À demain… un autre jour (À NOS Vies À Y Croire À NOS Âmes SŒURS t. 3) (French Edition)
Un bébé garçon
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, l’ambiance n’est pas à la joie et à la bonne humeur. Cette situation pèse à Nathan, Léopoldine le sait, mais ne lui accorde aucun intérêt. Elle le laisse allègrement patauger dans son désarroi et sa culpabilité. Elle n’a aucune idée du temps qu’elle tiendra, son désir de marquer le coup reste trop présent. Pour pouvoir tirer des leçons de ses erreurs, son amoureux doit souffrir. Sans cela, la star va vite passer à autre chose.
Malheureusement pour lui, cela dure encore plusieurs jours. Une semaine s’est écoulée et sa belle ne lui prête aucune attention. Totalement absorbée par son rôle de maman, Léopoldine ne partage plus rien avec Nathan. Elle fait taire les signaux que son cœur lui envoie, lui n’en peut plus. Il l’a sous les yeux, mais ne peut s’en approcher. Il passe ses journées à chercher un moyen pouvant débloquer la situation, mais tout ce qu’il tente, sa femme n’y répond pas favorablement. Les premiers jours, il lui a fait livrer de magnifiques bouquets de fleurs, qu’elle a déposés dans son studio. Dans un même temps, il lui a écrit des déclarations enflammées qu’il a déposées sur son oreiller, il les a retrouvées dans la poubelle de la salle de bains. Sans vouloir entretenir sa dépendance aux douceurs cacaotées, il lui a offert des chocolats, qu’elle mange, mais cela n’a pas détendu l’atmosphère pour autant. Ce qu’elle veut, il le sait. Léopoldine attend qu’il lui renvoie la balle, à savoir : le planning de la prochaine tournée remanié. Parfois, Nathan s’entête, s’accroche à l’idée qu’elle va céder. Mais plus les jours passent et plus il doit se rendre à l’évidence : elle préférera rompre plutôt que de plier. Elle ne veut pas d’un papa absent qui viendra embrasser leurs petits deux jours par-ci et deux jours par-là. Il a espéré, désiré la naissance de Jasmé : à lui de mettre tout en œuvre pour être présent. Nathan a changé les règles du jeu sans l’en avertir. Il a déplacé les lignes et remplacé les vieilles balles par des nouvelles. S’il ne souhaite pas voir sa femme terminer la partie « jeu, set et match » : c’est lui qui va devoir plier.
Beau comme un astre, les cheveux encore humides et bouclés, Léandre fait son entrée dans l’appartement. Même en tenue décontractée, il en jette. Mia se moque de le voir arriver en bermuda écossais en cette fin novembre. Léandre est tout sauf frileux, il souffre plus facilement de la chaleur. C’est bien là, la seule différence notable avec Léopoldine. Elle n’apprécie pas le froid sec, le gel.
Mia se pend à son cou en lui susurrant qu’il sent bon, et en le reniflant plusieurs fois. Léopoldine a deviné la merveilleuse nouvelle. Ne voulant pas lui gâcher son plaisir, elle ne laisse rien paraître. Il la prend dans ses bras, lui chuchote à l’oreille.
— J’aimerais tant effacer toute cette histoire de ma mémoire et surtout de la tienne.
— Ça viendra, lui sourit-elle. Ma lassitude face aux quinze derniers jours, c’était trop. Les paroles de Joséphine m’ont paru d’une telle violence, ma colère a tout emporté. Je ne pouvais plus faire la part des choses.
Léopoldine n’éprouve aucune rancœur à l’égard de Léandre, encore moins envers Maude et Pierre, pas même de Nathan. Cette fois, ses alarmes intérieures n’ont pas fonctionné. Elle aurait dû faire preuve d’une plus grande vigilance, s’intéresser davantage à sa tournée, qu’elle savait en préparation. Sans lui donner de limites, il a traversé la ligne blanche, roule à gauche depuis des semaines. Faire machine arrière, abandonner des projets aboutis, en sera-t-il capable ? Elle l’ignore, mais elle tient bon.
