À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Le dernier jour de l’année
Entre les balades, les ateliers pâtisseries et les goûters géants qui s’ensuivent, les vacanciers ne voient pas les jours filer.
Pour le plus grand bonheur de Nathan, les petits ne sont jamais levés avant huit heures. Oscar donne le top départ de la cavalcade dans l’escalier, mais souvent, ils se cognent le nez à la porte de la chambre parentale. Nathan a pris l’habitude de la fermer à clé. Les irruptions sans autorisations de la joyeuse marmaille ont pris fin de cette manière. Nathan agit plus qu’il n’explique, malgré tout, le message est passé.
Les travaux dans la maison qu’elle vient d’acheter ont débuté. Si tout va bien, au printemps, elle sera habitable. Tancrède – l’architecte – s’est tenu à carreau : aucune remarque déplacée ou sous-entendue de drague. D’entrée, Nathan avait mis le paquet. Il n’a pas lâché sa femme une seconde et dès le début du rendez-vous et sur un ton sec, il lui a bien rappelé les termes de leur dernière discussion.
La bande va s’agrandir avec l’arrivée d’Anna et Simon. Ils repartiront tous ensemble pour Paris, hormis Nathan. La star devra rejoindre Bruxelles. Une absence de deux jours, pas un de plus : il a promis.
Les nouvelles de Suède sont excellentes. Les parents de Ludwig – en personnes très intelligentes – n’ont pas tenu rigueur à Joséphine pour toutes les horreurs qu’elle leur a balancées pendant sa dépression, ont juste regretté l’absence de Théodore. Ils projettent deux semaines de vacances à Quiberon. Par sécurité, ils logeront chez Maude et Pierre. Après une escapade amoureuse, le soleil est de retour dans le couple mi-suédois. Maude et Pierre n’ont pas caché leur soulagement. Ils ont passé un très bon séjour, rentrent demain en fin de journée. La petite Rose s’apprête à faire son entrée à la crèche, dans le même temps, Joséphine reprendra le chemin du cabinet et de sa patientèle. L’idée de rester à la maison une année pour couver ses enfants est profondément enterrée. Sur les conseils de Simon, ils ont recruté un kinésithérapeute, de façon à aménager des plannings leur permettant de se dégager du temps pour leurs poussins.
En pyjama rouge écossais, Léopoldine traîne, c’est le dernier jour de l’année. Les hommes sont partis courir, les garnements fabriquent des cabanes avec les couettes dans la chambre d’Oscar. Jasmé à côté d’elle, dans son transat, elle observe l’océan, son esprit vagabonde. Le ciel leur envoie une pluie fine, mais au loin, le soleil d’hiver perce quelques nuages en faisant briller la surface de l’eau. Elle aperçoit un petit voilier à la coque jaune, identique à celui de son papa. Encore aujourd’hui, elle déplore de l’avoir vendu peu de temps après leur décès. La place dans le port lui semblait une dépense inutile. Elle vivait à Paris et n’était pas suffisamment aguerrie pour naviguer seule. Un regret, parmi tant d’autres.
Léopoldine fait le bilan de l’année qui s’achève : avec ses joies, ses peines. Ses sacs de larmes débordent en songeant à son cher Auguste : il les a quittés voilà un an. Chaque jour, il habite ses pensées, souvent avec une boule dans la gorge, parfois, une douleur lui oppresse la poitrine. Lorsqu’elle est seule, elle lui parle, et comme pour ses parents, dans ces moments-là, elle ressent sa présence.
Les babillages de Jasmé lui font tourner la tête, puis elle détaille le sapin. Dès demain, il devra être déshabillé de ses jolies parures lumineuses. Trois jours dans leur paradis, et ils devront regagner la capitale. Léopoldine quittera la Bretagne, l’esprit tranquille. Sa famille quiberonnaise retrouve peu à peu son rythme, et elle aussi va reprendre le sien : bien occupée avec ses deux petits. Pas encore partie, elle imagine déjà ses prochaines vacances, ici, avec les siens. Les garçons sont de retour, elle n’a quasiment pas bougé, perdue dans ses pensées. Nathan se colle dans son dos, fait glisser ses mains sur ses bras, jusqu’à ses doigts.
