À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Le cancrelat
— Ma Léo, ma Léo, j’ai eu deux « très bien ! ».
En se baissant à sa hauteur, Léopoldine prend Oscar dans ses bras, le félicite en lui replaçant quelques mèches de cheveux. Main dans la main, ils quittent la cour de l’école.
Trois semaines se sont écoulées depuis le décès d’Éloïse – la maman d’Oscar –, lors d’une chute après une dispute avec Adam. Il fut mis hors de cause par les autorités néerlandaises, mais Léopoldine a développé une haine pour ce type qui dépasse tout, et ne cesse d’augmenter. Ses craintes et ses doutes étaient fondés, ils vont de surprises en surprises. Adam n’est pas son compagnon, mais son mari. L’enquête a révélé qu’ils avaient convolé en juillet, en catimini, entre deux témoins. Même Oscar l’ignorait. Et chose encore plus étrange, Éloïse s’est mariée en France, sans chercher à le voir.
Entre ses chantages et ses demandes totalement fantaisistes, pas un jour sans qu’ils n’entendent parler d’Adam. Toutes les communications se font par l’intermédiaire de leur avocat, mais après moult tentatives de sa part pour les joindre, bloquer son numéro n’a pas suffi, ils ont dû se résoudre à en changer.
Trois jours après le décès d’Éloïse, il leur a fait savoir qu’il n’envisageait pas de rapatrier son cercueil en France si Nathan ne prenait pas en charge tous les frais, ainsi que les obsèques. Ils s’y sont pliés pour le bien d’Oscar. La jeune femme repose dans un petit cimetière de l’Ouest parisien, auprès de ses parents. Ni Léopoldine ni Oscar n’y ont assisté. Il ne le souhaitait pas, et une consœur de Léopoldine – pédopsychiatre – leur a conseillé de ne pas insister. Revoir Adam aurait été un nouveau traumatisme qu’il était inutile de lui infliger. Le petit ne s’est pas encore rendu sur sa tombe. Un jour viendra, il en ressentira le besoin. Léopoldine et Nathan seront là pour lui tenir la main.
Les obsèques civiles ont été expédiées en deux heures. Un oncle, quelques cousins et des amis étaient présents et manifestement, personne ne se connaissait. Adam avait été prévenu de ne pas s’approcher de Nathan. Il s’y est plié, mais n’a cessé de le fusiller du regard.
La semaine dernière, la tension est montée d’un cran. Il refuse de restituer les affaires d’Oscar sans avoir une conversation avec eux. Ne pouvant s’y résoudre, avec l’aide de son ancienne institutrice, la jolie Léane, son album de photos de classe a été reconstitué. Pour le reste, les jouets et autres sont remplacés au fur et à mesure de ses demandes. Rien n’est impossible, à qui veut sans donner les moyens.
Patiemment, Nathan et Léopoldine constituent un dossier contre Adam. L’enquête a révélé qu’il avait frappé Éloïse au moins une fois, dix-huit mois plus tôt. Elle avait déposé une main courante à la gendarmerie. Léane leur a appris qu’il avait également frappé Oscar. Elle s’était étonnée de le voir triste et il lui avait raconté en détail. Sa maman avait été convoquée et n’avait pas nié. Elle s’était contentée de minimiser les faits en expliquant qu’il ne s’agissait que d’une petite fessée et que cela ne se reproduirait plus. Léane et la directrice leur ont proposé de rédiger une attestation sur l’honneur. À chaque nouvelle découverte, Léopoldine est en ébullition. Elle n’a jamais souhaité le décès de personne, elle est médecin, mais depuis trois semaines, elle rêve de le voir mort. La succession d’Éloïse va s’ouvrir dans les prochains jours, Nathan s’attend à d’autres remous.
Malgré sa tristesse, Oscar poursuit sa vie d’écolier. Léopoldine œuvre pour que tout se passe bien et le plus normalement possible. Elle veille sur lui comme une louve. Il parle peu de sa maman, exclusivement à elle. Jamais, la future maman ne le laisse sans réponse, même si, pour elle aussi, c’est difficile. Elle sait trop bien la peine et le manque qu’il porte en lui.
