À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)

Le sort s’acharne

 

Le lendemain matin, c’est Léopoldine qui pose problème.

Une migraine épouvantable lui oppresse les tempes et le front. La tête dans un étau, elle est prise de nausées dès qu’elle pose le pied à terre. Oscar est grognon et ses parents ne sont pas mieux. Pour la troisième fois, Nathan annule la séance. Personne ne quitte l’appartement de la journée. Ne supportant aucune source lumineuse et aucun bruit, Léopoldine reste bloquée dans le fond de son lit, dans le noir, des bouchons profondément enfoncés dans les oreilles. Comme prévu, Anna est venue passer l’après-midi et s’est occupée des petits. Elle leur prépare le dîner, puis file retrouver son amoureux.

Fort heureusement, la nuit suivante est meilleure. La migraine de Léopoldine a disparu, et Oscar ne râle plus. Mais il y a, à nouveau, un hic. Anna se rend à des obsèques, ils n’ont pas de solution de replis pour faire garder leurs enfants. Nathan tente le tout pour le tout.

— On peut les emmener ?

Tel Luke Skywalker venant d’apprendre sa filiation avec Dark Vador, elle lui ouvre des yeux semblables à l’Étoile de la mort.

— On a déjà eu cette conversation…

— Je peux réduire le nombre de personnes présentes… juste un coiffeur, un maquilleur et le photographe.

Les conditions sont loin d’être idéales, mais Léopoldine en a plus que ras le bol d’entendre parler de ces photos. Ils préparent les petits, partent après le déjeuner. Nathan a tenu parole, le studio semble bien vide. Jasmé est bien installée dans sa poussette, Oscar se défoule sur la tablette.

La coiffeuse s’avère incapable de dompter sa chevelure. Ne voulant pas y passer des heures, Léopoldine prend l’initiative de se coiffer elle-même. Le maquillage est une formalité. Compétent et rapide, le jeune homme lui donne des conseils et Léopoldine prend plaisir à l’écouter. Elle est enfin prête, et là, la catastrophe… Dans leur précipitation à quitter leur appartement, ils ont oublié le violoncelle. Amélie propose aussitôt d’aller le récupérer chez eux.

Pendant que le couple se fait mitrailler par Xave, Amélie le retrouve facilement. En prenant toutes les précautions pour ne pas l’abîmer dans l’escalier, elle maudit sa taille. Une fois devant son véhicule, une autre difficulté s’impose à elle : comment le faire rentrer dans sa minuscule Fiat 500 ? Tout en réfléchissant, elle le pose contre une portière, passe par l’intérieur pour rabattre les sièges arrière. Au moment où elle relève la tête, un jeune homme s’en empare, part en courant et disparaît au coin de la rue. Impossible pour elle de le rattraper, elle n’essaie même pas. Effondrée, elle sait combien Léopoldine tient à son violoncelle et ils ne le retrouveront jamais.

Elle fait tout le trajet de retour en pleurant, frôlant l’accident à plusieurs reprises. Totalement défigurée par ses larmes, Amélie fait son entrée. Dès qu’ils l’aperçoivent, Nathan et Léopoldine se mettent debout. Elle tente une explication, mais ses sanglots les empêchent de comprendre. D’un coup, Nathan saisit l’ampleur du désastre. Il s’approche de sa femme, lui demande de s’asseoir. Il a blêmi, Léopoldine panique.

— C’est Mia, elle était à la maison ?

— Non. Il lui prend la main, la lui embrasse. Amélie s’est fait voler ton violoncelle devant chez nous.

La pauvre se confond en excuse, mais Léo ne l’entend pas. Elle est bloquée sur les images qui défilent dans sa tête. En fermant les yeux, elle revoit ses parents lorsqu’ils le lui ont offert. Ses larmes coulent instantanément. Oscar à côté d’elle, lui demande en boucle :

— Pourquoi tu pleures, ma Léo ? Pourquoi tu pleures, ma Léo ?