— Quelle bonne idée de m’attendre pour ta douche !
Sans escompter sa réponse, il l’attire en direction de la salle de bains.
Pour Nathan, la fin des vacances est synonyme d’abandon de sa famille. À Quiberon, il oublie tout le reste. Sa vie trépidante de star du rock s’arrête dès qu’il pose le pied en Bretagne, pour reprendre de plus belle ensuite. Ralentir la machine n’est pas simple. Il essaie souvent, y parvient parfois : une lutte de chaque instant. Il le répète à l’envi : sa plus belle réussite, ce sont ses enfants, le couple qu’il forme avec Léopoldine et l’harmonie qu’ils ont su créer dans leur famille recomposée. Il le pense vraiment. Mia et Oscar ne souffrent pas de ses éloignements, ils ont toujours vécu dans cette routine, et depuis l’arrivée de Léopoldine dans leurs vies : elle remédie à toutes ses absences. Comme des forains voyageant de ville en ville, il fait souvent le rêve de trimbaler sa famille avec lui, tout en sachant la chose improbable. Ponctuellement, sa belle lui souffle de s’ouvrir à des activités dont il a envie : l’écriture d’un roman, la composition pour d’autres artistes. Il l’écoute, ne se ferme pas à ces éventualités, sans y donner une suite favorable : le temps lui manque. Dans ses moments de blues, Léopoldine se projette dans dix ans. Elle s’imagine, reprenant sa vie professionnelle, lui abandonnant le feu des projecteurs, se consacrant davantage à leurs enfants. Elle n’y croit pas, sans pouvoir s’empêcher de l’espérer.
Les vacanciers attendent avec impatience l’arrivée d’Anna et Simon. Maude projetait de les loger, mais Léopoldine a posé son veto. La chambre de Mia est libre, la présence d’Anna lui manque. Au milieu de tous ces hommes, retrouver sa confidente, elle a hâte. Sa douce amie a passé pour la première fois les fêtes de Noël avec ses enfants, ses petits-enfants et son amoureux : un débriefing s’impose.
À leur arrivée, c’est une brise bienfaisante qui entre dans la maison aux volets bleus : Anna et Simon respirent le bonheur. Ils ont bonne mine, le soleil bordelais leur a apporté de jolies couleurs. Le rire de Simon emplit instantanément l’espace. À l’étage, dès qu’il identifie leurs voix, Oscar dévale l’escalier, leur saute dans les bras. Toujours dans sa quête de recomposition de sa famille, il demande aussitôt où sont ses cousins Jules et Zoé.
— Avec leurs parents à Bordeaux, ils viendront aux prochaines vacances, lui répond gentiment Anna, en faisant un clin d’œil à Léo. Elles savent toutes les deux qu’il en pince pour Zoé.
Il remonte illico retrouver ses acolytes de chambrée.
— Il aime l’idée qu’ils sont tous ses cousins et cousines. Vous êtes notre famille de cœur, il ne comprend pas trop la différence, argumente Léo, un peu gênée.
— Cette idée me plaît. C’est le signe qu’ils s’aiment beaucoup.
Une belle éclaircie leur apporte le soleil, les grands et petits partent sur la côte verte. Anna et Léopoldine restent cajoler Jasmé, mais aussi pour une séance de papotages, confidences, sans des oreilles qui traînent. Sitôt la porte claquée, les questions fusent. Les deux amies attablées devant un thé, Léopoldine s’impatiente en s’agitant sur son tabouret.
— Raconte-moi votre séjour !
Le regard d’Anna se charge de larmes. Elle tente d’inverser le processus, sans y parvenir. Léopoldine s’attriste en imaginant que la cohabitation avec Simon et ses enfants s’est mal passée, mais Anna pose une main rassurante sur la sienne.
— Tous ont fait preuve de gentillesse et de courtoisie. Côme apprécie Simon, il me l’a confié. Apolline reste plus distante et nous ne souhaitons pas la brusquer. Son mari étant radiologue, les conversations avec Simon n’ont pas manqué. Au milieu de tout ce bonheur, nous avons beaucoup pensé à Auguste. Apolline souffre de son absence. Elle se noie dans le travail pour ne pas sombrer et son couple en pâtit. Son mari s’arme d’une grande patience, mais il serait bienvenu qu’elle retrouve son souffle et passe plus de temps avec sa famille. Les yeux de Léopoldine s’inondent.