Mia – la fille de Nathan – et son amie Olivia terminent leur séjour à Quiberon et seront de retour ce soir avec leurs petits amoureux : Maël et Armel. Demain est un grand jour : Mia fête ses dix-huit ans. Léopoldine a préparé activement cet événement avec l’aide d’Anna, sa bonne fée, toujours fidèle au poste. Toute la bande au grand complet sera réunie.
Dans cette douceur automnale de fin du jour, Nathan rentre à l’instant d’un concert à Strasbourg. Il observe la scène de loin, fait plaisir à ses yeux. Son fils et la femme de sa vie marchent lentement dans la rue en direction de leur appartement. On aperçoit à peine son petit ventre rond sous sa vareuse bleu délavé. Ses cheveux bouclés qu’elle rapporte d’un geste de la main sur le côté, il la trouve belle, épanouie. La maternité l’a embellie. Oscar lui tient la main, la regarde en lui parlant. Léopoldine lui sourit, puis lui pose sa petite menotte sur son ventre, Oscar éclate de rire. Hypnotisé, remué par la scène, le futur papa les rejoint lorsqu’ils pénètrent dans l’entrée. Les effusions ne se font pas attendre. Nathan est absent depuis seulement trois jours, mais ses retours sont à la hauteur de ses départs. Il les embrasse, caresse le ventre de Léo.
— Mes amours… vous m’avez manqué. Terriblement manqué !
Une fois chez eux, Nathan la questionne sur l’organisation du week-end. Il est heureux de fêter l’anniversaire de son grand poussin, mais inquiet de la fatigue inévitable qui s’ensuivra. Avec les multiples contrariétés engendrées par le décès d’Éloïse, la fin de grossesse de sa belle est tout sauf sereine.
— Combien as-tu invité de personnes ?
— Dix-sept…
— Léo, c’est beaucoup trop…
— Tout est parfaitement organisé. Anna et Simon dormiront dans leur appartement, les petits amoureux dans le mien, Joséphine et sa famille chez Léandre, Maude et Pierre avec nous dans la chambre de Mia.
— Joséphine vient ?
— Son gynéco lui a donné le feu vert. Ce sera la dernière fois que l’on se verra avant les naissances. Elle ne tient plus, sourit-elle dans l’espoir de calmer ses inquiétudes.
— Léandre et Dominic ont accepté de la prendre chez eux ? Tu me fais marcher ?
— J’avoue… ce ne fut pas simple ! Elle éclate de rire. Ils ont planqué tous les objets fragiles et Dominic lui a téléphoné hier. Dans un français parfait, le bel anglais lui a clairement signifié qu’elle ne devait sous aucun prétexte toucher à quoi que ce soit, surtout pas les appareils ménagers. De plus, elle a l’interdiction de mettre le pied à terre avant 8 heures, sous peine d’être expulsée « manu militari » !
— Elle est d’accord ?
En haussant les sourcils, il affiche son doute.
— Elle a dit oui à tout sans moufter, et m’a rappelée dans la foulée en me hurlant que depuis qu’ils vivent vers nous, Dominic est devenu pire que toi. Elle te soupçonne de lui monter le bourrichon.
Oscar lit gentiment dans sa chambre, elle saute sur l’occasion. Assise sur le canapé, Léopoldine fait lentement tournoyer un fond de thé dans sa tasse, Nathan l’écoute tout en faisant un premier tri dans sa montagne de courriers. Elle tapote de la main la place à côté d’elle en lui faisant signe de venir.
— Tu as des nouvelles d’Adam ?
— Il est de retour à Paris. Notre avocat m’a dit qu’il continue de lui téléphoner tous les jours. Il persiste à vouloir me rencontrer, soupire Nathan en ouvrant une enveloppe.
