Bad Queen (French Edition)

Magali Lefebvre · Chapitre 37 sur 60

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Bad Queen (French Edition)

Chapitre 36

Au poste-frontière, Violaine fut emprisonnée avec Lys et Narcisse – une cohabitation rendue difficile par les persiflages du mage. Après de nombreux échanges houleux avec la mageresse, qui l’observait désormais avec suspicion, Violaine obtint le droit à quelques promenades surveillées dans le village. Situé juste après la chaîne de montagnes, il était habité par autant de militaires en faction que de paysans. Si Flavie se montra contrariée par ce contretemps, Violaine en fut soulagée.

Ciaran était vivant.

La nouvelle avait chassé l’inquiétude qui la rongeait depuis sa vision, elle avait dû se mordre les joues pour ne pas laisser éclater sa joie. Au fond d’elle, elle se souciait de ce qu’il adviendrait de son sort une fois à Ruadh. Rowan serait nettement moins conciliant que Rosalia. Il ne la prendrait pas à son service comme clairvoyante. De toute façon, elle ne pourrait jamais servir un homme comme lui. Sauf que quitter Talamh Dorcha reviendrait à quitter Ciaran, qui demeurait un chevalier de Rowan. S’imaginer loin de lui à jamais transperçait son ventre d’une douleur insupportable.

Elle était heureuse avec lui et, après son atroce vision, elle ne voulait plus s’écarter de sa route. Elle était résolue à demeurer près de lui dès son retour. Hélas, Rowan, le roi despote, se posait en obstacle de taille à cette résolution.

Son problème était insoluble. Elle renonça à le résoudre et attendit avec impatience, jour après jour, l’arrivée de l’escorte dirigée par Ciaran.

Quand ce dernier et Violaine s’aperçurent enfin, les traits anguleux du chevalier s’éclairèrent. Elle marcha vers lui en s’efforçant de conserver une allure mesurée, pendant qu’il descendait de cheval et en confiait les rênes à un soldat. Si elle l’avait pu, elle aurait couru vers lui. Apprendre sa survie à la terrible défaite l’avait réjouie, mais le retrouver en chair et en os, après ces craintes qui l’avaient tourmentée au point de se tourner vers la sorcellerie, l’emplissait d’une vague de chaleur indescriptible.

Si elle l’avait pu, elle l’aurait enlacé, là, à la vue de tous.

Seul le secret de leur relation la retint.

— Sire Ciaran, j’ai à vous parler. J’ai eu une vision.

C’était un mensonge, mais Ciaran l’entraîna sans poser de questions dans une pièce désertée du fortin.

À peine la porte refermée, Violaine se hissa sur la pointe des pieds et l’embrassa avec fougue. Ses mains s’étaient nouées, comme à son habitude, autour du cou de Ciaran. Le chevalier l’enlaça et pencha la tête pour mieux répondre à son baiser empressé. Son poids la fit reculer jusqu’au mur. Saisie d’un désir pressant, elle dénoua ses mains et descendit vers sa propre taille, ôta son épée, puis envoya valser ses bottes. Elle se détacha de lui juste le temps d’ôter une partie de ses vêtements.

Après tout ce temps, après avoir craint de le perdre, elle voulait le sentir sous ses lèvres, sous ses doigts, en elle. S’assurer qu’il était bien là, en le touchant, en le goûtant et en l’étreignant.

Porté par le même besoin impérieux et les mêmes sentiments, Ciaran ne se fit pas prier. Il l’imita, se sépara de son arme et abaissa son pantalon. Lorsque Violaine s’agrippa à nouveau à son cou, il la souleva, aidé de la cloison contre laquelle elle était appuyée. Violaine croisa les jambes autour de lui, assurant sa prise. Il fut rapidement en elle, porté tant par son propre désir que par celui de Violaine. Leurs souffles rauques, mêlés, emplirent la pièce, alors qu’ils se laissaient emporter par le plaisir de leurs corps entrelacés.

Leur étreinte fut aussi brève qu’intense. Violaine dénoua ses jambes, aidée de Ciaran qui la portait toujours, et se plaça debout, contre le mur.

Ciaran essayait de retrouver une respiration apaisée.

