À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Chasse le naturel
En préparant le biberon de sa fille, Léopoldine a des flashs de sa vie d’avant, sans enfant. De son quotidien de jeune chirurgienne qui lui plaisait tant, au côté d’Auguste. Tout lui paraît si loin, les semaines, les mois passent trop vite. Elle voudrait stopper le temps, pouvoir savourer chaque seconde de ce tout nouveau bonheur au ralenti. Chaque jour, elle trouve Jasmé changée : plus ronde, plus éveillée, tellement craquante. Son cœur de maman frémit lorsqu’elle observe ses deux petits, ses bébés, ses merveilles. Oscar est un grand frère délicat. En présence de Jasmé, jamais de geste brusque, ni de cri pouvant l’effrayer. Il aime servir d’assistant à Léo pendant son bain, se délecte de lui donner son biberon. Léopoldine ne cesse de lui répéter qu’il possède les gènes de son papa. La seule chose pour laquelle il bloque : lui changer sa couche. Cette chose souvent odorante ne l’attire pas le moins du monde, elle aurait même tendance à le faire détaler au plus vite.
Anna s’est envolée pour Bordeaux récupérer ses petits-enfants, ils rejoindront la Bretagne dans quelques jours pour assister au mariage des jeunes parents.
Léopoldine gère ses petits d’une main de maître, sa récupération après sa césarienne s’est déroulée sans accroc. Ses nuits sont souvent hachées, mais elle a l’habitude des réveils nocturnes. Des années de garde ne s’effacent pas si facilement, son corps s’en souvient, et Nathan prend le relais le plus souvent possible. Les trajets pour l’école sont assurés par lui le matin et elle récupère Oscar le soir. Sa petite blottie dans le porte-kangourou, elle l’accompagne à son cours de piano tous les mercredis matin, l’après-midi à la danse classique. Ses activités sont situées dans leur quartier, elle se déplace à pied et elle aime ça.
Avec l’aide de Maude et Pierre, leur dossier de mariage a été constitué en un temps record. Les bans sont publiés en toute discrétion, tout est dans les clous pour le grand jour.
Mia a intégré la fac avec son amie Olivia. Heureuse comme jamais, elle ne parle plus d’habiter à Quiberon. Son amoureux lui manque, mais elle fait avec. La rencontre entre sa maman et Jasmé n’a pas eu lieu. Après une discussion avec Gaëlle, Nathan a compris qu’elle n’y tenait pas vraiment. Mia a fini par se rendre à l’évidence : mieux valait en rester là.
Le cancrelat est en fuite. Personne ne sait où il se trouve et il n’a pas remis les pieds à Amsterdam. Même son avocat – à qui l’escroc doit une jolie somme – aimerait bien le localiser. La succession d’Éloïse est terminée, son appartement est en passe d’être vendu. Le montant de sa vente ira rejoindre le capital de l’assurance vie sur un compte bloqué jusqu’à la majorité d’Oscar. L’esprit libre et le cœur léger, ils vont convoler en toute sérénité.
Avant d’aller récupérer Oscar à la sortie de l’école, la jeune maman s’active dans la préparation des valises. Demain, c’est le départ pour Quiberon avec ses deux petits amours, Nathan les rejoindra le jour suivant avec Mia et Olivia. En retard sur son planning, elle reçoit un appel de son amoureux lui demandant de venir le chercher dans un studio de photos. Pas vraiment emballée et flairant un nouveau coup de la star, elle est sur le point de refuser, mais il sait y faire. Il la supplie, se lamente. Léo accepte, tout en se préparant mentalement à tomber dans un piège.
Pendant le trajet, en adorable grand frère, Oscar parle à sa petite sœur, lui raconte des histoires, lui chante des comptines. Après avoir été bloquée vingt minutes dans une rue, elle se gare facilement sur une petite place. Apeuré, Oscar lui serre fort la main, l’entrée du studio est sombre. Deux portes battantes plus tard, ils pénètrent dans une immense pièce blanche. Dans le fond, un carré est illuminé de spots puissants et des gens s’affairent à la préparation de photos. Elle cherche Nathan du regard en continuant sa progression.
Je me suis trompée de studio ?
Elle est rassurée lorsqu’elle reconnaît Xave, le photographe avec qui elle a eu une altercation quelques mois plus tôt. Elle se raidit en le voyant se déplacer dans leur direction son appareil à la main. Il glisse sur le sol en se dandinant, son chandail vert olive noué autour de la taille sur un pantalon fuselé marine. Il replace le col de sa chemise blanche, tout sourire.
— Prenez une seule photo de moi ou de mes enfants et je vous arrache les yeux avec une petite cuillère. Ce sera long et douloureux…
À peine sa phrase terminée, derrière elle, des éclats de rire s’élèvent. Maquillés et coiffés, Nathan, Benoît, Martin, Vlade et Ludo ont assisté à l’échange. Cloué au sol, le pauvre photographe n’ose plus faire un pas.
