À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Jonas, qui l’eût cru
Première nuit complète pour Jasmé.
À sept heures, elle se manifeste. En lui parlant doucement, Léopoldine la dépose dans les bras de son papa, file lui préparer son biberon, revient auprès d’eux. Elle boit en écoutant leurs voix, sous le regard attendri de Nathan. Puis c’est au tour d’Oscar de les rejoindre, il s’installe entre eux, dans une grande séance de câlins et de bisous. Oscar n’éprouve pas de jalousie envers sa petite sœur, mais ils font preuve de vigilance. Parfois, Léopoldine laisse Jasmé sous la garde d’Anna et ils partent en tête à tête prendre un moment dans un salon de thé ou même pour du shopping. Oscar est demandeur d’attentions et d’amour, ce qui tombe plutôt bien, Léopoldine en a à revendre.
— Ma Léo, tu restes là aujourd’hui ? s’inquiète-t-il en posant sa main sur son visage.
— Nous avons un rendez-vous, mais Théo va venir avec Maudy. Vous allez pouvoir jouer ensemble, le rassure-t-elle en lui ébouriffant les cheveux.
Mia débarque dans leur lit sans crier gare. Se lever à une heure aussi matinale, n’est pas dans ses habitudes, Léopoldine flaire une embrouille. La jeune maman se contente de lui demander si elle a bien dormi, la réponse ne se fait guère attendre.
— Hier soir, je me suis accrochée avec Maël.
Léopoldine pince les lèvres en regardant son amoureux, lui, lève les yeux en direction du plafond.
— Une grosse dispute ?
— Très… Je lui ai balancé que tout était fini… Maintenant, je regrette.
Avec Mia, elle a pour habitude de ne pas la questionner. Elle la laisse parler et quand elle marque une pause, elle attend patiemment la suite.
— Il y a quinze jours, Maël a revu son ancienne petite copine. Des amis les ont aperçus ensemble, il ne me l’avait pas dit. Quand je lui ai demandé des précisions, il s’est énervé et c’est parti en dispute.
— Peut-être qu’il regrette aussi. Vous allez vous expliquer calmement.
— S’il s’est passé quelque chose… je le quitte ?
— Je ne peux pas répondre à ça. Ne te monte pas la tête avant, et ne prends jamais une décision sous le coup de la colère. Venez, nous allons petit-déjeuner.
Léopoldine s’attarde dans sa chambre en couchant sa Mini Puce. Quand elle les rejoint dans la cuisine, une phrase de Mia l’intrigue. Elle vient de raconter à Nathan que le couple – Olivia et Armel – n’est plus. Le cœur de la miss aurait déjà vogué auprès d’un autre.
— Un garçon de votre groupe d’amis ? demande Léo en s’invitant dans la conversation.
Mia pique du nez dans son bol de céréales, ce qui indique un gros caca à l’horizon. Sans bouger la tête, Léo jette un regard à Nathan en fronçant les sourcils.
— Mia, je n’aime pas insister. Ton attitude fuyante ne m’inspire rien de bon. Qui est ce garçon, je le connais ?
— Oui, murmure la miss, sans lever les yeux, et en tapotant la table avec sa cuillère.
— Et ?
— C’est Jonas.
Nathan buvait son thé, il manque d’en recracher une partie, tousse plusieurs fois. Ses yeux s’agrandissent comme des billes. La bouilloire dans une main, sa tasse dans l’autre, Léopoldine reste collée au sol.
— Jonas… Notre voisin ? Le médecin ?
— Oui.
— Mais d’où Olivia le connaît ? Vous l’avez rencontré une fois en septembre...
— Elle l’a revu plusieurs fois depuis. Ils se retrouvent sur la plage et se sont parlé sur les réseaux.
En s’asseyant sur un tabouret à côté de Nathan, Léopoldine rassemble sa tignasse bouclée sur le dessus de la tête pour former un chignon flou. Elle choisit ses mots en déglutissant.
— Dans la voiture, c’est de lui qu’elle parlait et non d’Armel ?
La bouche en cul-de-poule, la miss hoche la tête.
— Il y a quelque chose entre eux ? Mia, tu dois nous le dire.
— Oui.
— Manifestement, il n’est pas gay ! ironise Nathan pour détendre l’atmosphère. Qui l’eût cru ! Même Léandre ne va pas en revenir !
