Bad Queen (French Edition)

Magali Lefebvre · Chapitre 33 sur 60

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Bad Queen (French Edition)

Chapitre 32

Cette fois, quand ils se séparèrent pour reprendre leur souffle, Ciaran ne repoussa pas Violaine. Pas après les paroles échangées. Surtout pas après la force qui gisait dans leurs non-dits, reliant un pont invisible entre eux. Au contraire, ses mains, qui entouraient fermement la taille de Violaine, commencèrent à dénouer les liens de cuir qui attachait les pièces de son armure. En réponse, Violaine dégrafa la ceinture qui portait son épée et laissa tomber son arme au sol, dans un fracas métallique auquel son armure, qui rejoignait le même chemin, fit écho. Elle s’étira encore sur la pointe des pieds et chercha sa bouche. Il s’empressa de répondre à son appel muet en se penchant vers elle, comme pour se faire pardonner leur premier baiser avorté.

Tout en l’embrassant, Ciaran passa sa main dans les cheveux de Violaine, défit au passage une partie de sa natte. Elle sentait faiblement la lavande, une fragrance légère sans doute laissée là par son dernier bain.

Violaine glissa les doigts sous la tunique du chevalier, suivit le contour régulier de sa musculature discrète. Puis elle remonta dans son dos et se pressa contre lui, libérée de l’obstacle formé par l’armure. Attisée par un désir qu’elle n’avait plus à contenir, elle le poussa doucement vers le lit. Il s’écarta d’elle le temps de s’asseoir et d’enlever ses bottes, la respiration lourde, et elle profita de ce temps pour se débarrasser des siennes. Elle ne le laissa pas retirer tout de suite son pantalon, elle voulait encore goûter à ses lèvres. Elle s’assit sur lui et, cette fois, elle n’eut pas à lever la tête pour cueillir sa bouche. Ciaran croisa ses mains derrière le dos de la jeune femme. Il bascula en arrière, sur le lit, et entraîna Violaine contre lui. Quelques mèches des longs cheveux bruns de la jeune femme, échappées de sa natte, tombèrent de chaque côté de sa tête. D’une main distraite, Violaine chassa les plus inopportunes.

Alors qu’elle le chevauchait toujours, Ciaran lui dénuda avec empressement le buste. Envolés ses doutes, ses tourments. Il les chassait loin de lui. Il répondait à l’appel ardent, de son corps comme de son âme, qui le poussait irrésistiblement vers Violaine. Cet instant n’appartenait qu’à eux, et il refusait de l’altérer. Avec fébrilité, il explora sa poitrine libérée de sa chemise, du bout des doigts, puis de la langue, ne se souciant aucunement des quelques cicatrices qu’il rencontrait au passage. Il en portait lui-même, c’était là les marques des combattants. Et quelle combattante était Violaine ! Le souvenir de leur bataille commune, l’assurance qu’elle était son égale sur le terrain, tout cela l’excita davantage.

Violaine repoussa doucement Ciaran, retrouva sa bouche, puis quitta ses lèvres pour l’embrasser sous la mâchoire, dans le cou, et plus bas encore en lui ôtant sa tunique. Elle goûtait sa peau, partout, heureuse de pouvoir agir à sa guise. Heureuse de pouvoir, enfin, s’offrir en toute confiance. Il lui avait donné sa parole, et jamais encore, personne n’avait connu ses secrets. Il l’avait pourtant pleinement acceptée, telle qu’elle se présentait, avec ses forces, ses failles, son Don. Elle aimait que Ciaran la traite en égale. Il l’avait toujours respectée, d’une certaine façon, même quand elle était sa prisonnière. Elle aimait qu’ils partagent le même attrait pour le combat, se fassent instinctivement confiance en pleine bataille. Elle comptait bien le lui prouver dans cet abandon complet d’elle-même.

Violaine se redressa. N’y tenant plus, Ciaran l’écarta doucement sur le côté, haletant, le temps qu’ils retirent chacun les barrières de tissu qui séparaient encore leurs corps.