— Il nous manque à tous, murmure-t-elle.
— Excuse-moi ma Puce, je te fais pleurer…
— Au contraire, je n’ai personne d’autre avec qui parler de lui…
— Raconte-moi votre Noël… et Joséphine ?
— Un très bon moment dans le calme et la joie des petits. La locomotive Joséphine a retrouvé ses rails, le tout étant qu’elle ne déraille pas dans l’emballement. Elle a repris toute sa vigueur !
— Léo, je ne te cache pas, mon retour à Paris me chagrine. Les gardes de Simon sont longues, je m’ennuie et je ne m’y sens pas chez moi.
— Viens vers nous ! Les finitions de l’album vont l’accaparer, et même s’il jure sur tous les grands dieux qu’il sera présent, mon instinct m’indique le contraire. Ses rendez-vous et autres promotions vont se multiplier. Vous pouvez vivre entre mon appartement et le sien. Elle baisse la tête un instant en refrénant un sourire. Nous serons peut-être rapidement un de plus…
La réaction d’Anna est immédiate.
— Comment ça ? Tu es enceinte ?
Ses deux mirettes bleues s’arrondissent en lui attrapant les mains.
— Non non… pas encore. J’ai retiré mon implant !
Léopoldine se cache le visage comme une enfant prise en faute. Anna éclate de rire.
— Nathan est très fort ! Simon me l’avait dit… Pour lui, impossible que tu tiennes six mois.
— Tu es la première à qui je l’avoue. Honnêtement, je préférerais ne pas tomber enceinte de suite, mais si ça arrive, Nathan sera fou de joie. Je suis dans les montagnes russes de mes sentiments. Tous les deux jours, je change d’avis. Nathan connaît mes faiblesses et sait les utiliser à son avantage.
— Tu peux compter sur moi pour te seconder, j’aime vivre près de vous. Quand je vais raconter ça à Simon, ajoute sa belle amie en riant d’avance.
La porte s’ouvre en faisant un appel d’air. Sous une pluie battante, les garçons arrivent en courant. Tous dégoulinants, les cirés inondent l’entrée et les bottes transportent une impressionnante quantité de sable. La maîtresse des lieux distribue les serviettes, Léandre joue du sèche-cheveux pour les terreurs. Anna se précipite pour éponger et passer l’aspirateur, histoire de ne pas voir les petits grains blonds se déplacer dans toute la maison. Il est temps de se mettre en cuisine. Ce soir, un apéritif dînatoire est prévu. Certes, avec beaucoup de petites choses savoureuses à grignoter et des huîtres pour les amateurs : Simon et Pierre, en tête de liste. Dans les grands plateaux, les samoussas épicés côtoient les rouleaux de printemps, les nems, les verrines colorées et autres bouchées délicieusement relevées d’herbes aromatiques de toutes sortes. Maude et Anna, le binôme nourricier est en action. Comme à leurs habitudes, très peu de viandes sont utilisées : du poulet, du crabe, du saumon. Léopoldine, Nathan et les deux top-modèles sont friands de sushis. Léopoldine a acheté tout le nécessaire et avec l’aide de son frère de cœur, l’affaire est menée en quelques heures. Pour le dessert, ils ont respecté la tradition : deux énormes kouign-amanns. Léopoldine n’y touchera pas. Sa phobie alimentaire pour le beurre est plus que jamais présente. Parfois, elle peine à préparer les tartines d’Oscar. Hier, elle s’est rendue chez son ami Paul, le chocolatier, et en est revenue avec un kilo de chocolat de toutes sortes. Elle ne sera pas en reste pour le dessert. Pour que chacun puisse terminer l’année en beauté, elle a demandé aux petits quel plat leur ferait plaisir. À l’unisson, ils ont opté pour des burgers. Sans broncher, elle y a accédé, à une condition : qu’ils soient préparés par elle, et sans viande rouge. Des petits pains ronds ont été commandés chez le boulanger. Elle les a garnis de fromage frais, d’avocat, de salade, de tomates et d’une fine couche de blanc de poulet grillé.