Léo lui jette un regard assassin. Sa remarque ne provoque pas l’hilarité escomptée.
— Ça te choque à cause de la différence d’âge ? s’étonne Mia. Toi aussi, avec papa, votre écart est important.
— Quand je l’ai rencontré, j’étais une femme, une chirurgienne. Olivia commence sa vie amoureuse, on ne peut pas comparer. Mets-toi à la place de ses parents !
— Olivia envisage de venir faire ses études ici et d’habiter avec lui.
— Quoi ?... On se calme, réagit vivement Léo en haussant le ton. N’importe quoi… ils ne se connaissent même pas !
Elle se passe la main sur le visage.
— J’ai besoin de vacances ! Une discussion s’impose avec Olivia et avec Jonas…
La réaction de sa belle-mère ne la surprend pas, Mia s’y attendait. Sans être choquante, la relation est bancale. Elle s’éclipse à l’étage rejoindre Olivia encore endormie. Nathan prend la main de sa douce, la passe doucement contre ses lèvres pour l’apaiser.
— Et tu veux d’autres enfants ? Je suis championne du grand écart. Je donne des biberons, je change des couches, je dorlote, je lis des histoires. Je joue au foot avec Oscar et la seconde d’après, je me retrouve à acheter des pilules contraceptives et à gérer les relations amoureuses d’ados de dix-huit ans, dont une n’est pas la nôtre.
— Tu mènes tout très bien. Tu vas faire quoi ?
— Je vais aller m’habiller et toi aussi, nous avons rendez-vous chez le notaire ! ronchonne-t-elle. Pour le reste, je ne sais pas par lequel je dois commencer…
— Par Jonas… Olivia se fait peut-être un film.
Maude et Théodore les rejoignent trente minutes plus tard. En se tenant la main, Nathan et Léopoldine partent à pied. Le cabinet notarial est une belle bâtisse bretonne. Le hall est sobre, rustique. Quelques chaises sont alignées pour faire patienter les clients dans un couloir assez sombre. Ils sont accueillis chaleureusement par le notaire. Édouard est un homme d’une quarantaine d’années, élégant, très sympathique. Il embrasse Léopoldine, en constatant qu’elle est radieuse. En saluant Nathan, elle remarque qu’il est impressionné d’être face à la star, ses pommettes rougissent légèrement.
Dans son bureau, Édouard leur indique un canapé en cuir vert, ils y prennent place, lui s’installe en face dans un fauteuil club de la même teinte. À peine assise, Léopoldine change d’attitude. Elle devient plus froide, directe, ses questions sont pointues en maîtrisant parfaitement le sujet. Son amoureux la regarde se transformer en femme d’affaires.
En donnant un exemplaire à chacun, et sans se départir de son sourire, Édouard entame la lecture de leur contrat de mariage.
— Si vous avez des questions, s’il y a des anomalies, arrêtez-moi.
Léopoldine intervient dans la foulée.
— Ça commence mal ! Mes prénoms sont mal orthographiés et pas dans le bon ordre.
Le notaire se transforme en feu rouge, s’excuse. Une nouvelle assistante l’a préparé et il a commis l’imprudence de ne pas le vérifier.
— Écoute, on ne va pas y passer la matinée. Ton truc est truffé d’erreurs, même le nom de Nathan n’est pas correct. Tu vas le refaire, le relire et nous reviendrons cet après-midi.
Il acquiesce sans chercher à discuter, mais il doit lui parler d’autres choses.
— Tu vas une fois de plus m’envoyer sur les roses, mais je dois te le dire. La société qui veut acheter ton terrain au-dessus de la falaise nous relance. Ils multiplient par trois leur offre…
— Non !... Ils n’ont pas encore compris ? Même s’ils la multipliaient par dix, ce qui entre nous serait totalement déraisonnable, je ne céderai pas. Jamais, ils ne l’auront, il est sur le point d’être classé. Ils peuvent dire adieu à leur projet ridicule de thalassothérapie. Le terrain de la falaise restera comme il est.
— Ils ont proposé de t’associer aux futurs bénéfices, en plus du prix d’achat.
Édouard connaît sa réponse. Il esquisse un sourire en rassemblant des documents, elle fait de même.
