Bad Queen (French Edition)

Magali Lefebvre · Chapitre 30 sur 60

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Bad Queen (French Edition)

Chapitre 29

Après l’attaque, Ciaran mena sa troupe à une distance suffisante pour qu’ils ne soient pas ennuyés par les charognards qui viendraient se repaître des cadavres. Il avait perdu une partie de ses hommes et son étalon dans le combat, mais ne se laissa pas déstabiliser, pas plus que les autres militaires. Violaine apprécia d’ailleurs que ceux-ci ne la regardent plus avec méfiance. Elle avait prouvé qu’ils n’avaient rien à craindre d’elle. Elle avait risqué sa vie à leurs côtés et s’était même portée en soutien de Ciaran quand son cheval avait succombé.

*

Les combats avaient toujours eu un effet vivifiant sur Ciaran. Comme si sa nature ombrageuse y trouvait un exutoire, un moyen d’épancher cette colère qui avait tendance à l’emplir comme la marée. Il gardait pourtant la tête froide, même au cœur de l’action, conscient que laisser la vague l’emporter le mènerait à l’erreur, et l’erreur à la mort.

Cette fois, se battre aux côtés de Violaine lui avait procuré une excitation nouvelle. Ce n’était plus la colère qui s’exprimait et se diluait avec son épée. Ce n’était pas seulement l’adrénaline qui le portait. Il y avait autre chose de plus intense, qu’il n’avait jamais ressenti jusqu’alors. Quelque chose qu’il se refusait encore à regarder en face.

Le campement installé et les tours de garde organisés, chacun s’empressa de laver les traces du combat malgré l’obscurité de la nuit déjà tombée. Ciaran voulut voir Violaine. Sa tête bourdonnait encore du fracas des armes et des cris. Il tardait à soigner les éraflures sur sa figure et à se décrasser, mais il ne voulait pas repousser cette visite à plus tard.

Il l’aperçut qui se glissait dans une tente vide et la suivit pour lui parler. Mais lui dire quoi ? L’esprit trop embrouillé par ses émotions, Ciaran se retrouva planté derrière Violaine. Il tentait de clarifier ses idées, quand elle s’approcha de lui.

*

La bataille avait laissé Violaine pantelante. Elle pénétra dans une tente, lâcha son bouclier et jeta son épée au sol, sans la rentrer dans son fourreau. Elle aurait dû s’atteler d’emblée à nettoyer la lame des fluides qui la maculaient, puis ôter son armure tout aussi tachée. Au lieu de cela, elle se tourna vers Ciaran qui l’avait suivie, sans doute pour lui parler de l’attaque. Ou l’interroger de nouveau, pour ce qu’elle en savait.

Violaine sentait son corps vibrer, après avoir frôlé la mort. Son sang rugissait, un chant de vie qui résonnait dans tout son être. Un chant qu’elle ne voulait plus taire. Elle n’avait pas de patrie. Plus de souveraine à servir. Elle n’était plus que ce corps, si vivant, si entier, qui avait souffert, avait vaincu et réclamait, à présent, sa part de plaisir. Elle en avait assez d’étouffer ce désir, ce trouble qui la prenait chaque fois que le chevalier se trouvait dans les parages. Alors, elle s’avança vivement vers lui avant qu’il ne puisse ouvrir la bouche, noua ses mains autour de son cou et, s’étirant sur la pointe des pieds, l’embrassa.

Elle s’attendait à ce qu’il recule, voire qu’il la repousse violemment.

Ciaran se pencha et répondit avec fougue à son baiser. Ses mains descendirent sur sa taille, encore enrobée par la cotte de mailles, l’attirèrent davantage contre lui. Ses lèvres pressèrent les siennes avec un sentiment d’urgence semblable au sien. Elle perdit un peu l’équilibre, chancela sans pourtant pouvoir se détacher de lui ni interrompre ce baiser passionné. Ciaran l’enserrait fermement et la retint. Il se pressa davantage contre elle, son armure heurtant la sienne.

