À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Gabriel
Quatre semaines sont passées depuis le terrible accident de voiture de Léopoldine et ses enfants. Janvier s’est écoulé lentement, mais sûrement.
Les Bretons sont venus, les ont serrés dans leur bras, non sans émotions : un week-end riche en larmes et en joies pour les petits, heureux de se retrouver. Simon a tenu parole, Joséphine ne les a pas réveillés. Elle a eu beau le supplier, le menacer pour qu’il ouvre la porte, rien n’y a fait. Contrainte d’attendre le feu vert de Nathan, elle l’a maudit en secret. Simon et Anna n’étaient pas mécontents en les voyant partir, l’appartement était dévasté après le passage de la tornade. Anna est une femme patiente et tolérante, peu de choses la perturbent. Elle a malgré tout confié à Maude n’avoir jamais vu quelqu’un d’aussi désordonné. Joséphine les a fait rire et pleurer. Ses déclarations à sa sœur de cœur étaient sincères, touchantes. Elle lui rappelait sans cesse combien elle l’aime. L’accident a réveillé leurs mémoires traumatiques et chacun tourne la page comme il peut. Nathan s’est fait plaisir. Il s’est beaucoup moqué d’elle, mais Joséphine n’est pas sans répondant et ne l’a guère épargné, comme d’habitude.
Dans une joie familiale immense, Léandre et Dominic viennent d’accueillir leur bébé. Ils ne se lassent pas de cajoler leur petite merveille, un poupon brun de presque cinq mois qui les regarde avec de grands yeux rieurs. Bébé Jasper complète cette tribu exclusivement masculine, et par la même occasion, la famille de cœur de Léopoldine.
La romance entre Mia et Maël n’est plus. Il n’a jamais donné signe de vie et à la grande surprise de Léopoldine, la miss l’a oublié avec facilité. Un jeune homme qu’elle a rencontré à la fac n’y est pas étranger, il accapare toute son attention. Sa belle-maman la trouve gaie, heureuse, pleine d’entrain. Gabriel devrait rejoindre la smala lors d’un prochain séjour à Quiberon. Son papa a donné son aval, mais veut faire sa connaissance d’abord. Chat échaudé craint l’eau froide, il préserve ses arrières.
Aucune suite n’a été donnée concernant l’accrochage de Maël. Les agents de police ont expliqué à Nathan les nombreux cas de figure possibles. L’éventualité que l’autre véhicule impliqué était en défaut d’assurance, n’est pas à exclure. Le fuyard n’est pas forcément le petit ami de sa fille, le mystère reste entier.
Son petit bolide est comme neuf. Léopoldine vient de le récupérer et un nouveau monospace leur a été livré : un modèle identique au précédent, mais de couleur bleu marine. Ni Nathan ni Léopoldine n’ont souhaité revoir celui qui est parti à la casse. Ses terreurs nocturnes s’estompent tout juste, elle ne tient pas à raviver ses peurs. Le permis de conduire du chauffard lui a été annulé. Il ne pourra y prétendre avant deux ans : une petite victoire pour Léopoldine. Elle espérait beaucoup plus, mais elle s’en contente en s’appliquant à sauter l’obstacle.
La semaine dernière, Simon lui a raccourci son plâtre, permettant à son coude d’avoir recouvré sa mobilité. Ses gestes se font avec une plus grande facilité, mais elle devra patienter encore quinze jours pour s’en débarrasser à jamais. Ne pouvant conduire, elle attend sa libération, follement, désespérément.
L’album du groupe vient d’être finalisé à Paris. Après trois semaines d’arrêt total pour rester auprès de ses amours, Nathan reprend le fil de ses projets, mais il peine. Il a pris conscience de la fragilité de la vie. Tellement lumineuse dans la chaleur du jour, elle peut nous être enlevée en une fraction de seconde. Faire passer son groupe après sa femme et ses enfants ne lui fut pas si difficile.
Simon et Anna n’ont pas réintégré leur logement, ils vivent toujours dans celui de Léo et tout le monde y trouve son bonheur. Anna seconde beaucoup la jeune maman, et Simon est rassuré pour sa douce qui n’est plus seule quand il travaille. Même sa minette Miss Paramount a intégré l’appartement. La demoiselle n’est point facile, mais Sorbonne semble fort à son goût. Malheureusement, le râleur ne partage pas son sentiment. Les assauts amoureux de la belle n’ont eu pour réponse que de violents coups de griffes, accompagnés de feulements agressifs. En espérant des jours meilleurs, ils vivent donc chacun à un étage.