À 19 heures 30, les garçons passent à table. Ils pourront veiller plus tard devant un dessin animé en laissant leurs parents festoyer. Ils se régalent, heureux de pouvoir déguster le meilleur burger du monde, puisqu’il a été réalisé avec tout l’amour qu’elle a pour eux.
Désireuses de se faire belles, les trois femmes se retrouvent dans la chambre des hôtes. Léopoldine hésite, ne sachant quoi porter. Maude et Anna lui conseillent une robe d’inspiration japonaise. La réplique en bleu marine de celle du mariage de Joséphine et dans laquelle elle avait fait fureur. Nathan l’aime tout particulièrement lorsqu’elle arbore des chignons qui lui dégagent le cou, mettant en évidence son port de tête de danseuse. Elle dompte sa crinière en quelques minutes, termine par un maquillage léger. Maude a décidé de porter le cadeau de Noël de Pierre : une belle robe en velours noire. Léopoldine la complimente. Ses yeux verts et sa chevelure de feu font merveille. Anna est une quinquagénaire extrêmement féminine, élégante. Sa classe naturelle n’a besoin que de peu. La robe cache-cœur bleu canard qu’elle a choisie souligne sa taille fine et le galbe de sa poitrine. Lorsqu’elles réapparaissent dans le salon, les garçons versent le champagne dans les coupes. Ils stoppent leurs gestes et en perdent le son. En les voyant si belles, Nathan et Simon en restent bouche bée. Même Pierre, pourtant d’un naturel peu expressif, détaille sa femme tendrement. En soupirant de plaisir, Nathan rejoint aussitôt sa douce. Après un long baiser, une chose l’intrigue : comment se dégrafe sa robe ? Il cherche désespérément les boutons ou un zip.
— Tu veux déjà la lui retirer ? ricane Léandre.
— Je pense pouvoir tenir quelques heures…
Pas remis de l’apparition de son amoureuse, Simon se contente de dire :
— Heureusement, nous ne sortons pas ! J’aurai flippé toute la soirée de peur qu’on nous les pique !
Ce soir, les femmes sont à l’honneur. Entraînés par Simon, les hommes prennent en charge le service. Tous lèvent leur coupe de champagne au bonheur d’être ensemble. Contrairement au réveillon de Noël, Léo y trempe juste les lèvres. Cela n’échappe pas à Simon.
— Léo, ne me dis pas que tu es enceinte ! Si c’est le cas, un procès contre le fabricant d’implants contraceptifs s’impose, éclate-t-il de rire.
Sans faire de commentaire, Nathan esquisse un sourire qui en dit long sur sa victoire. Simon soutient le regard de Léo en attendant sa réponse. Les pommettes rougissantes, elle jette un œil rapide à Anna.
— Par sécurité, je préfère ne pas boire d’alcool… et pour satisfaire ta curiosité, j’ai fait retirer mon implant. Tu peux te moquer… il a eu ma peau !
— J’ai besoin d’un décodeur, se marre Léandre.
— C’est peut-être une folie… peut-être que je ne tomberai pas enceinte et Jasmé sera notre dernier bébé. On verra…
— Ah non non non ! râle Nathan.
Les petits sont à bord du paquebot dodo. Seule Jasmé passe de bras en bras. Pierre – son Papou d’adoption – lui donne son dernier biberon de l’année. Pour immortaliser ce moment, Nathan prend des dizaines de photos. Le feu crépite dans la cheminée en diffusant une chaleur douce, bienfaisante, apaisante. L’odeur incomparable d’un feu de bois les ramène à l’enfance. Les après-midis d’hiver pour certains, les soirées chez leurs grands-parents pour d’autres. Léopoldine n’est pas excessivement frileuse, pourtant, même s’il fait 24 degrés dans leur appartement parisien, cette chaleur lui manque. Il n’est pas question de degrés, mais d’ambiance, de présence qu’apportent les flammes. Lors de leurs séjours en Bretagne, elle remplit ses réserves de cela aussi.