Les deux filles de chaque côté de Léandre, Nathan les rejoint dans le salon. Avant même de faire sa déclaration, ses yeux s’animent d’un tel bonheur, tout son visage le trahit.
— Nous allons adopter un bébé garçon.
La petite libellule est la plus rapide. Elle se pend à son cou, suivie de Léo et de Nathan.
— C’était la raison de notre voyage à Londres il y a quinze jours. Très vite, nous allons accueillir un petit de quatre mois, nous l’avons déjà rencontré… un amour.
— Vous avez choisi un prénom ? trépigne d’impatience Mia.
— Pas encore… Dominic aime beaucoup Jasper. Vous en pensez quoi ?
Jasper obtient l’unanimité.
— Demande à Dominic de nous rejoindre pour le dîner. Un compagnon de jeu fera le plus grand bien à Oscar, il se sent désemparé sans Théo.
Léopoldine s’est surpassée en cuisine. En une heure, elle leur a concocté des figues rôties au chèvre et miel, sur un lit de mâche, et des linguines aux gambas. Dominic et Léandre la complimentent plusieurs fois.
— Je progresse chaque jour dans mon nouveau métier.
— L’appel du bistouri commence à tinter ? lui demande Dominic.
— À l’entrée de Jasmé en maternelle, je reprendrai le chemin de la chirurgie, mais pas à Paris. J’étudie les possibilités en Bretagne. Oscar en meurt d’envie et moi aussi. Moins de stress, moins de pollution, pour les petits, c’est mieux.
Le message s’adresse explicitement à Nathan. Léopoldine trouve le temps long. Elle lui fait entendre que jour après jour, sa situation se détériore. Vu la pâleur de son visage, il a parfaitement saisi. Sans rentrer dans cette conversation, eux aussi ont compris. Léandre et Dominic leur racontent qu’ils vont travailler à mi-temps. Ils gagnent correctement leurs vies, peuvent se le permettre. S’occuper de leurs deux petits n’a pas de prix.
— Léo, nous allons élever nos bébés côte à côte. Nous irons au parc, récupérer nos grands à l’école ensemble. Ce dont nous rêvions à Quiberon, nous allons le vivre à Paris, s’enflamme Léandre.
Tout le monde remarque la tristesse dans les yeux de Léopoldine, mais elle continue de lui sourire.
— Tu as des nouvelles de Joséphine ? tente Dominic.
— Non, mais j’ai eu Maudy au téléphone plusieurs fois. Rose et Théodore vont bien, pour le reste, je fais une pause.
Après le repas, Léandre et Dominic descendent retrouver Nathan dans son studio. Léo en profite pour donner le biberon à Jasmé : une petite bouille d’amour qui s’est bien remplumée. Toute ronde, ses yeux paraissent encore plus bridés. Quand les trois garçons reviennent, ils se la passent de bras en bras.
— Léo, elle tète son pouce ? s’étonne Léandre.
— Oui, elle fait comme son papa.
Mia est collée, presque avachie sur Léandre. Il lui demande en souriant des nouvelles de son petit copain.
— Maël va bien. Je le retrouve le week-end prochain à Quiberon.
— Formidable et rassurant, éclate-t-il de rire. Depuis mon arrivée, tu te vautres sur moi.
— Léandre, on craquera toujours pour toi. Tu es comme un super gâteau qui nous fait envie, mais que l’on ne mangera jamais…
— C’est bien la première fois que l’on me compare à un gâteau, éclate de rire le beau gosse. Surveille ta ligne !
Mia pique un fard en voyant son papa la fixer avec insistance et réprobation.
Léopoldine craint que l’ambiance familiale figée pèse sur Oscar et Mia. Pour apporter une projection joyeuse à leur prochain week-end à Quiberon, elle propose à Léandre et Dominic de se joindre à eux. Son ami n’est pas franchement partant.
— Je ne veux pas croiser José.
— Si les feux ne passent pas au vert, elle n’osera pas venir.
