À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Yéyette… de retour de Suède
Le buste penché en avant, Joséphine trépigne devant la porte en lisant le mot épinglé à son intention. Elle regarde l’heure : huit heures trente.
Faire demi-tour… pas question ! On ne va pas chipoter pour trente minutes !
Elle a bien essayé d’ouvrir, mais effectivement, la clé est dans la serrure. Elle souffle en réfléchissant. Une idée lui vient, se félicite d’avoir enfilé ses bottes en caoutchouc. En prenant garde aux massifs de lavandes, elle contourne la maison, se poste sous la fenêtre de la chambre de Léopoldine et Nathan. En ce premier jour de l’année, l’objectif de Joséphine n’est pas de déclencher la fureur de Léo. Elles ont été plantées par Louis, et sa sœur de cœur a une tolérance zéro pour quiconque s’aventure à les piétiner.
— Léo… tu dors ? Léo… tu dors ? Elle se plaque au volet en parlant plus fort et en cherchant un espace pour voir à l’intérieur. Léo… tu dors ?
Réveillé avant sa femme, Nathan se bouche les oreilles.
— J’le crois pas ! Elle a fait le tour par le jardin pour ruiner notre grasse matinée !
Léopoldine s’enfonce un peu plus sous la couette en se collant à lui. Aucune volonté de bouger, mais Joséphine le pitbull n’a pas l’intention de lâcher.
— Vous m’entendez, je le sais ! Je vais devoir réveiller la marmaille, et ils vont descendre directement dans votre chambre !
Nathan s’éjecte du lit, ferme leur porte à clé, se recouche aussi vite. La jolie rousse met ses menaces à exécution. Elle ramasse quelques cailloux dans l’allée, les lance contre les volets de la chambre juste au-dessus de la leur. Au bout de quelques minutes, Simon les ouvre en les faisant claquer.
— C’est pas bientôt fini ?
— Ben merde… désolée ! Vous êtes dans quelle chambre ? La miss se marre en s’écartant du mur pour le voir. Dans celle de Mia ?
— Joséphine… qu’est-ce que tu veux ? Il est trop tôt pour te tenir le crachoir !
— Toujours aussi aimable ! T’as pris de bonnes résolutions pour la nouvelle année ? Mets celle-ci en tête de liste !
Simon se contente de se frictionner le visage. Il lui donnerait bien sa manière de penser, mais la conversation va durer des heures.
— Qu’est-ce que vous avez foutu hier soir, il est presque neuf heures ? Tu descends m’ouvrir ?
— Pour quoi faire, tout le monde dort ! Reviens plus tard… Va nous acheter des croissants et une brioche… et surtout, prends ton temps !
Sans attendre sa réponse, il rabat les volets. L’échange entre Simon et Joséphine les a bien fait rire, elle part en râlant, mais la grasse matinée est terminée. La connaissant, elle sera de retour dans trente minutes, au maximum. Léo récupère sa Puce, puis immanquablement, le défilé des garçons qu’elle dirige vers la cuisine. À peine a-t-elle lancé la bouilloire, la tornade est de retour, chargée de croissants et brioches, comme le lui a suggéré Simon. Accompagnée d’un soupir de satisfaction, Joséphine prend longuement sa sœur de cœur dans ses bras, puis son fils et tous les petits. Les grands se lèvent les uns après les autres. Les embrassades, les vœux se succèdent, sous le rire tonitruant de Simon, heureux de constater qu’elle a respecté sa demande à la lettre.
— C’est pour me faire pardonner de t’avoir plaqué au sol, se justifie-t-elle honteuse. Je n’en ai aucun souvenir. Mes parents et Ludwig m’ont raconté.
— Ce n’est pas moi, lui répond-il en tournant les yeux vers Léopoldine. Son épaule s’en souvient encore…
La consternation se lit sur son visage.
— Je t’ai plaquée au sol… C’est pas vrai ?
— José… Tu m’as explosé le menton et je me suis cassé le poignet à cause de toi. Une blessure de plus, je ne suis plus à ça près !
Décontenancée, Joséphine reprend du poil de la bête en voyant arriver Nathan, lui saute littéralement au cou.
— José… tu me serres tellement fort, j’ai du mal à respirer, couine Nathan en essayant de se dégager. Mes vertèbres ont craqué…
— T’es en sucre ! Ma petite bernique d’amour a mal à son kiki.
Elle lui masse aussitôt, mais Nathan grimace encore plus.
Quand Léandre apparaît, le silence claque dans la pièce. Elle s’approche lentement en fixant ses pieds. Une écolière devant son maître sur le point de se faire sermonner, elle est incapable de lever les yeux.
