui déconneeee, s’époumone-t-elle à nouveau. Remarque, si le moment ne te convient pas, je vais voir si je peux faire quelque chose ! Son mec l’a contaminée, elle devient aussi neuneu que lui ! se dit-elle tout haut. Putain ! Vous formez le binôme le plus tordu que je connaisse. Et ne passe pas quatre heures à briffer ta bernique, sinon, tu arriveras après la bataille !
— OK OK ! J’arrive ! rit-elle en raccrochant.
Nathan est à la fois sidéré et heureux pour elles. Léopoldine va pouvoir assister à la naissance du bébé tornade. En enfilant son manteau, elle lui donne toutes les consignes concernant Jasmé, l’embrasse, part aussitôt. Trente minutes plus tard, elle court dans les couloirs de la maternité. Sous péridurale, Joséphine est installée en salle d’accouchement. La sage-femme lui dresse un rapide topo : tout se passe bien, le travail progresse normalement. Maude et Pierre ont rejoint Nathan avec les garçons, préférant être tous ensemble pour attendre l’heureuse nouvelle. Mia et Olivia sont surexcitées, elles pensent un instant annuler leur soirée. Gentiment, Maude leur fait remarquer que cela peut prendre des heures, elles partent sans regret.
Nathan apprécie ces moments en tête-à-tête avec ses beaux-parents de cœur. La plupart du temps, entouré de la bande, il ne s’aventure jamais à les questionner sur sa douce. Maude lance la conversation sur Léopoldine.
— Nathan, les malles de son papa, elle les a ouvertes ?
— Elle a essayé. J’avoue, je l’en dissuade souvent.
Il ressent chez Maude une inquiétude. Elle pince les lèvres, se frotte les mains nerveusement.
— Il y a des choses à l’intérieur qu’elle ne doit pas voir ?
— Le passé de sa famille comporte des zones d’ombre. Son arrière-grand-père, Léopold, m’en avait fait part, sans plus de détails. Léo vient de donner la vie dans un contexte particulier et douloureux pour elle. Sans compter l’énergie qu’elle a déployée pour contrer cet immonde escroc – je préfère ne pas prononcer son prénom –, fais en sorte qu’elle ne les ouvre pas maintenant.
— Elle va bien, son rôle de maman la comble. Tu la verrais accompagner Oscar à ses activités. Tous les autres parents râlent, avec l’impression de se transformer en taxi, de perdre leur temps. Pas elle… Léo adore ça !
— Je ne te le cache pas, à la naissance de Jasmé, la possibilité qu’elle replonge dans ses tourments, ou qu’elle développe une peur irrationnelle pour votre fille nous a inquiétés.
— La nuit, elle lui raconte ses parents. Je l’ai entendue plusieurs fois. Elle riait, alors que la plupart du temps, dès qu’elle me parle d’eux, les larmes font leur retour.
— Léo ne veut pas lui envoyer un sentiment triste, elle fait de même avec Oscar. Hier soir, il lui a demandé si elle a envie de pleurer lorsqu’elle pense à eux. Avec Pierre, nous l’avons observée fournir un effort important pour lui répondre de manière joyeuse. En prenant son temps, elle l’a rassuré en lui expliquant qu’elle ne peut plus les voir, mais qu’elle leur parle, qu’elle les porte en elle, tout comme lui avec sa maman.
— Je ne sais pas comment j’aurai géré Oscar sans elle. Je suis souvent désemparé face à ses questions. Il est très attaché à Léo.
— Observe-les, ils se comprennent, échangent comme s’ils étaient connectés. Peu de mots leur sont nécessaires, c’est précieux. Maude marque une pause. Tu le vis mal ? Tu as le sentiment d’être dépossédé de ton fils ?
— Oh… non ! J’ai conscience de ma chance. Je peux partir plusieurs jours l’esprit totalement libre. Je suis l’enfant d’un couple qui s’est déchiré pendant des années. Quand mes parents ont refait leurs vies, je ne faisais plus partie de leurs nouvelles familles. J’en ai beaucoup souffert et pour rien au monde, je n’aurai fait vivre ça à mes enfants. Oscar et Léo, dès la première fois qu’ils se sont vus, il s’est passé un truc. Une sorte de coup de foudre, une chose irrationnelle qui ne s’explique pas. Les semaines suivantes, quand j’allais le chercher chez sa maman, nous montions à peine en voiture, ses premières paroles consistaient à me demander si Léo passait le week-end avec nous. Je ne m’en cache pas… je l’aime aussi pour ça.
— Elle a toujours la phobie de la falaise ? demande Pierre.
