À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
La petite fée 1 – Le molosse 0
Profondément endormis depuis deux heures, ils n’émergent pas immédiatement quand une petite voix les appelle. Mais elle devient insistante. Nathan réagit le premier en caressant l’épaule de sa femme.
Dans l’embrasure de la porte, Mia attend leur accord pour entrer. Léopoldine étend le bras, saisit l’interrupteur de la lampe.
— Pardon de vous réveiller… Gabriel et Noé sont blessés. Léo, tu peux venir voir ?
La jeune maman attrape ses lunettes, un gros pull, saute de son lit, suivie par Nathan. Penauds, les deux garçons sont côte à côte sur le canapé. Gabriel présente un hématome à la pommette, Noé une entaille de cinq centimètres sur le dessus de la main et elle saigne encore.
— Mia, prends la poche de glace dans le congélateur et applique-lui sous l’œil, ordonne-t-elle. Ta tête a frappé le sol ? Tu as mal quelque part ?
— Non, non… je n’ai que le coquard…
Léopoldine poursuit avec Noé. Elle se désinfecte rapidement la main, enfile un gant, lui nettoie la plaie en l’examinant avec attention.
— La coupure est superficielle, je vais te mettre des sutures adhésives. Mia, tu vas devoir m’aider.
Après un passage d’alcool sur ses mains, elle suit ses instructions à la lettre.
— Noé, l’eau t’est interdite pour ce soir. Demain, Simon regardera s’il faut les changer. Explique ! Tu es tombé sur quelque chose de coupant ?
— Une bordure en ardoises…
Elle poursuit calmement, concentrée. Elles posent les sutures, puis un pansement et terminent par un bandage léger. Léopoldine retire son gant, revient au coquard de Gabriel.
— Garde la poche de glace le plus longtemps possible.
Nathan peine à contenir son agacement. Il file boire un verre d’eau dans la cuisine et revient prêt à les bombarder, mais c’est Léo qui donne le coup d’envoi des questions.
— On vous écoute ! C’est quoi tout ça ? demande-t-elle en cherchant un endroit où s’asseoir.
Dans une cacophonie, les quatre jeunes prennent la parole en même temps. Léopoldine lève le pouce pour stopper le flot.
— Un seul à la fois… Une partie de mon cerveau se promène encore dans les rues de Londres. Un merveilleux rêve, ma vengeance s’annonce terrible, marmonne-t-elle en relevant ses lunettes ovales sur le dessus de la tête. Mia leur fait signe qu’elle se dévoue.
— Nous avions passé une très bonne soirée. À peine dehors, Maël et un mec que l’on ne connaît pas sont arrivés de nulle part, complètement bourrés. Ils se sont déchaînés sur moi et Olivia, à nous insulter. Gabriel et Noé les ont repoussés en leur demandant de se calmer. Alertés par le bruit, tous nos amis sont sortis de la maison et c’est parti en bagarre générale. Voyant l’air catastrophé de son papa, elle rectifie. Les garçons, nous, on est restés à l’écart.
Léopoldine papillonne des yeux, se frotte le visage.
— Ton ex-petit copain – celui qui a volé et défoncé mon bolide adoré – est venu t’insulter devant tes amis ? J’ai bien compris ?
— Il était saoul, tenait à peine debout… Apparemment, il file un mauvais coton. Mia plisse les yeux, inquiète. Léo, on va avoir des ennuis ? Il est amoché.
— Développe !
— Il saignait du nez, et les autres ont dit qu’il avait une dent cassée.
— S’il détient deux sous d’intelligence, il va raser les murs, et je le lui conseille vivement. S’il ose ramener sa fraise, j’enverrai les frais de réparation de ma Mini à ses parents, accompagnés d’une plainte pour vol. Et s’il me croise dans Quiberon, mieux vaut pour lui qu’il change de trottoir.
Nathan n’a absolument pas le cœur à rire, mais il esquisse un sourire en l’écoutant. Même à deux heures du matin, la guerrière a du répondant.
— Bon… les garçons, voulez-vous un antalgique ? Vous avez mal ?
— Non, merci, Léo, murmurent Gabriel et Noé, gênés par la situation peu reluisante.
— Sans vouloir vous faire la morale, la violence ne résout rien, ajoute Nathan. Vous avez pris la défense des filles, c’est très bien, mais avec des personnes ivres, la discussion s’avère inutile…
— Il s’est jeté sur nous, se justifie Gabriel. On s’est défendus…
Léopoldine bâille bruyamment, s’excuse dans la foulée.
— Si vous n’avez plus besoin de moi, je file retrouver les rues de Londres. Gabriel change ta poche de glace si tu veux, il y en a une autre dans le congélateur. Nous terminerons cette conversation demain.
Elle s’attarde quelques minutes vers sa poupée, Nathan fait comme elle.
— Tu crois qu’elle me réveillera à deux heures du matin pour me demander de soigner son petit copain ?
— Merci pour ta patience, ta bienveillance et tout l’amour que tu as pour nos enfants.
— De rien. C’est naturel chez moi, ironise Léo en se glissant dans ses bras.