Tout en cajolant sa petite, elle leur raconte qu’elle achète une maison à côté de chez eux. Léandre la connaît, la félicite pour cette excellente acquisition.
Jasmé s’est endormie contre sa maman, elle s’éclipse deux minutes pour la déposer dans son nid. Léandre la suit, en profite pour lui parler de Nathan. Ce n’est pas dans ses habitudes, il prend des pincettes.
— Léo… il est malheureux et il essaie de modifier sa tournée… Mais pour les dates en Europe, c’est beaucoup plus compliqué.
— Nathan essaie de gagner du temps en espérant que je vais finir par m’en accommoder. Je ne veux rien savoir des problèmes qu’il rencontre. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est ma vie et celles de nos enfants pour les trois ou quatre ans qui viennent. La vie n’est simple pour personne. Quand vient le moment des choix, des sacrifices sont attendus, des renoncements. Nathan n’en a pas l’habitude.
Vers minuit, Léandre monte chercher leur fils endormi dans le lit d’Oscar et ils prennent congé. Les deux garçons sont contrariés pour Nathan. Aussi combatif qu’un bébé phoque, toute la soirée, c’est à peine s’ils ont entendu le son de sa voix.
Sous sa douche, Léopoldine le voit arriver. Pas besoin de chercher, elle sait qu’il veut lui parler, ses tics ont fait leurs retours. Appuyé contre la vasque, il attend le coup d’envoi de la conversation en s’ébouriffant les cheveux et en se grattant la barbe.
— Il est tard, je suis fatiguée et l’humeur n’est pas aux devinettes.
— Le week-end prochain, j’ai des rendez-vous, je ne vais pas pouvoir venir à Quiberon.
Sans s’en émouvoir, elle s’enroule dans une serviette, retire ses lentilles.
— La belle affaire ! Nous allons très vite nous habituer à ton absence. Une tournée de deux ans, c’est très long !
Il soupire d’agacement. Son attitude, le fait qu’il se pose en victime énerve prodigieusement sa femme.
— La partie n’a que trop duré et tu sous-estimes ton adversaire. Dans l’hypothèse où je devrai te couper le bras pour protéger nos enfants alors que tu n’as qu’un panaris, je n’hésiterai pas. Si d’ici la fin de semaine, je n’ai pas ton planning devant les yeux, je reste définitivement à Quiberon.
Nathan part en claquant la porte, ce qui a pour effet de réveiller Jasmé en sursaut. Pour la calmer, sa maman la prend dans ses bras, la berce doucement. Elle attrape son pouce, se rendort en deux secondes. Sans se soucier de lui, Léopoldine se couche. À trois heures, elle sent un bien grand vide. À sa place, il a déposé le courriel dans lequel il demande les modifications des dates et la suppression de la moitié des concerts en Europe. Elle le cherche dans la maison, le retrouve dans son studio devant son ordinateur. Nathan la sent s’approcher, mais ne bouge pas. Doucement, elle fait glisser sa main dans ses cheveux. Il pivote, l’attire contre lui, plaque son visage contre son ventre. Elle lui caresse le cou, lui effleure le dos, le sent frissonner. Nathan s’extirpe de sa chaise, l’embrasse en soupirant de soulagement, de désirs.
— Viens te coucher… la partie est terminée !
Quelques minutes plus tard, dans les bras l’un de l’autre : la nuit de la réconciliation. Enfin…
Le jour se lève à peine, mais l’estomac de Jasmé crie famine. Elle a beau patienter en tétant son pouce, elle émet des signes de lassitude en râlant par à-coups.
— Reste encore un peu !
— Je vais chercher son biberon, je reviens…
Pour encore deux heures, ils se rendorment tous les trois puis un petit garçon rejoint la meute. Oscar s’installe entre eux, caresse doucement sa sœur.
— Ma Léo, pourquoi papa dort tout nu ? s’étonne-t-il à voix basse sans crier gare.
— Bonne question ! Demande-le-lui, glousse-t-elle d’avance.