Les derniers vêtements rejoignirent les autres, jetés au hasard. Ciaran enlaça Violaine, qui revint sur lui avec fougue. Il la laissa le chevaucher, lui confia les rênes de leur étreinte passionnée. Ses doigts glissèrent sur les hanches de la jeune femme, pendant que ses yeux prenaient plaisir à l’observer onduler du bassin sur lui. Elle ne dissimula ni son désir ni son plaisir. Il aimait qu’elle agisse au lit avec autant de franchise qu’en dehors.

Violaine savoura de pouvoir maîtriser ses mouvements en toute liberté. Ses précédents amants rechignaient à ce qu’elle prenne trop souvent l’initiative de leurs ébats, déjà gênés par sa domination à l’entraînement. Ses reins flamboyèrent, attisèrent la vague de jouissance qui l’emportait déjà. Elle se pencha tout à coup, gémissante, vint cueillir une nouvelle fois la bouche de Ciaran. Il était déjà en elle et, de ses mains, il lui agrippa les fesses pour appuyer leur étreinte, grognant de concert. Elle bascula sur le côté, se détacha brièvement de lui.

Incapable de rester loin d’elle même une minute, il vint sur elle, la pénétra à nouveau pendant qu’elle l’enfermait entre ses cuisses, le souffle brûlant. À son tour, elle l’empoigna pendant qu’il allait et venait en elle et guida subtilement ses mouvements pour mieux accentuer son propre plaisir. Ses doigts se contractèrent sur sa chair, et son corps s’arqua sous lui comme elle gémissait avec bruit. Le souffle court, désireux de la rejoindre, Ciaran accéléra la cadence. Quand il jouit à son tour, elle murmura quelque chose à son oreille, des mots très simples, mais qui l’emplirent d’une chaleur qui n’avait rien de physique. Il resta sur elle, tout en reprenant son souffle, le front appuyé contre le sien. Il passa une main caressante contre sa tempe blessée, puis le long de sa joue pendant qu’elle lui rendait son regard, son buste se soulevant comme elle retrouvait progressivement un souffle régulier, ses mains glissant dans son dos couvert de transpiration.

— Je t’aime, murmura-t-il en réponse à ces mots.

Ils s’embrassèrent. Le chevalier s’allongea au côté de la jeune femme. Épuisés, ils plongèrent l’un après l’autre dans le sommeil, leurs corps encore entrelacés.

*

Ciaran s’éveilla bien avant l’aube, tiré de son sommeil par quelque bruit lointain. Il se redressa à demi, frissonnant, et écouta attentivement, l’œil rivé sur la porte fermée. Rien ne bougeait. Il se détendit et se tourna vers Violaine, toujours endormie à ses côtés. Elle avait ramené le drap sur elle, mais il avait glissé et laissait paraître ses épaules nues, ainsi que la naissance de ses seins. De fines cicatrices zébraient sa peau. Ses cheveux défaits encadraient son visage serein. Son souffle était régulier. Ses rêves paraissaient doux, à voir l’expression de ses traits, apaisés. Ciaran sourit. Il avança la main et prit celle de Violaine qui reposait sur son ventre caché par le drap. Elle remua un peu, mais d’instinct, ses doigts se refermèrent sur les siens.

Tout à la contemplation de son amante assoupie, le chevalier repensa à ce qu’elle lui avait dit juste avant, au sujet de son destin dont elle ignorait tout, elle, la clairvoyante. Il se souvint du premier interrogatoire qu’il avait mené, quand elle était encore sa prisonnière. Son regard s’attarda sur leurs doigts entremêlés.

Mon propre destin, comme celui des personnes qui y sont liées, me reste et me restera toujours fermé.

La phrase avait surgi dans son esprit, avec la voix de Violaine et une intonation identique à celle qu’elle avait eue à l’époque.

Il blêmit tout à coup, comme il réalisait, comprenant ce dont elle n’avait pas encore pris conscience.

Nos destins sont liés.

Ses yeux quittèrent le spectacle de leurs mains unies, remontèrent à nouveau vers son visage détendu. Violaine ne saurait jamais ce que les fileuses avaient prévu pour lui, pas plus qu’elle ne le savait pour elle-même, parce que ces mêmes fileuses avaient noué ensemble leurs chemins, pour qu’ils ne fassent en fin de compte plus qu’un.

Ses doigts pressèrent ceux de Violaine.

