À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Joséphine, en orbite
À peine dans les couloirs de la maternité, Nathan reconnaît la douce voix de Joséphine, elle chante à tue-tête.
— Ils sont fous ! Elle va ameuter tout l’hôpital. Il se frotte le front en riant. Les pauvres bébés…
Devant la porte de sa chambre, c’est du grand spectacle. En contenant son fou rire, une puéricultrice leur explique qu’elle s’égosille depuis une heure, sans même réveiller sa fille. Nathan rit avec la jeune femme.
— Rose a l’habitude… neuf mois à l’entendre chanter. Ses pauvres petits tympans tout neufs et déjà flingués !
— Votre visite va la stopper, espère-t-elle en croisant les doigts. Tous les tympans vous en seront reconnaissants. Si au moins elle changeait de répertoire. Des chansons paillardes dans une maternité, ça laisse à désirer.
— Te voilà… Allongée sur son lit, Joséphine lève les bras en voyant Léopoldine entrer. Je suis si contente de te voir. J’ai eu droit à une césarienne comme toi…
— José, j’étais là ! C’est moi qui ai sorti Rose. Ta beauté intérieure n’a plus de secrets pour moi. Ta fille est magnifique, s’émerveille-t-elle en la prenant dans ses bras.
— Et toi, tu accouches quand ?
Léopoldine regarde son ventre, puis Nathan en levant les sourcils.
— José, j’ai l’air enceinte ?
— Léo, faut que je te dise un secret. Elle lui fait signe de s’asseoir sur le lit. Nathan, il veut des enfants avec toi… alors, l’implant contraceptif, ben tu peux aller le faire retirer. En même temps, son efficacité sur toi n’est plus à prouver.
— Jasmé a un mois… Nous avons déjà des enfants ensemble.
— José, je suis là ! Nathan essaie de la stopper en levant la main. Et j’entends tout…
— Nan, il en veut d’autres, continue-t-elle sans tenir compte de sa remarque. Toi qui n’en voulais pas ! Elle éclate de rire. Vous allez devoir investir dans un minibus… ou prendre le bus du groupe. Ça, c’est une idée ! On devrait l’utiliser pour une grande balade à travers l’Europe, s’emballe-t-elle.
— Moi vivant, jamais ! Dans une maison, tu es un cauchemar, mais dans un bus… c’est un suicide collectif assuré, éclate de rire Nathan.
— J’veux bien conduire, insiste-t-elle. Je me vois déjà au volant de ce gros truc !
— Au secours ! rigole Léo. Il nous faudrait des motards pour nous ouvrir la route !
— Moi qui croyais qu’elle se droguait… Ils ont dû lui donner une sacrée dose !
— Pourquoi ta fille a les cheveux roux ? C’est bizarre ?
— Ce n’est pas Jasmé, c’est Rose… ta fille. Regarde comme elle ressemble à Théo…
— Ah oui, je me disais aussi. Tu accouches quand ?
Hilare, Nathan a presque envie de la filmer. Joséphine plane en orbite autour de la planète « drogues à gogo ». Son débit de parole s’emballe par moments et s’arrête d’un coup. Ses yeux roulent en permanence sans parvenir à se fixer sur un point.
— C’est quand même une sacrée tuile ! Me faire opérer de l’appendicite quelques jours avant mon mariage…
Léopoldine ferme un œil en essayant de s’assurer qu’elle ne la fait pas marcher.
— Ce n’est pas ton mariage, mais le nôtre, rigole Léo. Et tu ne viens pas de subir une appendicectomie, mais une césarienne… pour Rose.
— Ah bon ! Tu te maries aussi ? Tu devrais attendre la naissance de ton bébé !
Ludwig et leur fils poussent la porte de la chambre, les visages radieux. Intimidé, Théodore se précipite dans les bras de sa marraine, puis sourit en détaillant sa petite sœur. Nathan et Léopoldine s’éclipsent discrètement, les laissant à ce moment d’intimité familiale.
Dans la voiture, ils rient encore en se remémorant Joséphine.
— Pourquoi l’ont-ils autant shootée ?
— Elle avait peut-être mal ou pour éviter qu’elle s’agite dans tous les sens. Tout le monde ne réagit pas de la même manière à la douleur et aux antidouleurs.
— C’est toi qui as pratiqué la césarienne ?
— Non, je n’ai pas le droit d’exercer dans cet hôpital. Le gynéco m’a fait une fleur et un autre chirurgien l’a secondé. J’ai juste sorti Rose. Un bonheur indicible, j’ai adoré…
— Ton travail te manque ?
— Quand Jasmé et Oscar seront plus grands, j’y reviendrai.
— Sauf si entre-temps nous avons un autre bébé, ajoute-t-il sans quitter la route des yeux.
Lentement, elle tourne la tête dans sa direction en comprenant les paroles de Joséphine.
— Tu lui as vraiment dit que tu souhaitais d’autres enfants ?
— Pas toi ? s’empresse-t-il de répondre accompagné d’une moue déçue. On les réussit tellement bien.
— Jasmé a un mois… Je ne me pose pas la question !
— Et bien, tu peux…
— Oh non, non, non. Tes envies deviennent très vite des obsessions, alors ne te monte pas la bobine.
Une fois chez eux, ils sont accueillis par Oscar, inquiet de ne pas les voir revenir. Il s’agrippe à elle, ne veut plus la lâcher. Maude lui fait comprendre dans un haussement de sourcils qu’il était temps qu’elle rentre.
— Mon petit chat, qu’est-ce qui t’arrive ?
— J’veux pas que tu partes longtemps. Tu m’avais dit qu’on allait lire tous les deux.
— Va chercher un livre.
Couché de tout son long sur elle, Oscar se lance en lecture, comme tous les jours depuis des mois. Un calme apaisant est de retour dans la maisonnée. Plus personne ne parle d’annulation et de contrat de mariage. Mia et Olivia sont de sortie, c’est une soirée à deux avec leurs petits. Nathan monte installer son fils pour la nuit, Léopoldine se glisse sous sa couette avec sa Puce en lui chantant une berceuse. Toute recroquevillée sur son ventre, minuscule dans son pyjama abeille, la jeune maman déborde d’amour pour son bébé. Nathan vient les retrouver en s’ébouriffant les cheveux.
— L’attitude d’Oscar m’inquiète. Dès que tu t’absentes un peu plus longtemps, il panique…
— J’ai connu ça avec Maude et Pierre, ça va s’atténuer, et si ça perdure, je demanderai conseil. Perdre sa maman à son âge provoque des troubles, des peurs qu’il convient de verbaliser et de canaliser avec douceur. Oscar, il le dit, et c’est très bien.
Délicatement, Nathan récupère sa fille, toujours en boule.
— Il est temps de coucher cette demoiselle.
En douceur, il fait glisser la chemise de nuit de sa belle.
— Oh non ! Tu as un nouvel implant ! Depuis quand ?
— La semaine dernière…
— Tu ne m’en as même pas parlé, boude-t-il.
— C’est mon bras, mon utérus !
— Comment te faire changer d’avis ?
— Tu devras te faire une raison. Trois enfants, c’est une très belle famille.
— On peut quand même s’entraîner et en débattre dans trois mois…
Fils unique, Nathan a toujours rêvé d’une grande famille. La naissance de Jasmé a exacerbé son envie. En Léopoldine, il a trouvé la femme de sa vie, une mère pour ses enfants présents et futurs. Tout doucement, il la prépare à une nouvelle grossesse.
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