À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Le nom le plus long de l’histoire
Depuis plusieurs jours, ils s’affairent à l’organisation de leur mariage.
Un restaurateur – ami de longue date de Léopoldine – préparera tout, ils n’auront qu’à mettre les pieds sous la table.
Se portant toutes les deux à merveille, Joséphine et Rose sont sorties de la maternité la veille. Les effets des calmants à haute dose ont disparu, la jolie rousse a retrouvé sa maison, son fils et son mari. Ses pieds ayant repris leur taille normale, les Birkenstock gisent dans le fond de la poubelle, Yéyette souhaite ne plus jamais en voir ni en chausser.
Oscar squatte la maison de Maude, les futurs mariés en profitent pour se rendre à la mairie, histoire de s’assurer que rien ne manque pour le grand jour. Ils sont accueillis par Monsieur le Maire, Norbert, un homme jovial, la soixantaine. Vêtu d’une vareuse rouge sur une marinière, il est « couleur locale ». Après avoir embrassé chaleureusement la future mariée, il les introduit dans son bureau. Norbert et Léopoldine se connaissent depuis toujours, Monsieur le Maire était un ami très proche de son papa. Ils avaient en commun la passion de la voile, naviguaient très souvent ensemble. Il pose sur elle un regard tendre, affectueux.
— Ma Léopoldine… Quelle joie de te marier demain ! Cher Monsieur, vous allez faire pleurer dans les chaumières.
— Arrête ton cirque !
— Je n’exagère pas du tout. Il s’enfonce dans son fauteuil, le rapproche de son bureau. Le moment est peut-être mal choisi, mais il faut que je te parle du terrain de la falaise. Le conseil et moi-même sommes très inquiets, la société nous harcèle. As-tu du nouveau ?
— Rassure-toi, j’ai reçu tous les documents… il est classé. Même s’ils l’achetaient, ils ne pourraient plus construire dessus.
— Comment as-tu fait, aussi vite ?
— Mes avocats sont des perles ! Je ne veux même pas savoir comment ils ont réussi ce tour de force… dans la légalité bien sûr.
— Es-tu toujours d’accord pour nous en céder une partie ?
— Je n’ai pas changé d’avis, mais vous devez déplacer le mur et le reconstruire de manière identique. C’est ma seule condition.
Les deux coudes sur son bureau, Norbert émet un long soupir, passe un doigt sous un verre de lunettes pour le frotter, puis les remonte.
— Nous avons un problème de budget. L’achat du terrain plus les travaux pour le mur, cela dépasse de beaucoup l’enveloppe que nous avons.
— Que représente l’estimation des travaux ?
Il cherche dans ses dossiers, lui présente un devis. Elle l’analyse rapidement en demandant quelle surface ils veulent. Nathan l’observe du coin de l’œil, impressionné.
— Voilà ma proposition… Je vous laisse le terrain pour l’euro symbolique et vous prenez en charge le mur. Ma condition devra être stipulée dans l’acte de vente.
— C’est très généreux de ta part, s’enthousiasme-t-il aussitôt en se levant pour l’embrasser. Le conseil va être enchanté de cette nouvelle.
— Ça va, n’en fait pas des tonnes…
— Quand pouvons-nous signer ? s’empresse-t-il en croisant ses doigts et en souriant de toutes ses dents.
— Vois ça avec Édouard. En mon absence, nous mettrons en place une procuration.
Avant de quitter la mairie, elle tient à lui confirmer quelques détails.
— Norbert, demain, je veux la mairie vide… pas de conseil municipal présent, de curieux. Si vous avez connaissance de mouvements suspects, préviens-nous aussitôt, nous passerons par la porte de derrière.
— Nous avons fait en sorte qu’il y ait le moins de fuites possible. Peu de gens en ont connaissance et nous avons publié les bans de manière discrète à l’intérieur de la mairie, comme tu me l’avais demandé.
— Inutile de sortir ton costume, ton écharpe tricolore sera parfaite sur ton pull marin. Elle s’apprête à partir, revient. Autre chose… nous allons avoir droit à un petit discours ? Il hoche la tête en souriant. Vas-y mollo avec la brosse à reluire. Tu le sais, ça m’horripile !
Norbert acquiesce en émettant un rire gras. Ils se quittent en se disant à demain.
Sur le bord du trottoir, Nathan plisse le nez en enfilant ses lunettes de soleil.
— Tu es qui exactement ? Je vais me marier avec une nana que je ne connais pas !
— Tu ne te vois pas ! La star aussi me fait flipper !
— Ils se vautrent à tes pieds…
— Le pouvoir de l’argent… ça fait peur et ça fausse les relations. Certains deviennent totalement fous. Rassure-toi, ce n’est pas mon cas !
— Mais tu es riche à quel point ? Plus que la reine Élisabeth ?
