Bad Queen (French Edition)

Magali Lefebvre · Chapitre 15 sur 60

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Bad Queen (French Edition)

Chapitre 14

Violaine accompagna donc la délégation diplomatique. Durant le voyage, ses compagnons la questionnèrent sur sa présence, sans se montrer pressants. Ils connaissaient son don de clairvoyance et jugeaient logique que la reine utilise cette capacité providentielle, alors que la guerre menaçait leurs frontières.

Ils voyageaient tous trois entassés dans un coche. Violaine n’appréciait guère cette promiscuité, accentuée par les soubresauts de la route. Elle se trouvait soulagée à chaque étape, dans les auberges, quand elle pouvait enfin jouir d’un lit pour elle seule. Pourtant, ses compagnons n’étaient pas de mauvais bougres. Olivier, malgré son apparente austérité, aimait les jeux d’esprit et savait distraire le groupe durant le long trajet. Hyacinthe possédait des manières raffinées et, s’il observa d’abord Violaine avec réprobation, bousculé par ses manières franches, il finit par se prêter aux conversations animées qu’elle nouait avec Olivier.

Quelquefois, Violaine passait la tête à l’extérieur, tant pour bénéficier d’une bouffée d’air frais que pour essayer d’apercevoir, peut-être, Vivien et Anicet. Elle avait revu le ménestrel à deux reprises, depuis son installation à Rosehaÿ, et Vivien lui avait assuré que le mercenaire se portait bien. Il l’engageait toujours pour ses trajets.

Le coche franchit la frontière après avoir longé une chaîne de montagnes inhospitalières, qui séparait les deux royaumes. Violaine cessa de chercher à sortir de l’abri du véhicule. Un groupe de soldats avait été détaché par Rowan pour les accompagner. Cette escorte armée inquiéta Violaine, qui voyait en ces hommes vêtus de noir, avec les armoiries rouges de leur souverain pour toute couleur, d’effrayants porteurs de mort. Sa vision ne l’aidait pas à se détendre. Olivier lui expliqua que leur présence était nécessaire pour les protéger des créatures qui infestaient ces terres.

De fait, durant les cinq jours que dura la route entre la frontière et Ruadh, ils subirent trois attaques, et Violaine se félicita d’avoir emporté son poignard. Elle le dégaina lorsqu’une jeune wyverne se jeta tous crocs et griffes dehors sur la troupe, son corps massif percé des flèches tirées par les archers dès qu’ils l’avaient aperçue au loin. Hyacinthe contempla la lame avec des yeux horrifiés. Les soldats de Rowan, rompus à l’exercice, arrêtèrent toutefois le monstre avant qu’il puisse s’en prendre au coche. Le poignard de Violaine resta vierge de tout ichor. Hyacinthe n’osa lui faire aucune remarque, et elle lui en sut gré. La rapidité et la violence de l’assaut l’avaient laissée les nerfs à vif.

La deuxième fois, ils eurent affaire à un kelpie, alors qu’ils longeaient un lac. Même leur escorte armée peina à s’en tirer, l’animal se montrant particulièrement malin. Ses capacités de change-forme terrifièrent Violaine avant qu’il ne soit enfin éliminé par les soldats.

Elle sortit de nouveau son poignard quand des chiens noirs les attaquèrent. Ils ressemblaient à des chiens ordinaires, si ce n’était leur taille peu commune et leurs yeux d’un rouge luminescent. Cette apparence presque familière aida Violaine à recouvrer son sang-froid, ainsi que le souvenir de sa lecture de l’ouvrage naturaliste prêté par Églantine, qui détaillait les espèces et lieux de vie des monstres. Les soldats éliminèrent la plupart des chiens, mais l’un d’eux glissa la tête dans le coche. Les mâchoires redoutables claquèrent. Poussée par ses réflexes de combattante, Violaine enfonça la lame dans l’œil de la bête jusqu’à la garde. Elle le tua sur le coup. Ils se trouvaient alors à une journée seulement de la capitale, et c’est la robe et les mains poisseuses d’ichor que la jeune femme entra dans la cité de Ruadh.