Il finit par se détacher d’elle, à bout de souffle. Ils se regardèrent l’un l’autre un instant, les yeux troubles, ses mains à lui toujours sur sa taille et celles de Violaine autour de son cou. Confusion, désir, peut-être culpabilité, elle ne parvenait plus à cerner quelle émotion tourbillonnait en elle.

*

Il aurait dû la repousser. Il aurait dû résister. Elle appartenait au camp ennemi, malgré le désaveu de ses alliés et son statut d’étrangère. Elle était sa prisonnière, sa responsabilité. Une possibilité, pour son roi, d’atteindre son but. Mais Ciaran, échauffé par le désir si pressant de Violaine, ne put davantage réfréner le sien, qui attisait en lui un feu inextinguible depuis la toute première fois qu’il l’avait rencontrée.

Il lui rendit son baiser avec une passion qui le surprit le premier. Mais il refusa de le rationaliser. Ses mains descendirent d’elles-mêmes, saisirent la taille de la jeune femme. Malgré ses gantelets qui émoussaient son sens du toucher, malgré la cotte de mailles qui enveloppait Violaine, il raffermit sa prise, pencha la tête pour mieux appuyer son baiser, goûter encore plus d’elle.

Ciaran avait chaud sous son armure, mais il ne pouvait se détacher d’elle. Il sentait les mains de Violaine nouées autour de son cou, légères. Pourtant, elles le faisaient ployer, elles le soumettaient à cette étreinte. Et il se rendait sans condition. Sans résister.

Quand le souffle commença à lui manquer, il dut, à regret, quitter ses lèvres. Il s’écarta légèrement, plongea son regard dans le sien. Les yeux verts de Violaine scintillaient comme la lumière du soleil à travers une épaisse forêt. Il faillit se pencher pour l’embrasser de nouveau.

Tout à coup, il réalisa ce qu’il venait de faire.

*

Ciaran se libéra d’un geste sec de ses bras noués. Il quitta précipitamment la tente. Violaine resta seule, haletante. Déroutée. À pas lents, elle se rapprocha de son épée, s’accroupit, ramassa la lame et entreprit de la nettoyer avec application. Elle espérait que le geste, si souvent accompli, calmerait le bouillonnement de son sang, en vain. Quand elle eut terminé et qu’elle ôta son armure, elle ferma les yeux, frustrée. Ce baiser lui avait laissé un goût d’inachevé.

Pourquoi l’avait-il repoussée, après avoir répondu si intensément à son avance ? Pourquoi s’être refusé la chaleur d’une étreinte, après la bataille ? Violaine ne comprenait pas ce qui avait amené ainsi le chevalier à la lâcher, comme s’il venait de s’ébouillanter les mains.

*

Ciaran se sentait comme ivre. Mais qu’est-ce qui lui avait pris ? Il essaya de se calmer, de réfléchir, peine perdue. Une part de lui protestait de ce baiser interrompu et l’intimait de retourner auprès d’elle. Une autre exultait. Une autre l’admonestait. Une autre encore, froide, émettait des remarques sarcastiques. Cette cacophonie intérieure l’étourdit encore plus. Il quitta l’enceinte du camp, sans prêter attention au soldat de garde qui le hélait, surpris de le voir s’éloigner ainsi dans l’obscurité.

Enfin seul, loin de tout regard scrutateur, de questions muettes auxquelles il n’aurait pas su répondre, Ciaran se laissa tomber au sol. Le souffle court, son sang encore échauffé par ce baiser inattendu, il essaya de mettre de l’ordre dans ses pensées.

Il l’avait désiré, pourtant, ce baiser, même s’il avait refusé d’admettre son inclination pour Violaine. Ciaran bascula la tête en arrière et se perdit dans la contemplation des étoiles.

Il avait écouté son cœur.

Il ferma les yeux. Adhamhan avait raison. Lui qui pensait ne jamais devenir le jouet de l’amour… Il venait, irrévocablement, de s’offrir de lui-même à ses chaînes.

 

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