À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)

Olivia et Jonas

 

Anna et Simon font sauter les crêpes, Léandre gère le petit-déjeuner de la marmaille affamée. Depuis son réveil, Mia s’est donné pour mission de s’occuper de sa petite sœur. Elle la cajole, la nourrit. Pour la changer, elle ne veut pas se lancer seule, la trouve trop petite, craint d’avoir des gestes pas suffisamment doux. Avec sa bienveillance qui n’est plus à démontrer, Simon la guide, la rassure. En buvant son café, il lui explique le déroulement du reste de la journée.

— En fin de matinée, je vous commanderai un taxi et vous irez les retrouver à l’hôtel. Sur le trajet, tu prendras soin de Jasmé, Anna préparera son sac. Ce n’est pas loin. En trente minutes, vous serez sur place.

— On va déjeuner avec eux ?

— Oui. Ton papa voulait terminer ce moment avec vous.

Dans le manoir, ils dorment encore, en profitant jusqu’au bout de cette première nuit de jeunes mariés et de la possibilité de traîner au lit. Ils se lèvent vers onze heures, prennent un bain ensemble, se préparent tranquillement et regagnent la salle de restaurant vers midi. Léopoldine ignore qu’elle va retrouver ses petits soleils. Elle sursaute en entendant Oscar l’appeler, se précipite pour les embrasser. À table près d’une baie vitrée donnant sur l’océan, Mia irradie, heureuse de la voir si surprise. À côté d’elle, endormie, Jasmé est installée dans sa poussette.

— Merci mon amour. Ce déjeuner est une très belle idée !

Un moment exquis, ils discutent de tout et de rien. Nathan en profite pour parler davantage à son grand poussin. Les problèmes engendrés par le décès d’Éloïse, la naissance de Jasmé, le rythme trépidant de leur vie : Mia est passée au second plan ces dernières semaines. Elle ne semble pas en souffrir et n’a jamais manifesté son mécontentement, mais ce moment où elle concentre l’intérêt de leur papa lui plaît. La conversation tourne autour de ses cours, de son petit copain. Elle marque une pause en fixant Léopoldine, hésite, attend qu’elle remarque son regard, et elles se connaissent bien.

— Tu veux me parler de quelque chose ?

— Anna et Maude étaient inquiètes hier soir. Olivia a passé la nuit avec Jonas.

— J’ai oublié de les prévenir. Nous sommes partis tellement vite, je n’y ai plus pensé…

— Léandre ne s’en remet pas. Vous trouvez vraiment qu’ils ne vont pas ensemble ?

— Je ne me pose pas ce genre de question. Qu’en penses-tu ? Olivia semble très accrochée ?

En gonflant ses joues, Mia hausse les épaules.

— D’une certaine manière, oui. C’est un beau mec. Un petit copain trentenaire, toubib, elle frime !

— Léo, ça ne durera pas, la rassure Nathan. Olivia est encore une gamine, elle va se lasser.

Sans se presser, ils terminent leur déjeuner. Jasmé passe des bras de papa aux bras de maman, puis c’est Oscar qui squatte les genoux, dès qu’une place se libère. Avant de quitter ce petit paradis, ils se promènent en bord de mer. La marée est descendante, Oscar veut s’approcher de l’eau. Son fils d’un côté, sa fille de l’autre, Nathan les accompagne, Léopoldine s’installe sur un banc au soleil en couvant des yeux sa Puce endormie. À 18 heures, ils prennent le chemin du retour.

La maison est rangée. Anna et Simon lisent, blottis sur le canapé de la bibliothèque, et Léandre et Dominic regardent un dessin animé avec les petits.

— Avez-vous passé un agréable moment ?

— Tout était parfait, merci Anna. J’avais l’esprit libre de vous savoir avec eux. Un instant merveilleux, et le déjeuner avec nos enfants, c’était la cerise sur le gâteau. La première fois avec Jasmé.

Anna soupire, signe d’un désagrément à venir.

— Léo, on est soucieux. Olivia n’est pas revenue, finit-elle par lâcher.

— Mince… Cette histoire commence sérieusement à me gonfler. Mia s’il te plaît, peux-tu lui demander où elle est ?

Ils patientent trente minutes, mais elle ne répond pas. Mia essaie de l’appeler, elle tombe sur sa messagerie. Tout le monde se regarde, l’angoisse monte.

— Son portable n’a peut-être plus de batterie, ajoute Mia pour les rassurer.

Elle grimpe dans sa chambre pour se changer et remarque que le sac d’Olivia a disparu, ainsi que de nombreux vêtements. Elle dévale les marches, le raconte à la bande. Léopoldine déambule dans la pièce en réfléchissant. Sans donner d’explication, elle attrape son téléphone, compose le numéro de Jonas, il décroche aussitôt. Le ton est sec, cassant.

— Olivia est avec toi ?

— Bonjour Léo, félicitations pour ton mariage !

— Merci, répond-elle pour la forme. Olivia est avec toi ?

— Oui, oui, elle est là. Il y a un problème ?

— Où êtes-vous ?

La bande est suspendue à ses lèvres.

— À Saint-Malo pour le week-end.

— À Saint-Malo ? répète-t-elle, proche de l’exaspération. Jonas, tu es inconscient ou quoi ? Passe-la-moi !

La miss met un temps infini à prendre le téléphone. Léopoldine domine son énervement.

— Olivia, as-tu notre dernière conversation en mémoire ? Tu es partie sans prévenir personne, y compris Mia !

— On s’est décidés ce matin, Mia n’était pas là et toi non plus.

— Tu aggraves ton cas en me prenant pour une débile. La maison était déserte quand tu es venue prendre ton sac et tes vêtements comme une voleuse ?