La capitale de Talamh Dorcha contrastait avec celle de Valfleuri. Ici, point de fleurs débordant des rebords de fenêtres ni de parfum prégnant de roses dans les rues. Une poussière de rocaille volait derrière le pas des chevaux comme des passants, son odeur âcre piquant les narines. Les maisons étaient serrées les unes contre les autres, sans la moindre touche de fantaisie. Le château du monarque ne dérogeait pas à cette apparence austère. Ses murailles épaisses ouvraient sur une cour pavée, laissant voir les bâtiments le composant, tout en angles et de pierre brute. Les murs se perçaient ici et là d’archères, et les fenêtres à croisillons n’étaient agrémentées d’aucune couleur.

C’était le château fort d’un roi qui gouvernait un pays de montagnes arides, sans la liberté de se pourvoir du luxe d’abondance dont jouissait Valfleuri.

Personne ne jugea la toilette de Violaine, et elle se rafraîchit avant de rejoindre Olivier et Hyacinthe, qui s’étaient déjà mis au travail. Ils révisaient toutes les informations en leur possession, notamment les derniers rapports transmis par les espions, afin d’affiner au mieux leurs interactions à venir.

— Nous avons relevé de nombreux préparatifs militaires, ce qui signifie qu’il va falloir user de prudence dans nos propos, tout en tâchant de nous placer dans les bonnes grâces de Rowan.

Violaine l’écoutait avec attention. Elle avait conscience que, si elle n’y était pas vigilante, son caractère pourrait mettre à mal les efforts de ses compagnons.

Hyacinthe, quant à lui, affichait une indifférence affectée. Mais, à la façon dont ses lèvres se tordaient parfois, il n’en était pas moins attentif aux recommandations d’Olivier.

— Cela dit, avec les bons mots et en influençant les bonnes personnes, nous pouvons encore apaiser les choses avant que le conflit armé n’éclate, conclut Olivier.

Il brandit une feuille.

— J’ai pu obtenir la liste des invités qui seront présents demain soir, au banquet officiel.

Hyacinthe saisit le document et le parcourut rapidement avant de le lui rendre. Olivier se tourna vers Violaine. Il tapota la liste.

— Tu seras parfaite pour cuisiner celui-ci, ce soir !

Il souligna un nom du doigt, et elle se pencha pour le déchiffrer.

— Ciaran Laoch ?

Olivier hocha la tête.

— C’est un officier fraîchement nommé.

Elle fronça les sourcils. Extorquer des renseignements d’un militaire de haut rang, même récemment promu, ne lui semblait pas une idée judicieuse. À moins que ses compagnons n’estiment que son passé de combattante soit un atout, auquel cas ils se fourvoyaient – son père comme ses supérieurs hiérarchiques s’étaient bien assez plaints de sa langue trop acérée.

— Olivier a raison, renchérit Hyacinthe, toi seule pourras, grâce à ton Don, obtenir des informations utiles. Et peut-être même – il étira un sourire gouailleur – le séduire et le pousser à l’erreur, qui sait ?

Elle lui jeta un regard noir.

— Ce n’est pas mon genre de minauder.

Il cessa de sourire.

— Je sais. Tu préfères jouer du couteau.

Elle allait répliquer avec aigreur, quand Olivier intervint :

— Suffit, vous deux ! Violaine, bien que j’aie apprécié l’usage que tu en as fait durant le voyage, je ne peux pas te laisser te promener dans Ruadh avec une lame cachée sous ta robe. Si quelqu’un la voyait, vu le contexte, cela sonnerait la ruine de nos efforts. Compris ?

Si Violaine lança un nouveau coup d’œil furibond à Hyacinthe, elle se rendit pourtant à l’argument d’Olivier. Elle se pencha, détacha le fourreau ceint autour de sa jambe et le posa sur la table, avec le poignard sagement rangé dedans.

— Bien. Quant à toi, Hyacinthe, puisque séduire les autres semble te tenter, tu t’occuperas de charmer l’entourage du roi, voire Rowan lui-même !

L’intéressé grimaça, et Olivier éclata de rire devant sa mine déconfite, bientôt rejoint par Violaine.

Ils reprirent rapidement leur sérieux et, ensemble, quittèrent les appartements qui leur avaient été attribués pour entamer une longue après-midi d’amabilités et de tractations diplomatiques, avant de passer la soirée avec leurs cibles respectives.

 

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