— Même avec beaucoup d’argent, certaines choses ne s’achètent pas. Ce terrain est à côté du cimetière où sont mes parents, jamais je ne le vendrai. La mairie a pour projet de l’agrandir, je vais leur en céder une partie. Je ne veux plus en entendre parler.
— Et s’ils tentent une action en justice ?
— Ils peuvent toujours essayer. Mes avocats sont déjà sur le coup, ils les lamineront. Je dors tranquille ! ajoute-t-elle, très détendue.
Le notaire s’excuse à nouveau pour ce contretemps.
— Ce n’est pas grave, c’est le métier qui rentre. Ne sois pas trop dur avec elle.
Ils se quittent en prenant rendez-vous pour le début d’après-midi.
— Vous êtes combien exactement ? demande Nathan une fois dans la rue.
— Vous ?
— Léo, je découvre une autre personne…
— Tu n’as pas eu peur cette fois ? éclate-t-elle de rire.
— Comment tu fais ? Je n’y comprends rien à tout ça…
— Ce n’est pas venu du jour au lendemain. Je suis entourée de collaborateurs compétents, ils font pour moi.
— Dès que tu t’es assise, ton comportement a changé.
— C’est un milieu particulier, de requins. Je dois parfois attaquer la première pour ne pas être mangée. J’ai fait des erreurs au début. Je faisais trop confiance, je ne lisais pas forcément tout. Des têtes sont tombées, et depuis quelques années, ça roule. Ils m’expliquent, je décide. Toi aussi, tu gères des tas de projets en même temps, et tout passe par toi.
— La guerrière, la chirurgienne, la femme d’affaires, l’amoureuse et la maman, ça fait beaucoup…
— Et dans quelques jours, je serais la femme mariée…
De retour dans leur maison, Léopoldine prend rendez-vous avec Jonas sans lui en préciser la raison. Elle prépare dans sa tête la façon d’aborder le sujet avec lui. Mia et Olivia sont parties visiter Joséphine et Rose, le champ est libre. Léopoldine s’accorde avec Nathan pour qu’il les laisse seuls. Il a la possibilité d’écouter depuis la bibliothèque et intervenir au besoin. Jonas se sentira plus à l’aise avec son amie.
À 14 heures, le beau brun au look de surfeur est devant la maison. Léo lui ouvre la porte en prenant plusieurs fois sa respiration. En jean et pull marin, ses boucles brunes volent au vent et il a encore le visage hâlé. Après une bise rapide, elle l’installe dans la partie cuisine, lui propose un café.
— Tu es resplendissante, la maternité te réussit. J’ai toujours aimé le prénom de ta maman.
— Merci. Les mains croisées sur la table, elle les regarde un instant, puis relève les yeux vers lui. Écoute, tu sais que je ne…
— Ne tourne pas autour du pot… Oui, je sais, dit-il en terminant sa phrase. Je t’écoute !
Il lui sourit en saisissant sa tasse.
— Olivia… Que fais-tu avec une minette de 18 ans ?
Ses yeux rivés aux siens, il cherche ses mots.
— Elle me plaît. Elle est craquante, marrante… très intelligente.
— Enfin… 18 ans !
— Rappelle-moi votre différence d’âge avec ton mari ?
— Je t’en prie… Même si la vôtre est moins grande, il n’y a pas matière à comparaison. Mets-toi deux secondes à la place de ses parents ! Elle envisage de quitter Paris pour venir vivre avec toi.
— Elle ne m’en a pas parlé.
— Je croyais que tu aimais les hommes ?
— Non. J’étais amoureux de Léandre, mais après lui, je n’ai jamais craqué pour un autre.
— Olivia est chez nous, d’une certaine manière nous sommes responsables d’elle. Jamais, je ne mentirai à ses parents. Si elle accepte de leur en parler, cela ne me regardera plus, mais dans le cas contraire… elle ne sera plus la bienvenue.
— Je suis désolée de tous les problèmes que cela vous apporte.
— Tu as conscience du risque que tu prends ? Tu es médecin, tout se sait très vite.
— Je ne suis pas perméable à tout ça.
Des petits miaulements viennent de la chambre, Jasmé se réveille. Nathan la récupère, se joint à eux, salue rapidement Jonas.
— Quelle adorable petite poupée ! Léo, c’est ton portrait craché !
