À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Dix-huit ans, ça compte
Dans la nuit noire, parisienne, Nathan vient de récupérer les jeunes à la gare. Sans une petite mise en garde, Nathan ne serait plus Nathan.
— Vous allez occuper sa bonbonnière pendant plusieurs jours. Quand vous la quitterez, tout doit être rangé, les lits défaits. Pour contenter tout le monde, Léo repousse en permanence ses limites et je ne le veux pas.
— Ne t’inquiète pas, papa, lui répond gentiment Mia en posant sa main sur son bras. On a l’habitude. Il n’y aura pas de problème…
En arrivant dans l’appartement, ils tombent tous dans les bras les uns des autres avec un plaisir partagé. Les filles sont belles, bronzées, les amoureux heureux de ce séjour dans la capitale.
— Parle-moi des travaux dans ta chambre.
Mia baisse la tête, s’isole avec sa belle-mère.
— La salle de bains est presque terminée. Mais nous avons cassé un truc…
— Dis-moi…
— Avec Maël, nous avons dormi dans votre lit. En changeant les draps le dernier jour, le cadre sur ta table de nuit est tombé. Celui où tu es en photo avec tes parents. Nous en avons acheté un autre, mais nous n’avons pas trouvé le même et lorsque la vitre s’est brisée, elle a amoché la photo. Je suis désolée…
L’oreille traînante, Nathan épie sa réaction. Dans un premier temps, elle plisse les yeux.
— J’en ai une copie. Léo lui dépose un rapide baiser sur la joue. Ne te tracasse plus…
Dans le même temps, une furie hurlante fait son entrée sous les éclats de rire. Le ventre en avant, Joséphine – sa sœur de cœur – traverse le couloir presque en courant.
— Me voilà ! Punaise… le trajet m’a paru une éternité !
— Pour nous aussi, renchérit Pierre – son papa –, en levant les yeux au plafond. Elle est pire que son fils. Elle s’est lamentée, tout le voyage… On est épuisés !
— J’aurais préféré me crever un œil plutôt que de l’admettre, mais retrouver Paname est un bonheur !
Joséphine se précipite dans les bras de sa sœur de cœur. Leurs gros ventres se télescopent.
— Vas-y mollo ! râle Nathan en caressant le ventre de sa belle. Pense à ces deux petites choses encore en formation. Laisse-leur le temps de s’habituer aux cyclones, tornades et autres perturbations climatiques !
— La petite bernique cramponnée à son double rocher ! L’entendre bougonner me manquait. Tu vas faire de votre fille une chochotte, comme toi !
Elle le serre dans ses bras, lui est à la limite de l’évanouissement.
— Elle va m’étouffer un jour. Dans le passé, tu as fait de la lutte ou un truc dans le genre ?
— Comment tu le sais ?
Nathan roule des yeux en se marrant.
Léopoldine détaille José en souriant, la trouve belle comme un fruit mûr. Sa crinière rousse est flamboyante. Elle affiche de sublimes rondeurs, rayonne dans sa marinière rouge et sa salopette en jean. Léo s’approche, lui caresse le ventre.
— Comment va ce bébé ?
— Très bien ! Elle a déjà la tête en bas, prête pour la sortie ! Et toi ma belle, elle a changé de position ?
Une main de chaque côté de son ventre, Léopoldine oscille la tête de gauche à droite en signe de négation.
Oscar n’a perdu ni le nord ni la mémoire. La mine boudeuse, il colle son visage contre son ventre, déçu de ne pas avoir retrouvé son cousin de cœur, fils de Joséphine.
— Tu m’avais promis. Théo devait dormir avec moi ?
— Il est avec son papa chez Léandre, il arrive.
Pour libérer de la place, Nathan prie les jeunes de monter s’installer chez Léopoldine. Il a des sueurs froides et le week-end ne fait que commencer. C’est au tour de Maude et Pierre – les parents de Joséphine –, de se poser dans la chambre de Mia.