— Beaucoup moins, mais elle interdit à Oscar d’y aller seul. La semaine prochaine, nous allons planter un saule pleureur devant. Cela l’aidera peut-être.
— Papa… elle est où Léo ? Pourquoi elle revient pas ? demande Oscar inquiet.
— José va avoir son bébé, elle reste avec eux et va rentrer tard dans la nuit. Tu veux quelque chose ?
— Je peux dormir avec toi, pour savoir quand elle arrive ?
Nathan lance un regard à Maude et Pierre.
— Si tu veux… Va chercher Théodore, nous allons dîner, lui dit-il en lui frottant la tête.
Les trois adultes font manger les petits, puis s’installent pour la soirée. Pendant ce temps-là, à la maternité, les choses évoluent lentement. Léopoldine abandonne les futurs parents pour tranquilliser la maisonnée.
— Tout se passe bien. Dans quelques heures, la petite merveille pointera le bout de son nez. Maude et Pierre sont toujours avec vous ?
— Jasmé se fait câliner par Pierre, Maude vient de lui donner son biberon.
— À tout à l’heure. Je t’aime.
Dans la salle d’accouchement, la sage-femme rigole avec Joséphine.
— Je suis le témoin de mariage d’une star dans une semaine. Inutile de vous le dire, il n’est pas question de le louper !
— C’est agréable. C’est aussi le mien et tu es ma sœur. Si je comprends bien, tu l’aimes plus que moi ?
— Qui sait ? se moque la future maman en riant.
Mais les heures passent et le travail n’évolue plus. L’inquiétude gagne les rangs. Léopoldine surveille attentivement le rythme cardiaque du bébé et le tracé indique qu’il commence à faiblir. En douce, elle en touche deux mots à la sage-femme. Pour elle, il faut réveiller le gynécologue. Il arrive dans les cinq minutes et lui aussi se range à l’avis de sa consœur. Pour ne courir aucun risque, la césarienne est inévitable. Léopoldine lui propose de l’assister. Ami de longue date des futurs parents, il donne son accord. Mais la césarienne n’est pas simple à faire accepter à Joséphine. Elle commence par refuser tout net, s’énerve. Avec patience et calme, Léopoldine parvient à lui faire entendre raison. Le bébé est en souffrance, le sortir rapidement prévaut sur le reste. Lorsque Léo enfile le pyjama de bloc, l’émotion est là, mais sa concentration est maximale. En quinze minutes, la bande de schtroumpfs est en position et dix minutes plus tard, Léopoldine tient la petite merveille dans ses bras.
— Regarde ma belle… Elle est magnifique… Je vais m’occuper d’elle et je reviens, lui sourit Léo.
Elle retrouve Ludwig qui s’est abstenu de rentrer dans le bloc, très ému.
— 3 kilos 340, annonce la sage-femme. Elle est superbe !
La petite est placée dans la couveuse au chaud, Léopoldine retourne au chevet de la jeune maman. Le gynéco et le chirurgien terminent patiemment leur travail de couture.
— Comment elle va ?
— Très bien, Ludwig est près d’elle. Vous avez une jolie princesse, toute ronde, et bien sûr tes cheveux roux. Félicitations ma belle ! Comment allez-vous l’appeler ?
— Rose… Tu te souviens, on adorait ce prénom…
— Je l’aime toujours… Aujourd’hui, j’ai une raison de l’aimer encore plus. Je vais sortir prévenir tes parents et leur envoyer des photos.
La tournure des événements avait fait grimper leurs inquiétudes, ils sont soulagés. Le cœur léger, Maude et Pierre peuvent regagner leur nid. Cette petite Rose complète leur famille atypique, aimante et solidaire.
Il est près de quatre heures du matin, Léo franchit le seuil de sa maison. Installé dans le salon, son poupon dans les bras, Nathan semble épuisé, presque autant que sa future femme.
— Impossible de coucher Oscar à l’étage, il voulait savoir quand tu serais de retour. Du coup, Théodore a refusé d’y dormir. Je n’ai pas fermé l’œil. Ils gesticulent et parlent dans leur sommeil.
— Donne-la-moi et déplace les garçons.
À son passage près d’elle, Léopoldine dépose un baiser sur le front d’Oscar.
— Je suis là. Dors bien…
Épuisée par cette longue journée stressante, mais merveilleuse, elle trouve juste la force de lui dire avant de sombrer :
— Rose est superbe… rousse comme sa maman et son frère. Elle ressemble beaucoup à Théo.
— Bienvenue… Bébé tornade !
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