Tout en préparant le biberon, elle continue sa conversation avec Jonas.
— Depuis quand êtes-vous ensemble ?
— Quelques jours après la naissance de votre fille. Je suis allé la voir plusieurs fois à Paris.
— Ah d’accord ! s’exclame Léo en regardant Nathan, lui aussi étonné. Si je comprends bien, depuis notre arrivée, elle passe ses soirées avec toi et pas du tout avec leur groupe d’amis ?
— Oui…
Léo se rassied. Elle est sciée.
— Ne lui en tiens pas rigueur, elle t’aime beaucoup. Olivia ne cesse de me parler de toi, te trouve géniale, très compréhensive.
— Oui, mais là, elle a dépassé les bornes !
— Je ne peux rester davantage, j’ai des consultations.
Après son départ, Léo s’affale sur le canapé en regardant sa princesse.
— Quand partons-nous tous les deux ?
— La semaine prochaine, j’ai hâte d’y être.
Comme une bienheureuse dans son kangourou, Jasmé dort contre son papa. Ils se rendent tous les trois régler définitivement le contrat de mariage. Cette fois, c’est une formalité. Après lecture, tout le monde signe et l’affaire est bouclée en trente minutes. Nathan et Léopoldine passent récupérer Oscar chez Maude et Pierre, en espérant que le reste de la journée leur soit un peu plus cool. Malheureusement… non. En arrivant dans leur maison, Olivia est là. Jonas lui a fait part de leur conversation et elle pleure toutes les larmes de son corps : les chutes du Niagara dans une version eau salée. Nathan s’exaspère en l’écoutant.
— On ne comprend absolument rien. Mouche-toi, respire et ensuite tu parles.
— Je voulais te le dire, mais je ne savais pas comment…
— Tu as trahi notre confiance Olivia… et pour te couvrir, Mia nous a menti également, lui dit-elle sur un ton sec. Nous te pensions avec votre groupe d’amis et tu étais avec Jonas. Même si tu es majeure, tu es sous notre toit, sous notre responsabilité. Ce que tu fais avec lui à Paris, ne nous regarde pas, mais quand tu es ici, tu dois nous dire avec qui tu es.
— Ce n’est pas comme s’il était un inconnu. Je ne suis pas en danger avec lui.
— Tu crois que les psychopathes le portent sur leur figure ? Que je le connaisse ou pas n’y change rien !
— Oui, je sais, dit-elle en pleurant encore.
— Il n’y a pas plusieurs solutions. Tu en parles à tes parents, dans le cas contraire, tu ne viens plus. Le leur cacher ne fera qu’envenimer les choses, nous ne voulons pas être mêlés à ça.
— Pourquoi ça te choque ? Avec Nathan, vous avez vingt ans d’écart.
— Encore ! Trois fois dans la même journée, vous vous êtes passé le mot ! rétorque Nathan en s’exilant dans la bibliothèque.
— Ce n’est pas l’écart d’âge qui est bizarre. C’est un homme et toi une toute jeune femme qui fait ses premiers pas dans la vie, dans l’amour.
La miss se précipite dans ses bras en pleurant et en s’excusant. Léopoldine lui soulève le menton pour capter son regard.
— Tu vas me promettre d’en parler à tes parents.
— Je ne pourrai jamais. Je n’arrivais déjà pas à te le dire. Eux, c’est mission impossible.
— Tu vas devoir. C’est ton passeport pour Quiberon !
Olivia pleure de plus belle, Léo est à la limite de sa patience, elle prend sur elle une nouvelle fois.
— Tu dois assumer, quoi qu’il t’en coûte !
Elle renifle un moment, part dans sa chambre. Léopoldine a l’impression de terminer un marathon. Elle tombe de tout son poids en soufflant sur le canapé de la bibliothèque. En souriant, Nathan roucoule dans son cou.
— Ta vie était plus cool avant !
— Mia va débarquer tout à l’heure, et nous allons remettre ça avec Maël !
Oscar lui grimpe sur les genoux en quémandant une histoire.
— Oh oui, mon cœur, en avant pour une lecture. Des dragons, c’est parfait, dit-elle en ouvrant le livre. Les histoires à l’eau de rose me filent la nausée…
Cette pause avec son petit papillon l’apaise. Elle reprend ses esprits, en priant pour que tout soit arrangé entre sa belle-fille et son amoureux.