Après une infusion et tard dans la soirée, chacun regagne son logement. Léopoldine accuse déjà le coup. Nathan remarque son ventre beaucoup moins souple que de coutume.
— C’est de la folie d’organiser l’anniversaire de Mia avec autant de monde. Je regrette de t’avoir laissée faire.
— Dix-huit ans, ça compte, et ce n’est que demain. Dimanche, elle va chez sa maman.
— S’il te plaît, fais des pauses dans la journée ! Lundi, tu seras épuisée…
Dans la nuit, son bébé fait des loopings, la réveillant plusieurs fois. Léopoldine a la sensation qu’il vient d’opérer un changement de position, mais n’en dit rien à Nathan. Elle attend la venue d’Anna – sage-femme de profession – pour lui en parler. Et son amie lui confirme :
— Si je ne me trompe pas, elle est en siège.
Anna lui masse le ventre quelques minutes.
— Léo, cet anniversaire te tient à cœur, mais laisse-nous faire avec Maude.
— Comme d’habitude, la rassure-t-elle en posant un baiser sur sa joue.
Une immense table est dressée pour quatorze personnes. Les trois petits – Théodore, Oscar et le petit Léo, fils de Léandre et Dominic – seront installés sur celle du salon, leur permettant de se lever quand ils le souhaitent. En voyant l’organisation mise en place, Nathan est ému, reconnaissant. Il remercie particulièrement Anna et Maude, sans leur aide, la journée s’annonçait scabreuse.
Depuis le matin, Mia se déplace sur un nuage. Sa belle-mère a fait en sorte de décorer la table dans les teintes qu’elle aime. Le rose et le mauve pour les serviettes et la nappe s’harmonisent à merveille avec la vaisselle blanche, la gypsophile et les petits bouquets ronds qu’elle a fait confectionner. Pendant l’apéritif, Simon – l’amoureux d’Anna, ex-confrère de Léo – fait sauter les bouchons de champagne et, entre les éclats de rire, les ouvertures de paquets se succèdent. Des vêtements, du parfum, des livres, beaucoup de matériels à dessin : ses études d’arts débutent dans quelques jours. En dernier, elle déballe ceux de Nathan et de Léopoldine, commence par ceux de son papa. Il lui a offert un appareil photo dont elle rêvait et un voyage à New York, à la période de son choix. Puis vient celui de Léo. Une boîte carrée, elle prend tout son temps pour l’ouvrir, sans arracher le papier. Elle en sort un magnifique bracelet ancien, composé d’anneaux entrelacés et de trois couleurs d’ors différents. Un petit mot l’accompagne :
« Très bel anniversaire, ma douce libellule. Je t’aime ».
Émue, Mia remercie chacun en particulier. Quand arrive le tour de Léopoldine, elle reste dans ses bras de longues minutes.
— Je le reconnais… c’est celui de ta grand-mère. Tu es sûre, tu veux me le donner ?
— Oui… Léo lui chuchote à l’oreille. À l’intérieur, j’ai fait graver trois prénoms sur chacun des anneaux : le tien, celui de ton frère et celui du bébé. C’est notre secret, n’en parle à personne, pas même à ton papa.
La curiosité l’emporte, Mia se met immédiatement de dos. Le regard brillant, elle se précipite dans ses bras.
— Des cachotteries ? réagit Nathan.
— Un secret… ne me demande pas !
Le déjeuner de fête est bruyant, accompagné de mets délicieux, préparés avec talent et amour par Maude et Anna, le tout arrosé de vin de bourgogne, apporté par Simon. Ils parlent tous en même temps. Il est bien difficile de suivre une seule conversation. Mauvaise pioche pour lui, Nathan se retrouve voisin de la belle rousse.
— Joséphine, la teinte de mes cheveux n’est qu’un leurre, je ne suis pas si vieux, encore moins sourd. Parle moins fort, et par pitié, ne renverse aucun verre !
— Tu ne pouvais pas choisir une autre place ? ronchonne-t-elle.