À la fin de la semaine, ils partent tous pour Quiberon. Lundi est une journée pédagogique dans l’école d’Oscar, c’est l’occasion rêvée pour un week-end prolongé. Léopoldine en profitera pour suivre l’avancée des travaux dans la maison de la falaise. Ils se répartiront en trois voitures : Léandre et sa famille dans la leur ; Olivia et son nouvel amoureux Noé – que personne ne connaît – dans celle de Simon et Anna ; Léopoldine, Nathan, Mia, Gabriel et leurs petits dans la leur. Pour les couchages, Anna et Simon logeront chez Maude et Pierre ; Léandre et sa famille chez Léopoldine. Olivia et Noé – courageux et téméraires – s’installeront chez Joséphine qu’elle adore. Reste à savoir s’ils tiendront deux jours. Les jeunes gens ont pour habitude de s’adonner à de longues grasses matinées, Nathan et Léandre ont hâte de voir leurs déconfitures après le passage de la tornade dans leur chambre à l’aube.
Nathan est effrayé par le week-end qui s’annonce. Vingt personnes au total avec les petits, c’est beaucoup, beaucoup trop pour lui. Depuis son accident, il surprotège sa belle, n’ose la contrarier, mais n’en pense pas moins.
Vingt personnes, il convient d’être organisé, et elles le sont. Léopoldine et Anna ont préparé ce week-end en anticipant tout. Les menus pour les différents repas ont été établis, les listes de courses envoyées aux commerçants et seront récupérés par Léandre à leur arrivée. Tous les lits ont été faits par Élise, leur fée de ménage. À la demande du maniaque de service, chacun a pour consigne au moment du départ de tout déposer dans la buanderie, sans rien lancer comme machine.
Désireux de faire sa connaissance avant le week-end, Nathan et Léopoldine ont convié le nouvel amoureux à dîner. Il arrive avec des fleurs pour la jeune maman, ce qui plaît déjà beaucoup à Nathan. Gabriel est un grand garçon brun aux yeux presque noirs, intimidé par la star. Il n’a jamais mis les pieds en Bretagne, ce sera une découverte pour lui. Nathan se moque pour le mettre à l’aise :
— Si tu n’aimes pas, garde-le pour toi ou tu risques de ne pas faire long feu dans cette famille. Léopoldine et Léandre sont quiberonnais et fiers de l’être, et les autres ont chopé le virus. Ils sont tous raides dingues de cette région. Le ciré jaune et la marinière, c’est l’uniforme… ou le déguisement. Tout dépend de quel point de vue on se place et tu n’y couperas pas. Ce ne sont pas de simples vêtements, mais le signe de ralliement au clan. Inutile d’expliquer à Léo que le jaune, tu ne le sens pas. De gré ou de force, tu dois t’y plier. Suis mon exemple ! Porte-le en évitant les endroits susceptibles de te renvoyer ton reflet, éclate de rire Nathan.
— La chose la plus importante… Bouffes-tu des trucs bizarres : des cuisses de grenouilles, des escargots, des andouillettes ? Si tu es fan de viande, tu vas être déçu. J’espère que tu aimes le poisson et les légumes. Sinon, prends des réserves avant de partir ! se gausse Simon en se tenant le ventre.
Mia les rassure, elle l’a mis au parfum.
— C’est totalement caricatural, réplique Léopoldine, accompagnée d’un air faussement outragé. À mon tour… Le maniaque en chef, c’est Nathan ! Le désordre lui hérisse le poil. Laisse traîner tes caleçons ou tes chaussettes, un retour à l’envoyeur dans le premier train pour Paris te pend au nez, sans passer par la case, deuxième chance. En arrivant à Quiberon, il va t’expliquer comment est géré le linge sale… il est le maître de la buanderie. C’est sa troisième pièce préférée, après je l’espère, notre chambre. Lorsqu’il se déplace dans la maison, Nathan peut être le papa, l’amoureux, mais dans la bibliothèque, le dragon cracheur de feu l’habite. Quiconque s’y aventure sans son accord, s’expose à son souffle. Si tu tiens à tes cheveux, cils, sourcils et poils de nez… fais abstraction de cette porte !
Simon hoche la tête pour confirmer les propos de son amie. Nathan l’écoute en souriant, lui embrasse la main.
— Et c’est toi qui parles de caricature ? Ma dragonne y entre comme elle veut !
— C’est exact ! Ces règles ne s’appliquent heureusement pas à moi. Léo soutient le regard de son ami, elle poursuit. Simon, mon cher Simon… Son rire tonitruant résonne dans toute la maison. Il ne supporte pas les portables à table et il a raison. Il a été mon confrère que j’admirai, sans savoir qu’il était le frère de cœur de Nathan. Sa tolérance et sa bienveillance font de lui une personne à part, un médecin hors du commun… notre bonne étoile. Elle marque une pause. C’est dingue… je ne trouve rien de vache pour te décrire !
Simon lui envoie un baiser. Léopoldine tourne lentement la tête en direction d’Anna. Les coins de ses lèvres s’étirent, son visage s’illumine.