— C’est la grande forme, se marre Vlade, le guitariste du groupe. Je te savais douée avec un scalpel, avec une petite cuillère, c’est nouveau !
Tous viennent l’embrasser et ont un petit mot pour la Puce qui dort contre sa maman. Oscar court dans les bras de son papa, Nathan vient aussitôt embrasser Léo et sa fille.
— Ne t’énerve pas. Venez, installez-vous sur le canapé, nous avons presque terminé.
Très vite, Jasmé s’agite, c’est l’heure de son biberon. Léopoldine doit récupérer le sac à langer dans sa voiture. Elle demande à Amélie – l’assistante de Nathan – si elle peut la prendre quelques minutes.
— Avec plaisir ! Si tu préfères rester avec elle, je peux aller te le chercher ?
Elle lui impose sa petite, file dans sa voiture. À son retour, comme des abeilles autour d’une ruche, ils contemplent Jasmé, y compris le photographe qu’elle fusille du regard. Courageux, mais pas téméraire, il prend aussitôt ses distances.
Bébé Jasmé avale goulûment son biberon sous le regard de Nathan. Il se presse contre Léopoldine, lui embrasse le cou.
La demande arrive…
— C’est l’occasion rêvée pour quelques clichés avec nos petits. Souviens-toi, les photos de nous deux en noir et blanc sont sublimes et Jasmé grandit si vite.
— Toujours faire confiance à ses intuitions… chasse le naturel, il revient au galop !
— Je connais Xave, j’ai confiance en lui.
— Je ne peux te l’interdire pour Oscar, mais Jasmé, non !
— Pourquoi Oscar et pas Jasmé ? Parce qu’il n’est pas officiellement ton fils ?
Il plisse le nez comme le ferait son petit clone. Elle lève les sourcils en soupirant, histoire de lui faire croire qu’elle cède une fois de plus, alors qu’elle aussi aimerait avoir de beaux clichés. Le talent de Xave n’est plus à démontrer.
— D’accord, mais je ne pose pas. Faire des photos à la volée ne devrait pas lui poser trop de problèmes, il est spécialiste !
Nathan ne tergiverse pas davantage. Il a le feu vert, ne souhaite pas qu’il vire au rouge. Sans être intrusif, Xave prend des dizaines de photos, les visualise rapidement sur son écran et s’empresse de les montrer à Léo.
— Elles sont très belles, merci. Désolée pour tout à l’heure, s’excuse-t-elle. Les photographes me provoquent des réactions que je ne contrôle pas.
— Vous êtes photogénique. On ne vous a jamais proposé de poser pour des magazines ou des pubs ? Vous avez une beauté naturelle, et votre chevelure est impressionnante.
Le rire grave de Vlade emplit la pièce.
— Xave ne te fatigue pas, Madame est chirurgienne ! Poser pour des magazines, ce n’est pas pour demain !
— Ah… d’accord ! Il ouvre grand ses deux calots noirs. M’arracher les yeux avec une petite cuillère est dans vos cordes !
En souriant, Léopoldine continue de regarder les photos. Une en particulier attire son attention. Oscar la prend par le cou, ses yeux chargés d’une grande tendresse. Nathan ne veut pas en rester là, il lui prend la main, l’incite à se lever.
— Léo, je voudrais quelques clichés, juste de nous deux, mais nous allons devoir poser…
— Le temps de deux ou trois photos, peux-tu prendre Jasmé dans tes bras ? demande-t-elle à Vlade.
Aussitôt, le grand mec la prend comme un diamant. Des dizaines de clichés plus tard, Léopoldine récupère sa fille qui dort comme une bien heureuse dans les bras de Benoît. Bébé a fait le tour des musiciens.
Avant de quitter le studio, Benoît lui chuchote à l’oreille :
— Tous mes vœux de bonheur. Embrasse Joséphine pour moi !
— Merci Ben.
À l’exception de Benoît – en qui Nathan a une confiance infinie –, ils n’ont prévenu personne de leur mariage prochain. Dans leur milieu, les indiscrétions peuvent se répandre à la vitesse du son. Voir une horde de paparazzis débarquer à Quiberon serait une catastrophe.
Oscar est excité comme un petit papillon sevré de nectar depuis trop longtemps. Leur dernier séjour à Quiberon date de l’été dernier, il n’y tient plus. Léopoldine lui explique toutes les dix minutes qu’ils partent demain matin. La laisser voyager seule avec deux petits pour un si long trajet, Nathan ne le sent pas. Malgré tous ses efforts, il n’a pas pu décaler le rendez-vous qui le bloque à Paris.
— Nous partirons juste après le biberon de Jasmé, et si tout va bien, elle tiendra tout le voyage. Dans le cas contraire, je m’arrêterais.
— C’est un départ de vacances, la sortie de Paris va être noire… recule ton départ d’une journée.
La porte de l’appartement claque, Mia apparaît heureuse de leur annoncer : « changement de programme ». Ses cours sont terminés, elle part demain avec Léo, et bien sûr Olivia.
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