— Elle est mignonne ! se gausse-t-il. Personne ne voulait se dévouer. Tu crois qu’ils se bousculent pour être à côté de toi ?
— N’importe quoi ! Tu ne peux pas te passer de moi, reconnais-le, rit-elle aux éclats.
— Quand tu fais des échographies, ton bébé qui se bouche les oreilles, cela ne te provoque pas un questionnement ?
Ils éclatent tous de rire, sauf elle. L’œil suspicieux, elle se redresse.
— Qui t’a raconté ça ?
— Ton mari ! rigole-t-il encore plus fort.
— Ludwig a de la chance d’être à bonne distance ! Tout ça parce que le gynéco l’a vue se boucher les oreilles. C’est peut-être lui, qu’elle ne voulait plus entendre !
Installés en face d’elle, les jeunes sont hilares. Pour eux, c’est la meilleure place : pas très loin, mais pas trop près non plus. On ne sait jamais.
Une idée derrière la tête, elle s’adresse à Léandre.
— Léo t’a dit ? « Son » Jonas est de retour !
En discussion avec Simon, il s’arrête brusquement en fixant Léopoldine. Elle lève les sourcils en soufflant.
— José, tu me saoules ! Ce n’est pas « mon » Jonas.
— On l’a vu, ajoute Olivia. La vache, c’est un beau mec très sympa ! Il nous a parlé sur la plage. Léo, pourquoi José a dit « ton » Jonas ? Il était ton petit copain ?
— C’est reparti, râle Nathan en laissant tomber ses bras sur la table. Olivia, va te calmer en te passant un peu d’eau sur le visage. Avec toi, ils sont tous trop beaux !
Très surpris, Léandre veut en savoir plus.
— Il est de retour à Quiberon ?
Léopoldine hoche la tête en souriant. Intriguée, la bande attend la suite, qui ne vient pas. Joséphine s’agite sur sa chaise.
— Il y a un truc entre vous trois, j’y pense depuis des années. La semaine dernière, je l’ai coincé sur la plage… il n’a rien lâché l’animal ! Le délai de prescription est largement dépassé, vous pouvez nous raconter…
— Tu imagines Léo avec tout le monde… C’est une obsession chez toi ! argumente sèchement Nathan. Quand ce n’est pas Léo avec Léandre et Dominic, c’est avec Léandre et Jonas. Je suis fragile ! Pense à mon petit cœur tout mou !
Léandre et Dominic se regardent, éclatent de rire.
— José, tu rumines encore la nuit de ton mariage ?
— On te l’a dit en français et en anglais. En tenant compte de ton niveau pour la langue de Shakespeare, tu n’as peut-être pas compris. Dans quelle langue doit-on te l’expliquer ?
— Nus comme des vers… dans le même lit ? À d’autres, je n’y crois pas une seconde !
— Je ne connais pas cette version, réagit Nathan en plissant les yeux en direction de sa belle.
Léandre rétablit immédiatement la vérité.
— Je ne vais pas te dire qu’elle a bu, Joséphine est enceinte. De toute façon, elle n’a pas besoin d’avoir consommé de l’alcool pour délirer. Léo portait une très jolie nuisette bleue à pois blancs…
— Mais vous, oui ! Elle jette un œil à l’assemblé. Suis-je la seule à trouver étrange qu’il se souvienne en détail de la nuisette ? Si ce n’est pas le signe d’une nuit torride, je veux bien faire vœu de silence pour le prochain mois !
Dominic joint immédiatement les mains en signe de prière.
— Je n’ose y croire… Prépare-toi à ne plus prononcer une parole ! Le silence pour un mois, Ludwig, tu peux nous dire merci !
Les pommettes rouges, les yeux de Mia et Olivia leur sortent des orbites.
— José… regarde dans quel état tu les mets, éclate de rire Simon en désignant les deux miss.