À minuit, ils s’embrassent tous en se souhaitant le meilleur pour l’année qui vient. Nathan serre sa femme dans ses bras longtemps, très longtemps, en lui chuchotant combien il l’aime.
Sans volonté de plomber l’ambiance, Léopoldine a préparé une cassette vieille de dix-huit ans qu’elle a retrouvée la veille dans la bibliothèque. Mais avant d’envisager de la visionner, elle a besoin de l’aval de Pierre, Maude et Léandre. Immédiatement, les parents de Joséphine hochent la tête en signe d’accord, Léandre se contente d’un haussement d’épaules. Pas vraiment emballé, il ne s’imagine pas le lui refusant. Tous s’installent confortablement face à la télé qui n’est guère allumée dans cette maison, et pour cause, elle n’est reliée à aucune antenne, parabole ou autre box internet. Son utilité se cantonne à leur permettre de visionner les cassettes anciennes et quelques films. Léopoldine l’enclenche dans le vieux lecteur, revient prestement se blottir contre Nathan. Dès les premières images, ils découvrent les parents de Léo. Son papa à qui elle ressemble, sa maman de qui elle tient ses yeux bridés. Nathan est troublé, elles possèdent la même gestuelle, la même voix. S’il ferme les yeux, il ne peut faire la différence. Vient ensuite un long passage de Léo jouant du violoncelle avec Jasmé, puis Léo dans les bras de son papa : elle boude et il se moque d’elle. Ils éclatent de rire en voyant Joséphine et Léopoldine jouer à quatre mains, Louis leur donne des indications en fusillant des yeux la jolie rousse qui n’en fait qu’à sa tête. À la fin du film, Léandre et Léo empruntent le sentier de la plage en se tenant la main et en tirant la langue à Louis qui les mitraille. Nathan sourit lorsqu’il entend Jasmé dire à Joséphine qu’il faut qu’elle se calme.
Pierre, Maude et Léandre sont émus. C’est la première fois qu’ils revoient ces images : un sentiment agréable et douloureux. Nathan ne loupe pas une seconde. Il découvre sa douce à quinze ans, le petit bourgeon de la femme qu’elle est devenue. Elle rit aux éclats avec ses parents, ses amis. Sa joie de vivre transperce l’écran.
Léopoldine récupère la cassette, en enclenche une deuxième. Sur celle-ci, elle est bébé. Sa ressemblance avec sa fille est frappante, déroutante.
Elle possède des dizaines de films, mais c’est assez pour ce soir. Léandre tente de cacher son trouble, mais elle le connaît trop bien, se précipite pour l’embrasser, puis se tourne vers la bande.
— À présent, lorsque je vous parlerai d’eux, vous pourrez poser un visage, une voix.
— Ma Puce, tu as déjà visionné ces cassettes ? lui demande Maude.
— Pas celles-là… Parfois, j’ai peur d’oublier des détails, leurs voix. Alors je les regarde et tout me revient.
— La voix de ton papa… surtout quand il a prononcé ton prénom, j’ai senti mon cœur cogner dans ma poitrine. J’ai cru entendre Auguste, lui sourit Anna.
— Ils donnaient la même intonation à mon prénom. Cela m’a troublée plus d’une fois.
Boostée par ce grand pas en avant, Léopoldine ne veut pas s’arrêter en si bon chemin.
— Demain, j’ouvre les malles… J’ai beaucoup trop attendu…
Maude se crispe dans un premier temps. En essayant de donner le change, elle cherche des yeux Nathan.
— Maudy, dès que je parle de les ouvrir, je te vois tiquer. Pourquoi ?
Le regard fuyant, elle croise ses doigts sur ses genoux.
— Ta famille a un secret et j’ai la certitude qu’il est lié à Louis.
— Comment ça ?
— Ton arrière-grand-père, Léopold, me l’avait laissé entendre. Je ne sais rien de plus.
— Que t’avait-il dit exactement ?
Les yeux au plafond, Maude réfléchit un instant avec le désir de lui répéter les mots exacts de son arrière-grand-père.