— Très drôle ! Quelle importance ? Tous les trucs de riche ne m’ont jamais attirée. Même si je multipliais mon patrimoine par dix, je ne changerais rien à ma vie. Mon objectif a toujours été de protéger ma maison. Avec l’héritage de ma grand-mère, je suis passée dans une autre catégorie.
— Les Quiberonnais savent ?
— Non. Mon notaire et le maire ont la conscience de certaines choses, même Pierre n’a qu’une vue émergée de l’iceberg. Tu saisis maintenant pourquoi la succession de mes parents a été compliquée. À seize ans, j’étais pieds et poings liés à des gestionnaires que je ne connaissais pas, prêts à tout pour administrer mon patrimoine. À dix-huit ans, j’ai fait table rase. Je me suis entourée de personnes qui acceptent ma façon de faire.
— Dis-moi… Tu vas accoler mon nom au tien ?
— Tu préfères que l’on fasse autrement ?
— Je comprends que tu veuilles garder celui de tes parents.
— Je vais porter le nom le plus long de l’histoire. Léopoldine Forêt de Réan-Salinger.
— J’aimerais bien m’appeler comme toi. Tu crois ça possible ?
Elle stoppe sa marche, touchée par sa demande.
— Vraiment ?
— Vraiment !
— Avec la particule ?
— Avec tout !
— Depuis peu, c’est faisable et assez simple. Mon avocat va nous régler ça. Je n’en reviens pas. Je suis troublée…
— Nathan Salinger-Forêt de Réan… J’adore, dit-il en l’embrassant.
Sur le chemin du retour, ils s’arrêtent chez Maude et Pierre, et bonne surprise… Anna et Simon sont là, avec Zoé et Jules.
— Comment vont les futurs mariés ? s’exclame Simon en leur claquant la bise.
— Très bien, merci ma star des urgences. Comment se passe la cohabitation avec les lutins ?
— Super… ils sont adorables !
— Léo, je vais venir t’aider à mettre en place les tables.
— Inutile, Anna, le restaurateur prend tout en charge. Repose-toi, occupe-toi de tes petits…
En très bonne compagnie, Oscar ne veut pas rentrer avec eux. Il profite, s’amuse comme un fou : une excellente chose. Les futurs mariés regagnent leur maison par la plage, Nathan se laisse gagner par une douce mélancolie, il soupire.
— N’angoisse pas pour demain, ce n’est qu’une formalité, l’occasion de déjeuner tous ensemble.
— Ce n’est pas ça. Vous êtes heureux à Quiberon, Oscar est transformé depuis notre arrivée. Si nous vivions ici, vos vies seraient plus simples. Je tourne et retourne le problème dans ma tête sans trouver. Prends du temps pour toi…
— Jasmé est trop petite, ça viendra. Pour le moment, je ne peux pas faire de sport.
Le reste de la journée est rythmé par les biberons de leur princesse. Pour être certaine que rien ne manque, Léopoldine prépare les vêtements de chacun pour le lendemain. En voyant tous les pantalons bleu marine, les marinières et les pulls marins de toutes les tailles, Nathan sourit en imaginant le clan dans les rues de Quiberon. Même Jasmé a sa petite combinaison et son bonnet rayé.
À l’arrivée de Léandre et de sa famille, le bonheur de Léopoldine est complet. Tout est prévu, organisé. Les hommes s’installent dans la future chambre de Jasmé, le petit Léo dormira dans celle d’Oscar. Dominic affiche clairement sa joie de passer quelques jours en Bretagne. Ils aiment leur vie parisienne, mais Quiberon, c’est autre chose : une parenthèse salée, tonique et vivifiante. Léopoldine attend d’être seule avec Léandre.
— Je pense à te parler de la maison de ta grand-mère depuis longtemps. La garder fermée n’est pas une bonne chose.
Ses yeux s’attristent, mais il laisse son amie poursuivre.
— Pourquoi n’envisages-tu pas de faire des travaux et de l’habiter à nouveau ? Vous pourriez passer des week-ends extras ici. Vous seriez chez vous. Venir et partir, quand vous voulez…
— Je n’ai pas ouvert la porte depuis son décès.
Ses yeux prennent l’eau. Après un échange de baisers, elle poursuit.
— Si tu as les clés, nous pouvons nous y rendre ensemble. Ta grand-mère serait si contente de vous savoir dans sa maison avec votre fils.
— Je les prends chaque fois, mais devant, je renonce.
— Nous irons… Il est temps, Léandre !
Il acquiesce, part dans la bibliothèque retrouver Nathan pour un moment de musique. La star a prévu de leur faire écouter des morceaux composés il y a peu. Depuis leur arrivée à Paris, il fait souvent appel à leurs oreilles. Leurs remarques pertinentes l’aident.
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