Autour de la table du petit-déjeuner, les conversations des petits dominent, mais pas pour longtemps. La descente de Léandre et Dominic se fait dans l’étonnement du coquard de Gabriel. Après explication, Léandre ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec une histoire similaire qu’il leur est arrivé.
— Léo… tu te souviens ?
— Évidemment…
— Racontez ! les supplie Mia en s’agitant sur son tabouret.
Avec la mine renfrognée, Nathan rapplique dans la cuisine en devinant.
— Ne me dites pas que vous vous êtes battus !
Léandre et Léopoldine pincent les lèvres sans répondre, mais la miss insiste. Après une légère hésitation, Léopoldine estime qu’ils n’ont pas à en avoir honte.
— Depuis des mois, un jeune con avec nous au lycée cherchait Léandre. Il le bombardait d’insultes homophobes, parfois des bousculades. Un soir, nous sortions du cinéma et à la seconde où je l’ai vu arriver dans notre direction, j’ai su que cela allait dégénérer. Il a commencé à nous insulter et c’était la fois de trop. On a fait pareil, il s’est jeté sur nous…
— Le pauvre mec s’est fait défoncer par les filles, raconte Léandre mort de rire.
Nathan et les jeunes regardent Léopoldine comme si Paul l’extraterrestre déjeunait à leur table.
— Comment ça ? demande Nathan en se frottant un œil.
— Avec José, on en avait assez de subir. L’été d’avant, on avait suivi des cours d’autodéfense. On savait où frapper pour qu’il ait très mal… Et il a eu très mal, ajoute Léo sans le moindre regret.
Outré, le regard fixé sur elle et la bouche arrondie, Nathan n’en revient pas. Sa douce petite fée, se battre, il n’en croit pas ses oreilles, se contente d’ânonner :
— Enfin… Léo…
— Il a cogné le premier, on s’est défendues ! Je vais encore plus vous choquer, mais je ne regrette absolument pas ! Après ça, on nous a foutu une paix royale. Surtout ce connard homophobe !
— À la suite de la bagarre, vous avez eu des ennuis ? demande Gabriel.
— On a tous été convoqués à la gendarmerie et ils se sont bien payé sa tête. Se faire mettre K.O par une petite nana de 45 kilos, alors que lui en pesait presque le double, ce n’était pas glorieux. On s’est pris un savon par nos parents, normal… mais ça valait le coup !
— Raconte ! Tu lui as fait quoi ? s’anime Mia en gesticulant de plus belle.
Sa belle-mère ne souhaite pas poursuivre. Le regard oblique de Nathan ne lui dit rien qui vaille et il se gratte désespérément la barbe. C’est Léandre qui prend le relais en se marrant.
— Il avait attrapé Joséphine par les cheveux et la faisait tourner. Je vous laisse imaginer les cris qu’elle poussait. Léo l’a frappé sous la pomme d’Adam, il s’est mis à tousser en essayant de reprendre son souffle. Elle a profité de ce moment pour lui administrer le coup de genou de sa vie dans les roupettes, comme dirait Yéyette. Il était K.O, il n’y a pas d’autres mots. On l’a vu se recroqueviller au ralenti en hurlant de douleur. Léo a dégainé de son sac une bombe à la moutarde – totalement interdite aujourd’hui – et elle l’a gazé. Il a pleuré pendant deux jours.
— Avant ça, il m’avait balancé dans une haie, se justifie-t-elle.
— Ironie de l’histoire, quelques années plus tard Léo l’a soigné, ricane Léandre.
Toutes les têtes se tournent vers elle en attendant la suite.
— Il était employé dans la poissonnerie qu’il a achetée depuis, et s’était sévèrement entaillé le bras en nettoyant une raie. J’ai stoppé l’hémorragie et j’ai appelé les secours. Je ne suis pas un monstre, hausse-t-elle les épaules.
— C’est le mec de la grande poissonnerie ? s’étonne Nathan bouche bée. C’est un molosse ! T’es dingue ! Peint en vert, il pourrait reprendre le rôle de Hulk !
— À l’époque, il était moins balaise, poursuit Léo. Quinze jours plus tard, je l’ai retrouvé devant ma porte avec des fleurs pour me remercier. Il regrettait cette bagarre et toutes les insultes dont il nous avait abreuvés.
— Tu lui as pardonné ? demande Mia.
— Non… J’ai accepté ses excuses, c’est déjà pas mal.
Nathan vient de comprendre les regards étranges du molosse envers sa femme.
— Moi qui pensais qu’il était un ancien amoureux… Je me trompais…
— Pas tant que ça, rétorque Léandre. Toute l’histoire a débuté par ça, il n’a pas supporté qu’elle le repousse. J’étais toujours collé à Léo, il s’est acharné sur moi.
— Eh ben… Je vais aller courir, soupire Nathan en frictionnant sa toison grise. J’ai besoin d’un bol d’air. Qui vient ?
Tous les garçons partent, Léopoldine s’affaire auprès des petits avec difficulté. Son bras la gratte, mais Simon s’oppose au retrait de son plâtre. Elle gamberge le projet de le faire en douce à l’hôpital de Lorient.
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