— Le climat conflictuel entre Louis et Henri, ton grand-père, était la conséquence d’un secret.
— Tu n’as pas demandé quoi ?
— Non. Louis ne parlait jamais de ses parents. Je ne me voyais pas poser ce genre de question.
— Tu penses qu’il a été adopté ?
Elle hausse les épaules.
— Ton papa ressemblait à sa maman. Ils avaient le même regard bleu, et aussi cette fossette au menton, mais parfois on trouve des similarités où il n’y en a pas.
Les quelques phrases de Maude produisent l’effet inverse de celui escompter. Elle vient d’attiser le feu de sa curiosité, Nathan l’assassine du regard.
— Léo, je te sens sur le point de courir dans le garage.
— Je veux comprendre, et pour cela, je dois connaître leur passé, mais je ne vais pas les ouvrir. Je préfère demander une enquête sur ma famille. Ma grand-mère n’a pas renoué contact avec moi pour cette raison. Le jour de ses obsèques, son amie m’a dit qu’ils avaient un secret.
Le terrain est miné. Plus personne n’argumente, ne prend part à la discussion. Maude culpabilise en silence, elle n’a pas su masquer son inquiétude. Pour détendre l’atmosphère, d’un coup plus sombre, Nathan taquine Maude et Pierre.
— Demain soir… Joséphine… le retour ! Vos vacances sont terminées !
— Pour toi aussi ! Ils prennent un vol de nuit.
Pierre éclate de rire en voyant le sourire de Nathan s’estomper.
— Faut couper la sonnette et laisser la clé dans la serrure. Sinon, dès qu’elle arrive à Quiberon, elle se rue au pied de ton lit, se marre Dominic en l’imaginant.
— Elle va tambouriner à la porte comme une dingue et réveiller toute la maison, se lamente Nathan.
— Quiberon sans Joséphine, ce n’est pas Quiberon. Son grain de folie me manque. Évidemment, pas à sept heures du mat’, ricane Léo.
Maude pose une main tendre sur celle de Léandre.
— Tu lui en veux encore ?
— Je ne suis pas Léo, j’ai plus de mal à pardonner, mais ça me passera…
Après cette très belle soirée, Maude et Pierre regagnent leur demeure dans la nuit bretonne, et les habitants de la maison aux volets bleus, leurs chambres. Ils savent qu’ils seront réveillés par une tornade rousse, peut-être de bonne heure. Nathan prépare une missive à son intention, l’épingle sur la porte d’entrée.
« Bonjour Joséphine. Avant de t’exciter sur la poignée, regarde l’heure ! S’il est moins de neuf heures… Rentre chez toi ! La sonnette est débranchée, et oui, nous avons laissé la clé dans la serrure. Nous t’aimons Joséphine, mais laisse-nous dormir… »
Léopoldine sait pertinemment que cela ne l’arrêtera pas. Nathan n’y croit pas non plus, mais s’ils peuvent gagner quelques minutes de sommeil, c’est toujours bon à prendre. Pour le moment, une seule chose l’intéresse : lui retirer cette jolie robe japonaise. Et c’est une énigme, elle est parfaitement ajustée à son corps. Nathan allongé sur le dos, Léopoldine est à califourchon sur lui, il cherche…
— Il n’y a ni boutons ni fermeture… Comment tu as fait pour l’enfiler ? commence-t-il à s’impatienter. Le tissu n’est même pas élastique, essaie-t-il de tirer sur le haut de la robe.
— Mince… je vais devoir dormir avec, se moque-t-elle.
Eurêka, il finit par trouver les deux petits zips invisibles, bien cachés sous ses bras. Il les fait glisser lentement, ainsi que la robe. Dessous, Léopoldine porte un soutien-gorge et une culotte bleu nuit. Cette teinte offre un aspect plus velouté, laiteux à sa peau. Il fait courir ses doigts sur la dentelle fine et sur ses courbes douces.
— Oh la vache… c’est encore mieux que la robe ! Qui pourrait croire qu’il y a trois mois, tu portais la vie. Ta peau est un doux velours vanillé…
Une merveilleuse façon pour eux de terminer l’année, dans les bras l’un de l’autre en s’aimant.
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