Oscar n’attend pas l’explication, il file dans la cuisine retrouver Mia qui déjeune. Sans pour autant considérer ses interrogations comme des sujets tabous, Nathan n’est pas à l’aise avec Oscar. Il craint d’avoir un vocabulaire inadapté et le dirige systématiquement vers Léopoldine.
— Tu me tortures encore. Tu es si douée pour lui répondre.
— Ce n’est pas à toi qu’il a demandé, comment Jasmé était sortie de mon ventre… et comment elle y était entrée, rigole-t-elle en le voyant blêmir.
— Tu lui as dit quoi ?
— La vérité… j’ai fait simple. Je lui ai acheté un petit livre expliquant tout parfaitement aux enfants. Pénis, vagin, utérus n’ont plus de secrets pour lui. Il fera peut-être gynéco, qui sait !
— Punaise, j’ai échappé à ça, constate-t-il en plongeant sous son oreiller.
Mia la tête dans son bol de céréales tente une question.
— Léo, Olivia peut venir avec nous le week-end prochain ?
Tout en versant l’eau dans la bouilloire, elle pèse le pour et le contre.
— Elle parle encore de Jonas ?
— Oh non, pas même avec moi ! Elle a flashé sur un garçon à la fac, la rassure-t-elle en sifflant cul sec son jus d’orange.
— Demande à ton papa… S’il valide, je n’ai pas d’objection.
Olivia fera donc partie du voyage, Nathan n’a pas mis son veto. Léandre, Dominic et le petit Léo feront le trajet en train. Ce week-end enchante tout le monde, mais Nathan boude. Il vient à peine de retrouver les bras de sa belle, les quitter à nouveau n’est pas dans ses plans.
— Tu vas le regretter. Tu seras tout seul à Paris, et nous, on va bien s’amuser, le nargue Léo en observant sa réaction.
Et il cogite vite Nathan. À la seconde où il adopte sa mine de petite bernique en détresse, elle capte.
— Si tu fais l’enregistrement au violoncelle, je plaque tous mes rendez-vous.
— Tu reprends vite la confiance ! Naïvement, je pensais que ta demande prendrait un jour ou deux. Deux pitbulls dans ma vie, c’est beaucoup !
— Notre maison de disques me met la pression, l’album devait être finalisé depuis des semaines et nous en sommes très loin. J’ai accédé à toutes tes exigences, un petit effort ?
— J’en concède à ma condition. J’enregistre ici !
— Le son ne sera pas bon.
— À toi de voir…
— Comment te faire changer d’avis ?
— Commence par me présenter le calendrier définitif de ta gigantesque tournée.
— Elle ne débutera pas avant un an et je ne validerai rien sans t’en parler.
Nathan passe la journée à essayer de la convaincre. Il lui montre le planning, ce qui ne la rassure pas le moins du monde. Il est dépité. Si Léo n’enregistre pas cette semaine, elle ne pourra pas figurer sur l’album. En fin d’après-midi, il se résigne, mais comme il le prévoyait, le résultat est plus que médiocre. Ils se mettent d’accord pour se rendre dès le lendemain dans un studio parisien. Oscar sera pour la journée à l’école, Anna viendra garder Jasmé.
Il y a encore une chose qu’ils doivent éclaircir. Nathan veut clore une bonne fois pour toutes les allégations de Joséphine.
— Léo, tu ne m’as pas interrogé sur cette journaliste avec qui j’avais une relation avant nous.
Sa femme le regarde en souriant.
— Pour quelle raison le devrais-je ?
— Joséphine a affirmé que je t’avais trompée en t’affirmant que j’étais libre.
— Je sais, tu ne m’as pas menti.
— ...
— Votre histoire a duré quelques mois, mais elle était terminée à notre première rencontre.
— Je peux te demander d’où tu tiens ces infos ?
— Non, tu ne peux pas…
Ils viennent de se retrouver, Nathan ne souhaite pas envenimer les choses. Après tout, peu lui importe la manière dont elle l’a appris. Elle connaît la vérité, c’est tout ce qui compte.
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