— Il s’est pointé à la sortie de l’école.
Il en lâche le courrier sur le point d’être lu.
— Qu’est-ce qu’il foutait là ?
— Tout mon corps tremblait. Quand il s’est approché de nous, tu aurais vu la terreur dans les yeux d’Oscar. Je ne le connaissais pas, je ne me suis pas méfiée. Planqué derrière moi, il hurlait : « Léo, il est là, il est là ». Il s’est très vite présenté et la conversation est partie en vrille, dans la rue et devant Oscar.
— Qu’est-ce qu’il voulait ?
— Te voir. Il espérait tomber sur toi. J’ai demandé à Annabelle – la maman de son copain – de prendre Oscar cinq minutes dans sa voiture : le temps de pulvériser ce sombre connard. Je l’ai défoncé. Tout le monde nous regardait. Je lui ai hurlé qu’il n’avait plus intérêt à se pointer devant l’école, qu’une main courante allait être déposée contre lui.
— Qu’est-ce qu’il a dit ?
— Son baratin habituel… que je n’ai pas à lui interdire quoi que ce soit ! Je ne suis que ta nana, alors qu’il est son beau-père. Mon sang n’a fait qu’un tour. Je lui ai répondu qu’il n’est personne, tout juste un cancrelat qui n’a apporté que malheur et tristesse dans sa vie.
— Tu lui as parlé du document déposé par Éloïse, te confiant Oscar en cas de décès ?
— Non, je le garde sous le coude. Pour le moment, je préfère qu’il ne sache rien.
— Et après, il s’est barré ?
— J’ai fait demi-tour en le plantant là, mais ce con m’a attrapée par le bras pour me stopper. Il n’en avait pas terminé.
Nathan plisse les yeux en se doutant de ce qui va suivre.
— Je ne lui ai rien fait, mais ce n’est pas l’envie qui me manquait. Romuald, tu sais le militaire, le papa de Gaston ?
— Oui, oui, je vois… l’armoire à glace !
— Il a collé Gaston dans la bagnole d’Annabelle et a rappliqué en trois secondes. L’autre n’a pas eu le temps de dire ouf ! Il s’est retrouvé plaqué contre un arbre, ses pieds ne touchaient plus terre. Adam lui ordonnait de le lâcher, mais Romuald le maintenait fermement en lui hurlant qu’il n’aimait pas les freluquets qui bousculent une femme enceinte. D’autres parents très réactifs avaient déjà prévenu la gendarmerie. On a vu arriver une équipe mobile, toutes sirènes hurlantes, un vrai film d’action.
Dans un claquement, Nathan pose sa tasse de thé qu’il était sur le point de porter à ses lèvres.
— Tu déconnes ?
— Non… Ils l’ont embarqué et ont pris les dépositions des personnes présentes. Mon avocat s’est occupé du reste. S’il nous approche à nouveau, il va avoir de gros problèmes.
— Et Oscar, après ?
— Perturbé… Le lendemain matin, en allant à l’école, il regardait autour de lui. Maintenant, ça va, je lui ai bien expliqué toutes les démarches faites, il est rassuré.
— Il est taré ce mec !
— Nathan… il veut quelque chose. Il s’en fout d’Oscar. Réfléchis !
— Je ne fais que ça et je ne trouve pas !
Il enserre son visage de ses mains, pose un baiser sur ses lèvres.
— Une fois de plus, tu as dû te dépatouiller avec tous ces problèmes. Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
— Tout était sous contrôle. Le plaisir de voir Romuald le plaquer contre l’arbre vaut bien tout le reste. Si j’avais eu un flingue à ma portée, il était mort !
Nathan imagine aisément l’état dans lequel elle devait être. Dès qu’elle doit sortir les crocs pour protéger sa famille, Léopoldine ne fait pas dans la dentelle. Elle mord le plus fort possible, pour ne pas avoir à y revenir. Mais cette fois, une petite voix intérieure leur dit qu’ils n’en ont pas terminé avec lui.
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