Peu avant vingt heures, Mia est de retour. Léo est en cuisine avec Olivia. Elle a séché ses larmes et ses yeux ont dégonflé. En mettant la table, Mia en profite pour leur raconter. Elle s’est expliquée avec Maël, tout va bien. Comme un soir ordinaire, ils dînent tous ensemble, et plus personne ne parle de rien.
Dans leurs petits souliers, pas de sortie pour les filles, elles se contentent de visionner pour la énième fois « Coup de foudre à Notting Hill ». Nathan vient de regagner la bibliothèque après avoir couché Oscar, Léo intègre son lit avec Jasmé blottie sur elle. Pour la jeune maman, c’est le meilleur moment de la journée, mais il va être de courte durée. À peine un pied sous la couette, Mia débarque en lui demandant si elle peut s’installer vers elles. La petite libellule est anxieuse. Elle caresse le dos de sa sœur en scrutant le visage de sa belle-mère.
— Tu m’en veux pour Olivia et Jonas ?
— Je suis déçue. Vous avez vos secrets… mais mentir… ce n’est pas bien.
— Au début, je n’y croyais pas. Je pensais que c’était l’histoire d’une ou deux semaines.
Quelques points sont encore flous sur le début de cette romance, Léopoldine tente d’en savoir plus et elle ne prend ni chemin détourné ni gant.
— Jonas m’a appris qu’il lui a rendu visite à Paris, quelques jours après la naissance de Jasmé. Comment est-ce possible ? Maël et Armel étaient avec vous, chez moi.
Mia pique un fard, un blanc s’installe. Pour la mettre à l’aise, elle lui prend la main, la caresse du bout des doigts.
— Contente-toi de me dire la vérité.
— Au début, elle était avec les deux en même temps. Elle ne pensait pas qu’il viendrait la voir à Paname. Pour le rejoindre, elle a fait croire à Armel qu’elle passait la journée avec ses parents, et eux s’imaginaient qu’elle était avec nous.
— Son couple avec Armel battait de l’aile ?
— Non, pas du tout. C’était comme un tourbillon agréable, Olivia s’est laissée emporter.
— Parfois, on est attiré par un joli mirage, et cela ne dure pas. Je ne veux pas porter de jugement sur son comportement, mais Olivia a changé. Raconter autant de salades à tout le monde n’est pas dans ses habitudes, et ça ne va pas coller si elle persiste dans cette attitude.
— Pardon… Mia se blottit contre elle.
— Tu vas regagner notre confiance. Nous pouvons tout entendre, il y a une solution à tous les problèmes.
Nathan fait son entrée en grognant.
— Ce n’est plus une chambre, c’est un hall de gare !
— Ça va, je te laisse la place, rigole sa fille en posant un baiser sur sa joue.
Il attend qu’elle ait quitté la pièce, s’installe sans se déshabiller à côté de Léo et de sa princesse qui dort en souriant.
— Elle s’est excusée ?
— Oui. Je ne l’ai pas trop rassurée… histoire de marquer le coup.
— Je n’aurai jamais ta patience…
Léopoldine craint d’avoir un œil trop critique, de manquer d’objectivité. Elle se rassure en demandant à Nathan son ressenti.
— Dis-moi, tu réagirais comment si c’était Mia à la place d’Olivia ?
— Je ne veux même pas l’envisager, dit-il avec un mouvement de recul. Très mal… très, très mal ! Quand je pense à elle, je la vois encore haute comme trois pommes, avec des couettes et jouant à la poupée. Un homme de trente-quatre ans, le décalage est trop grand. En plus, ton ex est un chaud lapin !
— Mais non…
— Si… Mia m’a dit tout à l’heure que le beau Jonas traîne une sérieuse réputation de tombeur. Depuis son retour, il enchaîne les conquêtes…
En s’endormant, Léopoldine se remémore les derniers jours depuis leur arrivée. Les travaux, la césarienne de Joséphine, le contrat de mariage, les filles et leurs amoureux, elle n’a pas encore profité de son séjour. La jeune maman rêve de se promener sur la côte sauvage avec ses petits et son amoureux, sans penser à rien.
Demain, peut-être…
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