À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Le contrat de mariage
Dans le calme d’un matin serein, Théodore vient de rejoindre la maison de ses grands-parents, Léopoldine prend son petit-déjeuner avec Oscar en lui racontant la naissance de Rose. Bloqué sur ses genoux depuis trente minutes, il ne cesse de l’embrasser, de la prendre par le cou.
— J’veux aller voir la sœur de Théo.
— Tu vas devoir attendre qu’elles soient rentrées chez elles.
— Pourquoi ? Quand Jasmé est née, on a été la voir avec Mia et papa.
— Ils font une exception pour les frères et sœurs. Tu la verras bientôt.
Dans une heure, Léopoldine et Nathan ont rendez-vous chez leur notaire, mais petit détail qui a son importance, elle ne l’a pas prévenu. Elle le retrouve dans leur lit, le réveille en douceur.
— Nous avons rendez-vous ? Où ?
— Chez mon notaire, pour notre contrat de mariage.
— Tu m’en as parlé ?
— J’ai oublié. Ce n’est qu’une formalité. Il nous lit le truc et si tout est OK, on signe.
— On est obligé ?
— Il le faut.
Ce rendez-vous ne l’emballe pas. Il se lève en grinçant des dents, argumente pendant dix minutes pour ne pas y aller. Sa belle finit par s’agacer.
— Veux-tu te marier ? Si la réponse est oui, habille-toi ! Maudy sera là dans dix minutes pour garder Oscar et Jasmé.
— Pourquoi devons-nous faire un contrat de mariage ?
Nathan grogne, Léopoldine souffle bruyamment, sa courte nuit lui pèse. Se lancer dans un cours magistral aujourd’hui est au-dessus de ses forces.
— Enfin… pour protéger les intérêts de chacun.
— Comment ça ?
— J’ai peu dormi, sois sympa, fais un effort ! Si l’on se sépare, ce qui est à toi reste à toi et ce qui est à moi reste à moi. Je reprends mes petites culottes et toi les tiennes !
Il ouvre les portes du dressing en les faisant claquer, Léopoldine sursaute. Il enfile un jean agacé et lui sort d’une traite.
— Formidable ! On n’est même pas mariés, mais on prévoit notre futur divorce. J’adore ! Dès le matin, rien de tel pour me mettre de bonne humeur. Sois tranquille, je ne toucherai pas à ta fortune !
Son ton et ses insinuations la font monter dans les tours.
— Tu vis sur quelle planète ? J’ai une boule de cristal ? Je protège les intérêts de mes enfants, comme mes parents l’ont fait pour moi… Mais tu as raison, on va laisser tomber. Je n’ai plus du tout envie de me marier !
Elle le plante là, file dans la salle de bains.
Ahuri, Nathan reste un moment sans bouger en regrettant ses paroles.
L’eau coule sous la douche, je vais attendre qu’elle se calme.
Après avoir bu un thé, il la retrouve devant son dressing, mais toujours pas calmée.
— À quelle heure devons-nous être chez le notaire ?
— J’ai tout annulé.
— Pas le mariage ?
— La mairie est fermée. Sois tranquille, cela ne saurait tarder.
— Enfin… Léo… je posais juste des questions ?
— Ne joue pas à ça avec moi. Un rappel de tes insinuations te rafraîchirait la mémoire ?
— Excuse-moi, j’étais surpris.
— Trop tard… Nous aurions dû avoir cette conversation bien avant, lui dit-elle en quittant la pièce.
— Léo, arrête ! Il l’attrape par le bras, lui fait faire demi-tour en l’attirant contre lui. Pardonne-moi. On va aller faire ce contrat et tout ce que tu veux.
— Non !
Elle s’écarte sèchement, installe Jasmé dans son kangourou, part en claquant la porte, sous son regard hébété. Oscar descend en courant de l’étage.
— J’veux aller avec Léo… elle est où ?
Totalement déboussolée, elle fait son retour.
— Excuse-moi mon petit papillon, je t’ai oublié, lui dit-elle en le serrant contre elle. Mets tes chaussures et ton blouson.
Sans une considération pour lui, elle claque à nouveau la porte. Il entend juste la voiture démarrer.
Passablement paniquée, c’est au tour de Maude de faire son entrée. Le cheveu hirsute, elle a couru depuis chez elle.
— Nathan, que se passe-t-il ? J’ai eu Léo au téléphone et je n’ai rien compris. Le rendez-vous chez le notaire est annulé ? Le mariage aussi ?
En se grattant la barbe frénétiquement, il l’invite à s’asseoir, lui fait un résumé de l’échange houleux.
— Elle n’a pas assez dormi et je n’en ai pas tenu compte.
— Où est-elle ?
— Aucune idée… Elle a pris Jasmé et Oscar, et elle est partie.
— Elle va se calmer… enfin, j’espère, dit-elle en se grattant les sourcils. Nathan, mettre en place ce contrat lui a pris plusieurs jours. Elle protège ses enfants…
— Je sais… Ce n’était pas le jour pour avoir cette discussion, voilà tout.
Deux heures plus tard, de l’intérieur de la maison, Nathan entend Jasmé crier famine. Par des gestes mécaniques, Léopoldine lui prépare son biberon, sans une attention pour son beau grisonnant qui vient les rejoindre dans le salon. En grimpant sur ses genoux, Oscar lui raconte qu’ils ont fait du shopping pour Rose.
— J’ai choisi un doudou, le même que Jasmé. Léo a acheté un pyjama, comme une marinière.
Le petit garçon les abandonne en détalant dans sa chambre. Nathan s’installe sur le canapé, la regarde tristement, lui écarte les cheveux pour voir ses yeux.
— Excuse-moi !
— Ça n’a plus d’importance…
— Tu ne vas pas tout annuler ?
— Je ne veux plus en parler.
Léopoldine se mure dans le silence. Après lui avoir déposé Jasmé dans les bras, elle se lance dans la préparation du repas. Rien de compliqué, l’humeur du jour n’est pas à cuisiner deux heures. Et il se passe dans une ambiance monacale. À l’étage, les ados n’ont pas perdu une miette du différend, elles ne cessent d’échanger des œillades sans moufter. Léopoldine joue avec les spaghettis dans son assiette, mais ne mange presque pas. La jeune maman est épuisée, les larmes au coin des yeux. Pour les laisser en tête à tête, les filles entraînent Oscar à l’étage. Nathan se déplace, colle son tabouret au sien, la prend dans ses bras.
— Va faire une sieste !
Son portable sonne, c’est le notaire.
— Léo, vous venez signer ou pas ? Il y a un problème ?
— Peut-être demain… je te rappelle. Excuse-moi pour ce contretemps !
Elle raccroche, s’étale sur son lit et sombre en cinq minutes.
Après une sieste de près de deux heures, elle s’étire en observant la pluie couler le long des vitres. Sans penser à rien, elle perçoit la respiration de sa petite, puis lui revient la conversation houleuse avec son amoureux. Elle la regrette. La manière dont elle le lui a présenté n’était pas très délicate. Elle non plus n’a aucune envie d’annuler leur mariage, et du même coup faire une croix sur l’adoption d’Oscar. Pour faire table rase de cette journée orageuse, elle prend une douche, reste longtemps sous l’eau chaude et le retrouve dans la bibliothèque. Elle s’approche sans bruit, glisse sa main dans son cou. Il l’attire sur ses genoux, la respire, lui dit qu’elle sent bon en l’embrassant.
— Je vais rendre visite à Joséphine et Rose, tu m’accompagnes ?
— Comment fait-on pour Oscar et Jasmé ?
— Maudy arrive…
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