À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Un petit criquet crevé
À peine a-t-elle le temps de retirer ses chaussures, Oscar s’agrippe à elle en chougnant.
— Tu m’avais dit que tu viendrais me chercher ce soir.
— Je ne pensais pas en avoir pour si longtemps.
— T’étais où ?
— Chez mon avocat. Va t’asseoir dans le salon, j’arrive !
Les yeux de Léo rasent le sol, Anna comprend qu’elle doit les laisser. Après des baisers, elle s’éclipse discrètement.
De son studio de musique, Nathan reconnaît la voix de sa belle, il monte les marches de l’escalier quatre à quatre. Anna l’a prévenu de son rendez-vous chez leur avocat, il a rapidement reconstitué le puzzle.
Ses hommes lui font face, elle commence par Oscar.
— Mon papillon, j’ai une très bonne nouvelle. Tes affaires bloquées à Amsterdam viennent d’être emballées, elles nous seront livrées très bientôt.
Il lui saute dans les bras.
— Comment t’as fait ?
— Aucune importance.
— C’est Adam qui te les a données ?
— Qui est Adam ? Je ne connais personne de ce prénom.
Il plisse son nez et ses petits yeux, s’accroche à son cou en l’embrassant. Nathan est très loin de se pendre à son cou avec l’envie de l’embrasser. Son visage est fermé, ses cheveux hirsutes, signe d’un énervement à son paroxysme. Elle peut voir ses zygomatiques contractés. À peine Oscar a détalé dans sa chambre, la question fuse.
— Dis-moi que tu n’as pas négocié avec lui sans m’en parler ?
— Prends la clé USB sur la table, va l’écouter, et après, je répondrai à tes questions.
Une heure se passe, Nathan ne revient pas. Hors de lui, il préfère attendre un peu. Léopoldine fait dîner Oscar, mais la star ne daigne pas se présenter. Il se contente mollement de dire à son fils qu’il a un projet urgent à terminer. Lorsqu’il l’entend le mettre au lit, par message, il lui demande de venir le retrouver dans son studio. Léopoldine est tentée de le rejoindre avec Jasmé dans les bras, histoire de calmer sa fureur.
Assis à son bureau, il la regarde prendre un siège en face de lui, sans parler.
— Je t’écoute, lui dit-elle en écartant les mains.
— Comment as-tu osé faire un test de filiation sans mon accord ? Je te l’avais interdit ! J’ai été clair avec toi ! De quel droit es-tu passée outre ?
Elle le fixe sans lui répondre, comme si elle était passée dans un monde parallèle et qu’elle l’observait à travers une vitre sans tain. Son absence de réaction l’énerve d’autant, il hausse le ton. Il se lève, fait plusieurs allers-retours devant elle.
— Tu m’as menti… Tu m’as caché ton rendez-vous… Tu as testé nos enfants, sans mon autorisation ! Tu as tout fait derrière mon dos !
D’un coup, ses oreilles bourdonnent, tout devient gris autour d’elle, puis c’est le noir.
Les paupières lourdes, terriblement lourdes, Léopoldine parvient juste à entrouvrir les yeux. Elle distingue le plafond de sa chambre, une perfusion de glucose lui alimente le bras. Elle perçoit des voix, reconnaît celles de Simon et Anna, sans comprendre de quoi ils parlent. Elle papillonne des yeux, essaie de se concentrer. Sans y parvenir, elle sombre à nouveau.
Le lendemain matin, une petite bouille toute triste est plantée à côté de son lit. Avec difficulté, Léo ouvre les yeux, aussitôt, Oscar veut se coucher sur elle, son papa le rattrape.
— Doucement, elle a une perfusion dans le bras.
— Pourquoi t’as ça ?
— Léo était déshydratée.
— C’est quoi ?
— Hier, elle n’a rien mangé et rien bu de la journée. Ça va aller. Fais-lui un bisou, on part à l’école.
— Bonne journée, mon petit cœur.
Léopoldine se sent anormalement vaseuse. Elle se redresse, espère voir le berceau de Jasmé, mais il n’est pas là. Sans se souvenir des dernières heures, elle commence à paniquer. Un petit miaulement lui attire l’oreille.
— Anna !
Son amie rapplique avec sa petite merveille, s’installe sur le lit.
— Tu as une mine à faire peur.
— Je ne me sens pas bien. Pourquoi suis-je si engourdie ? J’ai mal aux yeux…
— Hier soir, quand Nathan l’a appelé, Simon était de garde. Il t’a donné un truc pour te faire dormir. Tu étais déshydratée, ta tension dans les chaussettes. Depuis combien de jours n’avais-tu rien mangé ?
— Je ne sais plus…
— Je vais te retirer ta perf et te préparer un thé. Ne te lève pas, attends que je sois près de toi.
Bébé Jasmé dort et elle a réintégré la chambre de ses parents. Léopoldine prend un solide petit-déjeuner : smoothie, œufs brouillés et pancakes. Sa fée cuisinière la gave littéralement, sans lui demander son avis.
— Où est parti Nathan ? Il devrait être revenu de l’école.
— Il a un rendez-vous chez un imprimeur qu’il n’a pas pu décaler. Sans trop m’avancer, il ne devrait plus tarder.
Le regard dans le vide, Léopoldine ne prend pas la peine de demander à Anna si elle est au courant. Il est clair : tout le monde sait. Voyant son air triste et désemparé, son amie rompt le silence.
— Léo, je te soutiens à cent pour cent. À ta place, j’aurais fait la même chose et Simon aussi.
— Et Nathan ?
— Il est bien redescendu en pression. La peur qu’il a eue hier soir lui a bien remis les idées en place. Simon l’adore, mais il n’a pas mâché ses mots. Et alors Mia… une furie ! Simon était à deux doigts de lui administrer un calmant.
— Elle était là ?
— Il était prévu qu’elle dorme chez sa maman, mais elle avait laissé un dossier dans sa chambre et en avait besoin ce matin. Quand elle est arrivée, Simon venait d’investir les lieux avec son équipe. Elle a eu peur.
— Merci Anna… merci d’être là… ma fée… ma bonne étoile.
Léopoldine fond en larmes. Le contrecoup du combat qu’elle a dû mener en secret.
— Ne pleure plus, sèche tes larmes. Je vais rester avec vous deux ou trois jours, le temps que tu te remplumes. Tu ressembles à un petit criquet crevé, dit-elle pour la faire rire.
Au retour de Nathan, il se précipite dans ses bras, lui embrasse les mains.
— Pardon pour hier… Je ne te reproche pas de l’avoir fait, seulement de ne pas m’en avoir parlé.
— Tu étais tellement buté. Je devais agir vite et je ne voulais pas perdre de temps à t’expliquer, mais je m’attendais à ta réaction. Oscar est ton fils et s’il ne l’avait pas été, jamais je ne te l’aurais dit. Beaucoup de questions resteront en suspens. Qui a fait le test qu’il nous a présenté ? Nous n’en savons rien. Nous n’avons qu’une certitude, ce n’est pas Oscar. Qu’est-ce qui a motivé Éloïse à le faire croire à Adam ? Nous ne le saurons jamais, elle a emporté le secret avec elle. J’aime croire qu’elle avait une bonne raison et qu’elle l’a fait pour protéger votre fils.
— Je ne veux plus jamais en entendre parler. À présent, laisse nos avocats le mettre en pièces !
OceanofPDF.com
12
OceanofPDF.com