— Et toi… ma fée… Celle dont je ne peux plus me passer. Celle qui accourt à chaque coup dur. Je ne peux pas te parler de ses défauts, elle n’en a pas. Elle est mon amie, ma sœur, parfois ma maman. Une alliée, une confidente qui peut me comprendre et sur qui je peux compter. Je t’aime, ma belle Anna…
Les larmes aux yeux, elles s’embrassent sous les sifflets de Nathan et Simon.
— Elles passent du rire aux larmes en deux secondes… et je suis le distributeur officiel de mouchoirs, précise Nathan dans un haussement d’épaules.
— Tout ça, c’est bien joli, mais la chose la plus importante qu’il doit savoir… C’est Joséphine ! ajoute Mia en hochant la tête.
— Petite, elle a dû recevoir par accident 220 volts et a tout gardé en elle.
Simon explose de rire en se remémorant, les deux nuits à l’étage avec Joséphine et Ludwig, juste après l’accident de Léopoldine. Il avait promis de la séquestrer au besoin, il a tenu parole.
— Faut que je vous raconte ! Le premier matin, sitôt son café avalé, elle se précipite à la porte, la secoue frénétiquement en pestant contre la malheureuse. Elle revient fissa, et d’un air détaché en me tournant autour, me réclame la clé. Tout en lisant mon journal, je lui fais remarquer qu’il n’est pas neuf heures et qu’elle va devoir attendre pour descendre vous retrouver. La bouche de travers, la miss commence à s’agacer, me dit qu’elle ne supporte pas d’être enfermée. Tout en continuant de boire mon café, je lui fais remarquer que si elle manque d’air, il y a une fenêtre. D’un bon, elle se lève, l’ouvre, évalue la hauteur. Trois étages… le saut de l’ange ne faisait pas partie de ses projets. Elle se rassied à côté d’Anna et l’air de rien, elle jette son dévolu sur le tiroir à couvert, file en direction de l’entrée. D’un coup de coude, Anna m’a fait signe de la suivre. La donzelle avait pris un couteau à bout rond et un économe à légumes et projetait de démonter le verrou. Je me plante derrière elle en lui désignant la serrure trois-points. Calmement, je lui précise que l’ouvrir en la dévissant n’est pas possible et que la seule chose qu’elle va gagner, c’est d’être coincée ici jusqu’à l’arrivée d’un serrurier. Dans la pénombre du couloir, ses yeux verts m’ont semblé fluorescents. À cet instant, j’ai senti que j’allais vivre un sale quart d’heure. Elle m’a attrapé par le col de ma chemise en m’ordonnant d’ouvrir cette putain de porte, qu’elle souffre de claustrophobie et qu’elle veut rejoindre son fils. En gros, tout y est passé. Je l’ai attirée dans le salon en lui expliquant qu’une demi-heure à attendre ne représentait pas un obstacle insurmontable. Elle est restée tétanisée à fixer la pendule de la cuisine. Un truc de fou !
Anna confirme dans un hochement de tête et les autres se bidonnent, mais Simon n’en a pas terminé. Après s’être essuyé les yeux avec sa serviette, il poursuit :
— L’apothéose des dingueries de Yéyette fut la nuit suivante. Le soir, je la surprends rôdant dans l’entrée. Elle voulait prendre la clé avant moi. Pas de chance, je commence à maîtriser ses loufoqueries. Vers une heure du matin, Anna se redresse dans le lit en me secouant : « Il y a du bruit dans la salle de bains et j’ai entendu ta ceinture tomber sur le sol. Elle doit faire les poches de ton jean ! ». Je m’extirpe et j’ouvre d’un geste sec. Dans son pyjama rose, le cheveu hirsute, je la prends la main dans le sac… ou plutôt, dans la poche ! Sans s’en émouvoir, elle me sort d’une voix étonnée : « Tu ne dors pas ? ». À une heure du matin, parler de la pluie et du beau temps pour noyer le poisson n’est pas dans mon manuel. Je lui ai arraché mon jean des mains, et me suis contenté de lui signifier qu’elle ferait mieux de réintégrer vite fait son lit avant que je m’énerve. Par précaution, Anna a fermé la porte de notre chambre à clé. La possibilité qu’elle récidive n’était pas exclue. Vivre avec elle, ce n’est pas de tout repos. Même la nuit, elle continue ses conneries !
— Juste pour savoir, tu l’avais planquée où la clé ? demande Nathan intrigué, le sourire aux lèvres.
— Sous notre matelas, éclate-t-il de rire. Anna a envisagé qu’elle nous colle un somnifère dans notre tisane.
Gabriel les écoute en souriant. Physiquement, il connaît la bande, Mia lui a montré de nombreuses photos. Il apprécie déjà cette famille recomposée bizarre, où tout le monde se dit, je t’aime, rigole et pleure en même temps.
OceanofPDF.com
45
OceanofPDF.com