À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)

Mon papa est une rock star Ma maman est une fée

Mon papa est une rock star

Ma maman est une fée

 

Dans la cuisine de Nathan le lendemain matin, ils font pitié. Tous portent les stigmates de leur nuit beaucoup trop courte. Pierre bâille à s’en décrocher la mâchoire, en faisant tourner sa cuillère dans sa tasse, alors qu’il n’y a pas mis de sucre. Maude, le visage appuyé sur sa main fait mine de lire le journal, elle termine sans doute sa nuit. Le seul qui déborde d’énergie, c’est Nathan. Il n’a quasiment pas dormi. Les paroles d’une chanson pour Jasmé lui sont venues, il a composé jusqu’à l’aube. Après une douche rapide, l’heureux papa se prépare à emmener Mia et Oscar à la maternité, tout en organisant le planning des visites. Ludwig et Pierre iront en premier, ils repartent pour la Bretagne en milieu d’après-midi. Dans la foulée, Joséphine, Maude et Léandre prendront leurs places.

Léopoldine s’est levée quelques secondes. Elle ne souffre pas et ses ex-consœurs sont aux petits soins pour elle. Croissants, brioches et chocolats ne cessent d’être déposés dans sa chambre. Sa folie pour les douceurs cacaotées n’est un secret pour personne. En attendant la visite de ses amours, elle se revoit, jeune interne, courant dans ces couloirs. À l’époque, se serait-elle imaginé qu’elle y reviendrait comme patiente et qu’elle occuperait avec son bébé une de ces chambres dans lesquelles sont passées tant et tant de mamans ? Depuis son réveil, en pensées, Léopoldine parle à ses parents. Elle ressent tellement fort leurs présences, parfois, elle essuie une larme. Ne souhaitant pas transmettre sa mélancolie à sa fille, elle se reprend, se force à les visualiser ici : heureux pour elle, pour eux.

Assise sur son lit, sa petite merveille dans les bras, elle voit la porte s’ouvrir sur Oscar et Mia. Ils ont couru, Nathan est essoufflé. Seulement douze heures plus tôt, elle gisait les bras en croix sur une table d’opération. Qui pourrait le croire ? Dans son pyjama rose pâle, elle a très bonne mine, beaucoup plus reposée que Nathan. Oscar grimpe près d’elle pour pouvoir détailler sa petite sœur. Jasmé porte un pyjama à rayures bleues et blanches où il est inscrit : « Mon papa est une rock star ». En s’approchant, Nathan lui sourit en fermant les yeux, une main sur le cœur.

— Tu es mon âme sœur, c’est une évidence…

Il l’embrasse tendrement, sort d’une boîte un pyjama identique. Seule l’inscription change : « Ma maman est une fée ».

— Une osmose parfaite !

Sans même ouvrir un œil, Jasmé passe des bras de Mia à ceux d’Oscar. Il plisse ses petits yeux noisette et son nez, s’étonne d’une petite voix.

— Elle pleure pas ! Mon copain Léo m’avait dit que sa sœur pleurait tout le temps. Elle a pas bien dormi cette nuit ?

— Quand les bébés viennent de naître, ils dorment et ils mangent. Pendant sa toilette, elle a râlé un moment !

— Elle aime pas prendre sa douche ?

— La puéricultrice l’a réveillée, Jasmé lui a bien fait comprendre qu’elle n’était pas contente.

— Elle est drôlement minus, constate-t-il en dodelinant de la tête.

— Prends sur la table les deux paquets, pour toi et pour Mia.

Un grand sourire affiché, Oscar se précipite, donne le sien à sa grande sœur. Ils les ouvrent ensemble. Léopoldine leur a fait floquer des tee-shirts : « Mon papillon est un grand frère », « Ma libellule est une grande sœur ». Chacun découvre un petit livre, racontant les deux dernières années de leur famille recomposée. Celui d’Oscar comporte des illustrations très ressemblantes. Pour Mia, c’est une nouvelle d’une centaine de pages, avec elle en couverture. Heureux et surpris, les enfants se précipitent pour l’embrasser. En les feuilletant, Nathan ne cherche pas à feindre son étonnement.

— Explique-moi !

— J’ai des connaissances dans l’édition. J’ai rédigé les textes et Xavière, une jeune graphiste a conçu les illustrations et les premières de couvertures.

— Léo… c’est vachement bien ! Si tu envisages de te reconvertir, tu as trouvé ! Tu devrais essayer de m’écrire une chanson.

Les sourcils aussi hauts que possible, elle lui jette un regard qui veut tout dire. Nathan fait machine arrière en pouffant.

— Je n’ai rien dit… je n’ai rien dit !

Jasmé blottie dans ses bras, Mia ne cesse de s’extasier. Elle n’ose bouger tant elle trouve sa sœur petite et légère, si fragile. Oscar est carrément allongé de tout son long sur le lit et rechigne à la quitter. Léo doit déployer des trésors de patience et de carottes, pour qu’il accepte.

— Mia, profite bien de ta famille. Tu me raconteras demain.

— Merci Léo ! Je t’aime.

Avec des larmes de joie et une multitude de photos, les visites se succèdent tout l’après-midi. Joséphine a peu dormi, ses nerfs prennent le dessus. Elle s’agite, brasse de l’air en déplaçant continuellement sa chaise. Tantôt, elle veut se coller à Léo, tantôt elle ne voit pas suffisamment bien Jasmé. Elle lui annonce fièrement qu’elle va demeurer parisienne pour quelques jours.