— Oh non… fit-il tout à coup.

Il réalisait qu’une fois de plus, il ne s’était pas retenu à temps.

— Ne t’inquiète pas, murmura Violaine, il me reste des herbes abortives.

Elle l’enlaçait, refusant de le lâcher. Il ne paraissait pas vouloir non plus s’éloigner d’elle. Violaine s’autorisa alors à lui exprimer le fond de son cœur :

— Tu m’as manqué.

Il hocha la tête, puis déposa un long baiser sur ses lèvres.

— Toi aussi, dit-il enfin, en posant le front contre le sien. Toi aussi.

Ses mains enserraient Violaine, et ses doigts se crispèrent au souvenir de la bataille perdue, où il avait failli mourir, loin d’elle.

Il s’écarta, juste assez pour la regarder. Elle leva vers lui ses yeux verts, interrogateurs.

— Est-ce que… tu savais ? demanda-t-il.

Son souffle redevenait régulier. Il reprit :

— Est-ce que tu savais que nous allions perdre ?

Violaine ne répondit pas, mais, à son regard anxieux, il comprit. Elle avait su la défaite à venir, sans rien dire à personne. Il se rendit compte qu’il n’y accordait aucune importance.

Elle avait autant craint de le perdre que lui s’était inquiété pour elle. Seul cela importait, à ses yeux. Que Niall aille se perdre au plus profond des terres infernales !

Sa main glissa sur le bras de Violaine, noué autour de sa taille, chercha ses doigts et trouva la bague autour de son pouce.

— Je ne savais pas ce qu’il allait advenir de toi, souffla-t-elle, les yeux agrandis par une peur qu’il y avait rarement lue.

Violaine ne craignait pas grand-chose. Se découvrir si vulnérable l’avait bouleversée, mais à présent, Ciaran contre elle, elle ne s’en souciait plus. Elle se sentait légère, malgré ses muscles qui commençaient à protester de cette étreinte sauvage.

— Je ne sais rien de ton destin.

Il poussa un soupir, saisit sa main baguée et la ramena doucement entre eux deux. Il entremêla ses doigts aux siens.

— C’est parce que nos vies sont liées.

Elle le dévisagea.

Comment ne l’avait-elle pas compris plus tôt ?

C’était la première fois qu’elle se trouvait confrontée à cela. Même avec Thibald, qu’elle pensait aimer, mais dont elle connaissait le destin. Elle avait alors supposé que seul le futur des membres de sa famille lui était verrouillé, puisqu’elle se croyait amoureuse.

Cette ancienne relation était très différente. Thibald ignorait tout de son Don. Il pestait parfois quand elle le battait à plate couture sur le terrain d’entraînement, voulait l’épouser avant qu’elle ait terminé les années d’engagement auxquelles elle avait droit. Et malgré le froid que lui laissait la vision de son décès à venir, elle n’avait pas ressenti ce terrible gouffre qui l’avait saisie quand elle avait craint pour la vie du chevalier.

Son cœur s’emballa comme elle pressait ses doigts entre ceux du chevalier. La bague brillait autour de son pouce, telle une promesse à jamais scellée.

Elle s’était pensée amoureuse de Thibald, elle savait désormais à quel point elle s’était trompée.

Ciaran connaissait son Don et conservait ce secret avec soin. Il lui avait attribué épée et armure en dépit de son statut de prisonnière, confiant en ses compétences. Il la laissait libre de ses actes, à présent qu’il ne cherchait plus à l’interroger. À présent qu’il l’aimait.

Elle aurait dû comprendre pourquoi elle ne voyait pas son avenir. Qu’il l’ait su avant elle lui assura, une nouvelle fois, qu’il lui avait rendu les armes. Elle leva le menton, l’embrassa.

L’amour, c’était ce qui la liait à Ciaran. Et si le prix était de ne jamais connaître son chemin de vie, elle le paierait bien volontiers. Car, à la chaleur qui emplissait son âme en cet instant, elle sut qu’en dépit du désespoir qui l’avait si longtemps habitée, elle serait heureuse en cette contrée qui n’était pas la sienne. Elle serait heureuse parce que Ciaran y vivait.

 

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