Bad Queen (French Edition)
Violaine
Première partie
I tremble
They’re gonna eat me alive
If I stumble
They’re gonna eat me alive
Can you hear my heart beating like a hammer ?
Metric, Help I’m Alive
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Chapitre 1
Violaine para la lame qui s’abattait sur elle. Les deux épées s’entrechoquèrent dans un fracas métallique. Elle tint bon, malgré le heurt qui se réverbérait dans les muscles de ses bras. Son adversaire se dégagea et l’étudia un instant, cherchant une faille dans laquelle s’engouffrer. Violaine en profita pour feinter, puis frapper de taille. Pour éviter une vilaine estafilade dans sa broigne, voire sa peau, le soldat sauta en arrière. Dans son mouvement, sa botte glissa, le terrain d’entraînement se trouvant fort boueux en raison des fréquentes averses survenues ces derniers jours. Déséquilibré, il chuta.
Essoufflée, Violaine rangea sa lame dans son fourreau et lui tendit la main pour l’aider à se relever. Il la remercia et, agrippant son poignet avec un sourire bravache, la tira vers lui. Elle tomba dans ses bras.
— Thibald, il y a des spectateurs ! lui glissa-t-elle, mi-fâchée, mi-amusée.
Elle se redressa rapidement et jeta un coup d’œil pour vérifier que personne ne s’était arrêté. Autour d’eux, les autres soldats s’entraînaient ou devisaient sans leur prêter la moindre attention.
Thibald se releva à sa suite, rangea son épée et frotta ses vêtements pour en ôter une partie de la boue, sans se départir de son air taquin.
— Je crois que nous nous sommes suffisamment entraînés aujourd’hui, conclut Violaine, avant qu’il ne franchisse une limite qu’elle lui avait maintes fois interdite, tout du moins en public.
Ils s’inclinèrent selon l’usage, puis, comme il s’avançait pour lui serrer la main, il lui murmura :
— Ce soir, à l’orée des bois.
Elle hocha le menton en guise de réponse, et ils se séparèrent. Thibald devait retrouver son baraquement, et Violaine son propre logis.
Tandis qu’elle arpentait d’un pas rapide les rues de Charbourg, certains passants la saluaient. Aucun ne s’émouvait de sa tenue de combattante, ni de ses joues tachées de boue et de sueur, ou de ses cheveux bruns noués grossièrement en une seule tresse. Le ciel, gris et moutonneux, pesait sur la cité aux murs salis par les fumées des forges. Charbourg, comme toutes les villes de la république de Vielacier, produisait armes et armures en nombre, et la plupart des habitants suivaient un entraînement au combat même minime, pour les plus modestes d’entre eux. En dépit du travail incessant des instances diplomatiques, le pays devait se préparer aux imminentes invasions des royaumes alentour qui voyaient d’un mauvais œil cette gouvernance inédite prospérer sans aucune lignée couronnée.
Violaine s’arrêta et se plaça sur le côté pour céder le passage à une calèche. Elle reprit son avancée, sans prendre garde au clin d’œil égrillard qu’un commerçant lui lança. À vingt et un ans, sa beauté altière attirait les regards. Son visage était bien découpé, son nez droit, ses joues encore arrondies par la jeunesse laissaient déjà transparaître un angle déterminé. Ses yeux, d’un vert profond comme celui des résineux qui couvraient les flancs des montagnes, reflétaient un esprit aussi vif qu’indompté, confirmé par l’absence d’anneau à son doigt. Violaine n’avait jamais prêté d’importance à son apparence. Seuls ses talents de combattante et son intellect affûté aiguisaient sa fierté.
Elle parvint à l’imposante demeure familiale. Elle y entra sans se soucier des empreintes boueuses laissées par ses bottes, car le parquet du vestibule avait déjà souffert du passage de ses frères. Tout du moins, les deux qui vivaient encore sous le toit de leurs parents, car le cadet demeurait désormais dans les baraquements, et l’aîné occupait son propre domicile, avec son épouse et ses deux enfants en bas âge. Violaine ôta ses bottes au pied de l’escalier, enfila ses chaussures d’intérieur et partit en quête de sa mère, à l’étage.
Elle la trouva affairée à broder un écusson pour son plus jeune frère, qui se trémoussait d’impatience tout en tripotant un cheval miniature. Violaine lui ébouriffa les cheveux.
— Bientôt l’entraînement au fer ?
À dix ans, Paulin n’avait encore manié que l’épée de bois, mais il passerait sous peu à l’usage d’une véritable lame d’acier sur le terrain d’entraînement. Le garçon opina en souriant :
— Tu me montrerais ta parade de la dernière fois ? Celle avec laquelle tu as mis tous ces soldats par terre ?
Elle rit et secoua la tête :
— Pas maintenant.
Il afficha un air boudeur.
— Tu devrais te laver et te changer, Violaine, intervint leur mère, les mots légèrement déformés par l’épingle qu’elle tenait en bouche.
Ermeline appuya sa remarque d’un coup d’œil désapprobateur, mais Violaine ne s’en formalisa pas, car un sourire fier s’esquissait sur le visage fatigué.
Violaine avait obtenu de haute lutte, vers onze ans, l’autorisation de suivre le même entraînement que ses frères. Cette activité la passionnait davantage que les cours de broderie ou de tenue des comptes d’un logis réservés aux filles de son milieu. Si elle adorait l’étude de matières scientifiques ou la lecture, l’exercice physique lui plaisait tout autant. Son père avait cédé parce qu’il connaissait le besoin en combattants de qualité de son pays et que Violaine avait vite démontré des capacités prometteuses. Il la qualifiait d’excellente fantassine, mais de piètre soldate, en raison de son caractère qui la poussait à questionner les ordres.
Elle ébouriffa une nouvelle fois la tignasse brune de son petit frère et partit demander à une domestique de lui préparer un baquet d’eau chaude.
Violaine se délassa dans son bain. La servante avait glissé des fleurs odorantes dans l’eau fumante. Leur parfum relaxait son esprit, tandis que l’onde dénouait ses muscles, si sollicités lors de l’entraînement. Yeux clos, la jeune femme déroula les différentes séquences de la journée. Elle avait remporté de justesse le dernier combat. L’épée à deux mains n’était pas son fort. Elle se débrouillait bien, mais excellait plutôt à l’épée. Elle rouvrit les paupières, saisit un linge et entreprit d’ôter toute trace de boue et de transpiration de son corps. Ses cheveux avaient reçu quelques giclées de terre humide, aussi s’immergea-t-elle rapidement pour les tremper et les frotter énergiquement.
Lorsqu’elle eut terminé ses ablutions, la peau rosie d’avoir été astiquée, elle sortit du baquet, se sécha et revêtit sa robe d’intérieur, sans l’aide d’une domestique. Violaine préférait s’habiller seule. Elle tressa rapidement ses cheveux encore humides d’un geste expert et, sans jeter un seul regard au reflet que lui renvoyait le miroir posé sur la coiffeuse, quitta la pièce.
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