— Dire qu’il faisait chaud est un euphémisme. Cette nuit-là, le thermomètre n’est pas descendu en dessous de 25 degrés. Le jour d’avant, il faisait 36 ! Quand Léo nous a rejoints à 5 heures du matin, nous étions déjà à poil. Pourquoi dois-je me justifier ? râle Léandre. J’ai dormi des centaines de fois avec Léo… À POIL !
— Et la nuisette ? continue José. Demande à Ludwig de quelle couleur était la mienne, je doute fort qu’il s’en souvienne !
— Je m’en souviens parfaitement pour la simple et bonne raison que nous venions de lui offrir !
Dominic confirme par un hochement de tête.
— Peut-être… Ne changeons pas de sujet. Léandre, Jonas et Léo, c’est l’interrogation du jour. Alors, c’est quoi le secret ?
Les intéressés se regardent en souriant.
— C’est Léo qui décide, ajoute Léandre en lui prenant la main.
Toutes les têtes se tournent vers elle. Elle réfléchit un instant, puis lâche dans un haussement d’épaules.
— Jonas a été notre petit copain à tous les deux. Voilà tout ! Joséphine la commère est satisfaite ?
— Qu’est-ce que je disais ? Douze ans pour qu’ils crachent la pastille ! Me mettre au courant vous aurait défrisés ? marmonne-t-elle, désabusée, en jetant sa serviette sur la table.
Léandre et Léopoldine se regardent en riant et lui répondent d’une seule voix : « Oui ».
— Vous étiez ensemble ? Une triade amoureuse ? s’exclame Olivia qui n’a rien compris.
— C’est bien gentil tout ça, mais la syncope me guette ! souffle Nathan, une main sur le cœur.
— T’inquiètes ! lui répond Joséphine, en lui faisant signe de se la fermer. Deux médecins sont autour de la table, ils vont te réanimer. Elle pointe du doigt Olivia en fermant un œil. Je relève la pertinence de ta question ! Tu ne serais pas ma fille de cœur ? Puis elle mitraille ses amis. Triade… ou pas de triade ?
— S’il te plaît, Léo, ne réponds pas ! Je ne plaisante pas, je suis en tachycardie, se redresse Nathan en tâtant son pouls. J’en ai ras le bol de toutes ces histoires. José, tu es interdite de séjour à Paris !
— Arrête ton cirque ! Depuis quand les berniques souffrent de tachycardie ? Juste au moment où ça devenait croustillant ! Tu ne vas pas nous faire le remake de La Dame aux camélias, se marre José.
De les voir se chamailler, toute la table est hilare. Pour couper court à cette conversation, Maude apporte le magnifique gâteau commandé pour l’occasion. Recouvert de dix-huit bougies, un framboisier en forme de cœur : le dessert préféré de Mia.
Installée au piano avec Oscar, Léopoldine entame « Joyeux anniversaire » et tout le monde reprend en chœur, dans une merveilleuse cacophonie. Ses yeux brillent. Son papa la serre dans ses bras un long moment. Pour lui aussi, c’est une date importante. Son oisillon n’est plus une adolescente, elle va prendre son envol. Il sait qu’il peut compter sur sa belle pour l’aider à franchir ce cap difficile pour chaque parent.
La moitié de la bande part s’oxygéner dans le parc voisin : les petits ont besoin de se défouler. Anna et Maude en profitent pour débarrasser en conseillant aux futures mamans d’aller s’allonger un moment. Face à face, elles se caressent mutuellement le ventre.
— C’est la dernière fois que l’on se voit avant les naissances, s’attriste Joséphine. C’est passé trop vite. Dans moins d’un mois, ton bébé babillera dans tes bras.
— Elle a bougé cette nuit. Anna pense qu’elle est positionnée en siège.
— Ça t’inquiète ?
— Oui et non… Nathan est plus soucieux. Il lui reste deux concerts la semaine prochaine, après il se met en pause pour deux mois. Enfin… s’il y parvient, ce mot n’existe pas dans son vocabulaire.
Elles s’endorment chacune une main sur le ventre de l’autre. À leur retour de balade, Léandre et Nathan immortalisent le moment.
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