— …

— Pourquoi ne réponds-tu pas à nos appels ?

— J’avais coupé la sonnerie, je n’ai rien entendu.

— On ne va pas pouvoir continuer de cette manière. Si tes parents veulent te joindre, ne compte pas sur moi pour leur mentir !

— …

— Vous rentrez quand

— Dans deux jours…

— Quoi ? Non, alors là, hors de question ! Passe-moi Jonas !

— Je t’écoute, soupire-t-il dans le combiné

— Tu vas rappliquer illico avec Olivia. Si dans quatre heures vous n’êtes pas de retour à Quiberon, je préviens ses parents. Tu as perdu une partie de ton cerveau ? Il est tombé dans ton caleçon ?

— Léo, on vient à peine d’arriver dans un hôtel extra.

— Quatre heures ! menace-t-elle d’un ton sec. Après, tu te débrouilleras avec Laurence et Antoine.

Ses yeux passent des uns aux autres, tous déconfits, y compris Mia.

— Ils ne vont pas rentrer, je le sens. Mia, tu peux localiser son portable avec ton application ?

La jeune fille s’exécute, mais une fois de plus, Olivia a menti, son téléphone est détecté dans la maison. Prévoyante, elle l’a volontairement laissé dans la chambre. De cette manière, si ses parents consultent son emplacement, ils penseront qu’elle est avec eux. Nathan n’en revient pas de son comportement. Ils se connaissent depuis des années, elle ne lui a jamais posé le moindre problème. Pour Léopoldine, la goutte en trop semble très près du bord.

— C’est un mensonge de trop. Je les contacte une nouvelle fois, s’ils me disent qu’ils ne rentrent pas, je passe le relais à ses parents.

Sans détour, ils lui confirment qu’ils seront de retour dans deux jours. Léo raccroche en leur faisant « non » de la tête. Elle déambule quelques minutes en se décontractant les vertèbres cervicales et en réfléchissant à la meilleure façon de l’annoncer à Laurence.

En s’asseyant sur le canapé, elle se masse les tempes un instant, compose le numéro. La maman d’Olivia est surprise de son appel. Sans sombrer dans le catastrophisme, mais sans minimiser non plus la situation, Léopoldine y met les formes, lui énonce clairement les derniers événements. Estomaquée, Laurence fait une pause de plusieurs minutes.

— Essaie de leur téléphoner et de la convaincre de rentrer. De votre côté, avez-vous la possibilité de venir la récupérer ? La traîner dans un avion ou un train ne serait pas une bonne chose. Nous ne pourrons malheureusement pas vous loger, mais si vous souhaitez rester quelques jours, nous vous trouverons un hôtel.

Laurence la remercie pour sa réactivité. Demain matin de bonne heure, ils prendront la route pour Quiberon.

— À demain. Je t’envoie notre adresse et le numéro de Jonas. Soyez prudents !

Les parents d’Olivia au courant, une partie du problème est résolu. Mia vient de comprendre qu’elle ne terminera pas ses vacances avec sa meilleure amie. Elle en est triste, désolée pour Léo et son papa. Sa belle-mère la serre dans ses bras.

— Pendant un certain temps, nous ne pourrons plus l’accueillir.

La bande en rond dans le salon, les conversations reprennent. Léopoldine et Léandre se regardent du coin de l’œil. Leurs cerveaux connectés sont toujours bloqués sur Jonas, qu’ils pensaient très bien connaître. Léo attrape une nouvelle fois son téléphone, compose un numéro.

— Salut Fantôme, excuse-moi de te déranger, dit-elle en souriant. Pourrais-tu te renseigner sur quelqu’un pour moi ? J’aimerais savoir s’il a déjà eu des problèmes avec des jeunes filles, des mineures, et où il a passé ses cinq dernières années. Juste ça, le reste de sa vie ne m’intéresse pas. Envoie-moi le tout par courriel ou par message. Merci, Fantôme… Je t’embrasse.

Tout le monde la regarde fixement, Léopoldine est presque gênée.

— Je sais, ça ne se fait pas, mais à la guerre comme à la guerre !

— Qui est Fantôme ? lui demande Nathan en papillonnant des yeux. C’est son nom ou son prénom ?

— Ni l’un ni l’autre. C’est la raison de ces regards bizarres ? C’est mon avocat : Casper. Comme le petit fantôme… c’est son sobriquet.

La jolie tornade rousse – qui n’en a plus que le nom – se traîne en quémandant son injection d’anticoagulant. Tous constatent qu’elle a les traits tirés, sans doute la conséquence de ses mauvaises nuits avec un bébé qui réclame.

— Alors cette petite escapade, c’était comment ? Vous avez bien roupillé ?

— Joséphine, nous n’avons pas fait que dormir, lui répond Nathan en inclinant la tête de droite à gauche. Veux-tu des détails pour satisfaire ta curiosité ?

— T’es vachement en forme pour un mec de cinquante-deux balais. Tu me donneras le nom de tes vitamines pour Ludwig, dit-elle, le plus sérieusement du monde.

Plus tard dans la soirée, une chose intrigue Nathan.

— Quand nous nous sommes rencontrés, tu as demandé à ton fantôme de se renseigner sur moi ?

— Pourquoi l’aurais-je fait ? Je n’ai même jamais été sur internet vérifier quoi que ce soit. Je comprends si ma démarche te choque, mais ça part d’un bon sentiment, pour Olivia et ses parents.

— Tes possibilités me surprennent, c’est tout.

— Je veux juste savoir s’il a déjà eu ce genre de problème avant. Tu crois connaître les gens, mais ce n’est qu’une illusion.

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