— José… nous nous verrons bientôt, tu peux partir…

— Pour la première fois de ma vie, j’ai une nièce… et tu veux que je me tire ? Je ne bouge pas d’ici ! confirme la jolie rousse en levant le menton.

Même si elle ne loge pas chez eux, Nathan cherche un argument pouvant lui faire entendre raison.

— Que comptes-tu faire toute la journée ?

La miss n’est pas tombée de la dernière pluie. Elle s’adresse à lui sur un ton de maîtresse d’école.

— La chambre de Jasmé n’est pas installée… honte à vous ! Tu vas avoir besoin de moi, tu n’y connais rien !

Debout, planté au pied du lit de sa belle, il se décompose et mime un pistolet pointé sur sa tempe.

— Bricoler… avec toi ? Ah non ! la menace Nathan de son index. Je préférerais descendre les champs Élysée à poil avec ma guitare et en chantant « Tata Yoyo » !

— Quelle bonne idée ! Tout à fait ton style ! éclate de rire Joséphine. Chiche ?

De peur de faire craquer ses fils, la jeune maman se tient le ventre en riant. Maude n’est pas touchée par leurs chamailleries, ses yeux débordent de mélancolie. Ses chers amis, les parents de Léopoldine occupent ses pensées. Jasmé contre son cœur, elle ne peut contenir ses larmes, entraînant avec elle Joséphine et Léopoldine.

— Ne pleure pas, Maudy. Ils nous voient et sont heureux pour moi…

— Elle est magnifique et son prénom lui va si bien. Vous avez fait le bon choix, lui sourit-elle en reniflant. C’est ton portrait craché. Pardon Nathan, se reprend-elle. Avec ses petits yeux bridés, elle ressemble tellement à Léo bébé.

— Ne t’excuse pas, je trouve aussi. Nathan pose un baiser sur sa joue. Jasmé n’a pas encore conscience de la chance qu’elle a de t’avoir comme mamie de cœur, mais nous, nous le savons.

Penchée au-dessus de la petite, Joséphine y va de son commentaire.

— Ah oui ! Pour ne pas lui ressembler, elle ne lui ressemble pas ! Limite, je me demande si Léo ne l’a pas faite toute seule !

Tous la regardent en lui faisant comprendre qu’elle exagère, comme d’habitude.

— Quoi ?... Je dis la vérité ! En même temps, sa contribution est microscopique. C’est facile pour les mecs ! Ils posent la petite graine, et ce n’est pas la partie la moins cool, et après, leurs nanas se tapent tout le boulot ! Ils ont juste à parader le sourire aux lèvres, leur bébé dans les bras en disant : « C’est moi qui l’ai fait ! ». Et ben nan ! À part un mollusque ramassé dans la baie de Quiberon, personne ne le croira…

Nathan la détaille en souriant.

— Je préfère qu’elle ressemble à Léo. Qui sait, elle aura peut-être mon caractère !

— J’espère que non ! Une deuxième bernique pleureuse dans la famille, pauvre de nous !

Joséphine se laisse lourdement tomber sur la chaise à côté de Maude, puis se redresse, prise d’un élan théâtral.

— Le sang Forêt de Réan coule dans ses veines. C’est une battante, un roc, un phare dans les tempêtes… pas une petite algue ballottée par la marée.

Son discours étant sur le point de s’éterniser, sa maman la coupe en lui faisant signe de la main.

— On a compris ! Si tu pouvais baisser le volume de ta voix, nous t’en serions infiniment reconnaissants, Jasmé la première.

Nathan, Maude et Joséphine partent se chercher un thé au distributeur. Léandre, silencieux depuis leur arrivée, en profite. Il retire ses chaussures, s’installe sur le lit à côté de Léo, la prend dans ses bras.

— Je suis comme Maudy, je pense à eux. J’aimais tellement tes parents. Tu as raison, ils sont là et ils savent. Tu as trouvé ton âme sœur…

Joue contre joue, ils partagent la même émotion.

— J’en ai plusieurs. Je t’ai trouvé il y a bien longtemps…

— Ah ben d’accord ! Faut pas vous gêner ! maugrée Joséphine de retour avec son thé brûlant qu’elle fait passer d’une main à l’autre. Faut pas être susceptible dans cette famille !

Elle dégaine son téléphone, les mitraille en riant.

Au retour de Nathan dans la chambre, Léandre opère un mouvement pour se dégager. D’un signe de tête, le jeune papa lui indique qu’il peut rester dans ses bras. Il n’éprouve aucune jalousie à l’égard de Léandre. Ce qui les lie n’interfère pas dans le couple qu’il forme avec Léopoldine.

Il est temps pour eux de les quitter. Maude doit prendre la route pour la Bretagne avec Ludwig, Pierre et Théodore, ils l’attendent sur le parking de l’hôpital. Joséphine rejoint l’appartement de Léandre en soufflant et en traînant des pieds.

Enfin, ils sont seuls avec leur bébé. Nathan s’installe à la place de Léandre, s’allonge auprès de Léo.

— Comment te sens-tu ma petite fée ?

— Très bien… Je ne souffre pas.

— Tu vas rester combien de jours ?

— Deux… Quand dois-tu partir ? Tu as demandé à Anna si elle peut garder Oscar ?

— J’ai décalé tous mes concerts. Si j’ai besoin d’elle, je l’appellerai. Avec Joséphine dans mes pattes, un soutien psychologique ne sera pas de trop.

Le soir venu, il donne le biberon à sa petite poupée, rejoint son appartement où l’attend Oscar, sous la garde d’Anna.

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