La voix du petit garçon la fait revenir dans le présent. Elle s’essuie le visage avec les mouchoirs que vient de lui apporter le maquilleur. Amélie à leur côté s’inonde de plus belle, Nathan perd patience.

— Amélie, je t’en prie, arrête ! Ce n’est pas de ta faute !

Léopoldine met un temps infini à calmer ses sanglots. Le jeune homme à la voix douce lui demande gentiment si elle souhaite qu’il la démaquille, elle refuse. Après tant de larmes, il ne reste rien d’une quelconque mise en beauté. Avec rage, Léopoldine défait son chignon en jetant une à une les épingles qui le maintenaient. En respirant par à-coups, elle se dirige vers Amélie prostrée dans un coin du studio, la prend dans ses bras.

— Tu n’es pas responsable, cela aurait très bien pu être nous. Avec Nathan, vous irez déposer plainte au commissariat de notre quartier.

Sur le chemin du retour, Léopoldine s’enfonce dans un mutisme obscur. Son regard empli de haine, elle maudit cette ville, cette insécurité qu’elle exècre. Nathan s’empare de sa main, l’embrasse.

— Aucun mot ne peut t’exprimer à quel point j’en suis désolé.

— Je déteste Paris… Je déteste vivre ici !

— Moi aussi, réplique aussitôt Oscar. On va habiter Quiberon ?

— Mon petit papillon ne perd pas le nord, lui sourit Léo.

Nathan les dépose chez eux, part avec Amélie au commissariat. Mia est de retour de ses cours, elle ressent sa grande détresse, Oscar vient de lui raconter le vol. Elle ne lui prodigue aucun mot de réconfort, se contente de se blottir dans ses bras.

Elle installe son bébé dans son transat, Oscar devant un dessin animé et file sous la douche pour effacer toute trace de cette journée damnée. Léo poursuit avec celle d’Oscar, lui change son pansement. Comme un TGV lancé à pleine vitesse, elle enchaîne avec les devoirs et se lance dans la préparation du dîner. Elle exécute toutes ces tâches sans réfléchir et habituellement, elles la comblent. Aujourd’hui, son cœur saigne, elle y prend moins de plaisir.

Nathan est de retour deux heures plus tard. Mia et Oscar ont dîné, Léopoldine n’a évidemment rien avalé. Elle lui réchauffe son assiette, s’installe près de lui dans la cuisine devant une infusion. Le compte rendu de Nathan est peu optimiste.

— Je ne vais pas te mentir… Les chances de le retrouver sont quasiment nulles.

Elle ne répond pas, le sait déjà. Elle se force à penser à des choses positives, qui lui font du bien. Leurs enfants sont en bonne santé, grandissent sans difficulté. La vie est précieuse. Elle relativise en pensant à celui de sa maman. La merveille n’a jamais quitté la Bretagne et ne fera jamais le voyage à Paris.

Une fois dans son lit, pour se changer les idées, elle appelle Anna.

— Es-tu du voyage à Quiberon ?

— Ma Puce, Nathan a raconté à Simon le vol de ton instrument, nous sommes infiniment tristes pour toi. Je viens, et j’irai dormir chez Maude et Pierre.

— As-tu des nouvelles des petits ?

— Ils vont bien, sont toujours avec eux. Anna marque une pause. La situation avec Joséphine n’a guère évolué. Ludwig envisage de la faire hospitaliser pour se donner un peu d’oxygène.

— Je ne suis pas insensible, mais égoïstement, je ne veux plus m’en mêler.

— Bien sûr ma Puce, les petits vont bien, c’est l’essentiel. À dans deux jours…

— Je t’aime Anna.

Malgré toutes les choses positives qu’elle essaie de garder à l’esprit, Léopoldine peine à trouver le sommeil. Dans la nuit, Nathan l’entend pleurer. Il l’entoure de son corps, sans parvenir à la réconforter. Sans le lui dire, la star culpabilise. S’il n’avait pas insisté, son instrument serait toujours en sa possession et le comble : il n’aura pas les photos qu’il désirait.

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