— Je sais… tu m’en veux. Je ne peux pas changer le passé, mais je te demande pardon…
Bon prince, Léandre la serre dans ses bras, l’embrasse. Deux grosses larmes coulent immédiatement de ses deux émeraudes. Le petit-déjeuner reprend dans une cacophonie monstrueuse. Toutes les tables sont occupées : celle de la cuisine, celle de la salle à manger et même celle du salon. Les petits s’y sont installés comme des papes : la hauteur étant idéale pour eux. Halluciné par le niveau sonore, Nathan n’a qu’une envie : rejoindre son lit avec son amoureuse. Il s’assied à côté d’elle, la prend par le cou en lui chuchotant :
— Si on retournait se coucher… ils le verraient ?
— Je suis peut-être totalement givrée, mais ma vue et mon ouïe sont au top, réagit José. Oui, on le verrait…
Le petit Léo se bouche les oreilles depuis un moment. Dominic s’en inquiète, pensant qu’il est peut-être souffrant.
— C’est Jojo, elle me casse les oreilles, répond-il doucement à son Daddy.
Effectivement, Yéyette n’est point sourde. Toujours sur son tabouret, elle pivote lentement dans sa direction, les mains sur les hanches.
— Le petit félon qui la ramène… Il ne m’avait pas manqué celui-là ! Merci pour ton accueil ! Très bonne année à toi aussi ! Dans une autre vie, j’ai dû lui vendre des pâtes qui ne voulaient pas cuire ! tempête la jolie rousse.
Nullement impressionné, il poursuit sur sa lancée.
— Jojo a même pas retiré ses bottes en « coutchou ». C’est tout sale à cause d’elle… Nathan va la fâcher…
Toutes les têtes se penchent pour regarder les pieds de Joséphine, et ne peuvent que constater la véracité des propos du petit Léo. Nathan embraye dans la seconde.
— JOSÉ ! Le sable sous ton tabouret ! Pelle et balayette, vite fait ! Nanméo, tu te crois où ? s’énerve-t-il exagérément pour la faire monter en pression.
— Qu’est-ce que je vous disais ! C’est l’œil de Moscou et il me déteste ! s’insurge-t-elle en décomposant chaque mot.
Ils éclatent tous de rire. Nathan se contente de lui coller dans les mains le nécessaire pour réparer ses saletés en lui indiquant l’entrée pour qu’elle retire ses bottes.
La tornade rousse, Yéyette, est vraiment de retour, pour leur plus grand bonheur.
Les femmes se mettent en cuisine, sans l’aide de Joséphine. Elle excelle dans ses préparations, mais personne n’a envie d’une catastrophe et le bazar qu’elle provoque n’est pas justifié. Les papotages vont bon train. Joséphine est estomaquée d’apprendre qu’elle a retiré son implant. Léopoldine lui avait laissé entendre qu’elle n’envisageait pas une nouvelle grossesse dans l’immédiat.
— Derrière la bernique se cache un boa constrictor. Il te lâche que lorsqu’il peut dominer sa proie. Je m’incline. Tu es fort, très fort !
— C’est mon cadeau de Noël, se redresse-t-il.
— Léo, j’hésite entre l’inconscience et la bêtise. Pendant ta césarienne, ils t’ont retiré une partie de ton cerveau à la place de ton placenta ?
— Il est vrai que toi, tu es un modèle de rationalité.
— M’enfin… Tu vas tomber en cloque dans la seconde. Qu’est-ce que je raconte ? Tu l’es peut-être !
— Pff… José… soupire Léopoldine.
— Je te rappelle qu’il n’est pas mou du sifflet… Même en utilisant par mégarde sa brosse à dents, ça te pend au nez !
— À quand date votre dernière escapade tous les deux ? demande Anna. Je m’occuperai d’Oscar et Jasmé avec plaisir.
— Toi, t’as vraiment envie qu’il lui colle un polichinelle dans le tiroir, rigole Joséphine.
— Merci Anna, j’accepte volontiers. Dans quinze jours, le temps de boucler tous mes rendez-vous.
Joséphine rumine en silence. D’un coup, elle claque la paume de sa main sur la table en s’adressant à Léo.
— Sans vouloir ajouter une ligne à ton cahier des charges, il y a des lustres, tu m’avais promis un week-end de filles… et j’attends toujours !
— Ça viendra… Ce n’est pas le moment. On peut faire une escapade, mais on emmène les petits.
Avec le visage de la nana à qui l’on vient de proposer d’exhumer un corps, elle la fixe en préparant sa réponse, et elle sort d’une traite.
— Un week-end de gonzesses… c’est pas pour trimbaler nos têtards avec nous ! Je veux pouvoir boire des téquilas jusqu’au bout de la nuit, et fumer des clopes à m’en faire péter les poumons. Je veux traîner en boîte de nuit jusqu’à pas d’heure, et mettre les voiles avec juste du paracétamol pour les gueules de bois. Je n’ai pas envie de me taper des après-midis shopping en marchant à deux à l’heure et en m’arrêtant toutes les deux secondes parce qu’ils ont vu un truc « super » pour eux dans une vitrine. Je veux partir sans penser aux biberons, aux goûters, aux siestes, et à la tétine qu’on a oubliée dans la bagnole ! Faut qu’on se grouille, avant qu’un spermatozoïde super conquérant chope le pompon !