S’il pouvait vivre avec cette certitude, il n’en était pas aussi sûr pour elle. Son incapacité à déterminer son futur l’inquiétait visiblement. Ciaran craignait qu’elle n’accepte pas aussi facilement ce fait que lui. Sans quoi, elle serait déjà arrivée à la même conclusion.

Nos destins sont liés.

Comme si elle avait perçu ses pensées, elle ouvrit les yeux. Elle esquissa un sourire, s’étira à demi sans pour autant lâcher sa main.

— Tu m’as ensorcelé, dit-il, à moitié pour plaisanter, à moitié sérieusement.

Qu’il ait rejeté sa loyauté envers son roi avec autant de facilité l’étonnait encore.

Le sourire de Violaine s’élargit, et il se rappela celui qui l’avait harponné de son éclat, lors de leur première rencontre.

— Comment, autrement, expliquer que je sois tombé amoureux d’une ennemie ?

La jeune femme lâcha sa main pour se redresser et, rejetant ses cheveux derrière ses épaules, répondit avec un rire clair :

— Si c’est le cas, alors, je fais une bien mauvaise sorcière !

Elle se glissa au bord du lit et repoussa le drap.

— Car je me suis ensorcelée moi-même au passage.

Elle accrocha son regard et lui adressa un clin d’œil.

Il sourit en réponse, ce qui réchauffa Violaine jusqu’au fond de l’âme. Elle avait rarement vu Ciaran sourire. Et jamais de cette façon qui adoucissait les angles de son visage austère. C’était un sourire simple, franc, léger. Elle sentit son cœur palpiter. Elle se détourna pour natter ses cheveux.

Elle ne vit pas le sourire de Ciaran s’évanouir. Dans son mouvement, Violaine avait dégagé son dos de sa longue chevelure brune, et il découvrait les traces des sévices qu’elle avait endurés. C’était là que s’étaient le plus souvent acharnés ses tortionnaires, et sa peau en portait la marque indélébile. Ciaran s’approcha. Des doigts, délicatement, il traça les contours des multiples coupures et brûlures. Des cicatrices, certes, mais il savait distinguer d’anciennes plaies dues à des actes de torture de celles laissées par les combats.

À son contact, la jeune femme se raidit et cessa de nouer ses cheveux.

— Ce ne sont pas là des blessures de guerre, murmura-t-il.

Il avait repéré des marques dues à des batailles sur le corps de Violaine. Il en portait de similaires. Celles-ci n’en étaient pas.

— Non, dit-elle.

Son ton était anxieux. Elle ne bougeait toujours pas. Doucement, il passa la main autour de sa taille et déposa un baiser dans son cou. Il ne posa aucune question.

Il sut alors qu’il avait pris la bonne décision. Il ne révélerait rien à Rowan. Il ne regretterait pas son parjure.

Violaine se détendit enfin. Elle ne se sentait pas le courage, pas encore, de verbaliser ce qu’elle avait vécu aux mains de ses tortionnaires. Elle avait craint que Ciaran ne cherche à lui tirer ces douloureux souvenirs, mais son attitude l’avait rassurée. Elle termina de rassembler sa chevelure en une unique natte et se tourna à nouveau vers lui. Dans ses yeux, il retrouva la lueur défiante qu’il connaissait si bien. Qu’il aimait.

Quand elle lut dans son regard gris-bleu la même lueur étale qu’un lac en plein été, la peur qui l’avait saisie quand il avait touché ses cicatrices, éveillant sans le savoir l’écho du martyre enduré alors qu’il tenait sa vie entre ses mains, cette peur s’envola.

Jamais il ne la trahirait, elle en avait à présent la certitude.

Tout comme elle eut la certitude qu’elle pourrait, toujours, lui tourner le dos en pleine bataille. Il la couvrirait comme elle le couvrirait.

Elle se pencha, inclina la tête et l’embrassa. Ce n’étaient plus les baisers passionnés qu’ils avaient échangés jusque-là, mais un baiser long, tendre, un baiser qui, pour elle, signifiait que, désormais, elle savait où se trouvait sa place, en ce pays qui n’était pas le sien. Là, auprès de Ciaran.

 

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