Écroulées de rire, Maude et Anna observent la décomposition progressive de Nathan. Il intervient dans la seconde.
— Eh ben… tu parles d’un programme ! Tu débloques ? Pourquoi tu ne l’embarques pas dans un Teknival au fin fond de la Lozère, histoire de boire des soupes magiques et de danser les nibards à l’air ?
— J’adore l’idée ! Je note !
— Il n’est pas question qu’elle aille avec toi ! Je m’y oppose catégoriquement !
— Voilà ! j’te l’avais dit… t’as épousé un peigne-cul ! Pour info… on s’en tape de ton avis et nous n’avons nullement besoin de ton aval. On va faire comme on veut, quand on veut !
Léopoldine ne se donne pas la peine de répondre, Joséphine sait pertinemment que même sous la menace, elle n’acceptera jamais de partir pour ce genre de virée. Sa volonté était juste de titiller Nathan, renouer avec leurs chamailleries comme au bon vieux temps. Le compteur a certes été remis à zéro, mais rien n’a changé.
Les jeunes mamans passent l’après-midi à papouiller leurs princesses. Elles les photographient ensemble, sous toutes les coutures. Comme un petit berlingot acidulé avec ses petites joues rondes, Léopoldine ne cesse d’embrasser Rose, en fixant sa bouille dans sa mémoire. Nathan revient de la chambre avec un cadeau pour elle. Joséphine arrache le papier d’impatience, et découvre à l’intérieur une grenouillère en velours verte où il est inscrit : « Je suis un bébé tornade ».
— Sincèrement, j’espère que non… On l’espère tous, éclate-t-il de son rire grave.
Joséphine se colle à lui en le remerciant. Nathan a toujours une intention particulière, qu’il prépare seul, sans l’aide de Léo. C’est sa façon de lui montrer qu’il l’aime, même si leur relation ne demeure pas de tout repos et qu’ils traversent régulièrement des remous. Il l’a même appelée pendant les vacances, juste pour savoir si le dégel s’amorçait avec Ludwig.
Les jeux de société se succèdent avec les petits garçons, et une phrase de Léandre va perturber la soirée d’Oscar. Le beau gosse laisse échapper qu’il faut profiter, le lendemain : c’est le retour à Paris. Oscar se transforme en fontaine, inconsolable. Léopoldine déploie des tonnes de douceurs, de carottes et d’arguments. Pour qu’il s’arrête, elle multiplie les promesses à tout va, mais rien n’y fait. En pleurnichant, il ne cesse de répéter qu’il n’aime pas Paris, qu’il veut rester à Quiberon pour toujours. La patience est une vertu, Nathan l’a perdue depuis longtemps. Il jette l’éponge, laisse Léopoldine face au désespoir de leur fils. Sa culpabilité se fait récurrente, sans trouver de solution.
Oscar boude toute la soirée et l’angoisse monte. Léopoldine est censée effectuer le trajet retour avec ses petits et Sorbonne. S’il pleure en boucle, sa sœur va faire de même et la boule de poils ne supporte pas les pleurs de Jasmé. Dans ces moments-là, il fonce se planquer sous le premier lit qu’il trouve. Sans solution de repli, il va à coup sûr se mêler au duo en miaulant à la mort. Le voyage s’annonce long et bruyant.
Théodore a rejoint sa famille, Oscar ne l’accepte pas. Il rechigne pour intégrer sa chambre avec le petit Léo. Pendant plus d’une heure, il suit sa maman dans toute la maison en la suppliant de le laisser dormir avec eux. Voyant Nathan blanchir dangereusement, elle s’isole avec eux, lit des histoires jusqu’à épuisement. Quarante-cinq minutes pour les assommer, elle ne crie pas victoire pour autant. Le coucher fut une épreuve, le levé le sera tout autant. Nathan est déjà installé sous la couette.
— Qu’il aime être ici, je le conçois. Pourquoi Oscar déteste à ce point Paris ?
— Ne cherche pas à te déculpabiliser en faisant croire que tu en ignores la raison. Je le sais, tu le sais, tout le monde le sait !
Terrassée par sa fatigue, son ton est plus cassant qu’elle ne l’aurait souhaité. Elle se radoucit.
— Demain, nous voyagerons en nous suivant. Si je m’arrête, ils s’arrêtent. Je regrette de ne pas être partie ce matin, la journée sur les routes s’annonce noire. Nous quitterons Quiberon en début d’après-midi.
— Pardon de vous abandonner…
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