Bad Queen (French Edition)

Magali Lefebvre · Chapitre 36 sur 60

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Bad Queen (French Edition)

Chapitre 35

Sous le commandement de Quentin – l’un des militaires de Silurbem –, les troupes s’élancèrent. Mais quand Ciaran talonna son cheval, il n’eut pas le cœur de pousser le cri de guerre habituel. Pas alors que Violaine n’était pas à ses côtés pour accompagner les fantassins de son épée. Pas alors qu’elle se trouvait en route vers Ruadh, vers un sort incertain.

Tandis que le grondement des ennemis courant vers eux faisait vibrer ses os, en plus du martèlement des sabots de sa monture, Ciaran perçut la morsure âcre de la peur. Cette troupe-là, aussi nombreuse que la leur, n’était pas désorganisée. Un cavalier la menait, son uniforme sans couleur se détachant sur la crête de la colline d’où il gardait un œil sur la mêlée.

L’affrontement s’annonçait sérieux.

Ciaran arma son bras juste avant que son destrier ne pénètre les rangs ennemis et entama sa sanglante moisson. Le vacarme des cris et de l’acier qui s’entrechoquait emplit ses oreilles. Le chevalier fendit les chairs, encore et encore. Il repoussa les assauts. Un instant, il pensa que la belle discipline des forces conjointes de Silurbem et Talamh Dorcha écraserait les bataillons d’Hakroma.

Petit à petit, pourtant, le rapport de forces se renversa. Les soldats adverses, réunis sous la bannière d’un homme qui avait su, mieux que les autres, associer différentes factions, offrirent une résistance inattendue.

Ciaran poussa son cheval de côté, menacé par la hallebarde d’un fantassin. Le tranchant laissa une estafilade douloureuse sur sa cuisse mal protégée. Une masse de soldats piégea alors le chevalier. Son pouls cognait à ses tempes, résonnait sous son heaume au même rythme que son souffle. Il se rappela fugitivement l’hématome étoilant la tempe de Violaine, où il avait passé une main caressante.

Une pique heurta violemment le métal de son bouclier, qu’il perdit sous le choc comme la fatigue. À force de coups d’épée, il parvint à se dégager du cercle pressant de fantassins avant qu’ils ne lui portent un coup fatal.

Ciaran jeta un coup d’œil rapide vers la crête pour vérifier si leur meneur s’y trouvait encore. Son sang se figea, et il ne dut qu’à Adhamhan d’éviter la hallebarde qui visait sa gorge.

Aux côtés du commandant ennemi se trouvait une silhouette dont la tenue ne laissait aucun doute quant à son rôle. C’était un mage. Un mage aux mains auréolées de lumière rouge. Et il bafouait toutes les règles de combat en recourant à sa magie. Se déversaient à côté de lui des créatures que Ciaran n’aurait jamais imaginé rencontrer sur le champ de bataille, même dans ses pires cauchemars.

Salamandres et scorpions, aussi gros que des chevaux. Les uns, prêts à lâcher leur haleine enflammée, les autres, leur venin. Ils dévalèrent la colline de façon aussi disciplinée que des soldats, menés par le mage d’Hakroma.

Les troupes adverses, galvanisées par l’arrivée des créatures, revinrent à la charge. Rapidement, le chevalier se trouva submergé.

Une douleur cuisante, au mollet. D’instinct, l’épée de Ciaran balaya le fantassin qui venait de l’entailler.

Un cri. Ciaran aperçut le corps du commandant, soulevé au-dessus de la mêlée par le scorpion qui l’avait transpercé de son dard.

— Quentin est tombé !

Un juron s’échappa de ses lèvres, sous son heaume empoissé par l’odeur piquante de la sueur et de la peur mêlées.

D’autres cris. De victoire, cette fois, et pas de son camp.

Ciaran esquiva une pique qui menaçait sa gorge. Il avisa son écuyer en difficulté et talonna son destrier pour lui porter secours, alors que le garçon cherchait à échapper à la gueule embrasée d’une salamandre. Trop tard. Un coup de hallebarde entailla mortellement le cou du garçon. Sa tête pencha de façon obscène, du sang s’échappant à gros bouillons de la plaie. Ciaran n’eut pas le temps de s’apitoyer sur son sort. Déjà, le monstre venait sur lui. Le chevalier se pencha pour échapper à son souffle brûlant. Il sentit la chaleur embraser l’intérieur de son heaume, qu’il ôta d’un geste pour ne pas y cuire. Son cheval, paniqué par les flammes, hennit et chercha à s’enfuir, piétinant au passage des hommes sans tenir compte de leur allégeance. Ciaran peina à en récupérer le contrôle.

Un cor sonna. Une note qui l’emplit à la fois d’humiliation et de soulagement.

Le successeur de Quentin sonnait la retraite.

Ciaran n’avait jamais fui un combat, jamais tourné le dos à ses ennemis. Néanmoins, il n’était pas suicidaire. Le cor émettait sa plainte grave, bientôt soulignée par les cris rauques des siens.

— Retraite, retraite !

Ce fut la débandade. Ciaran talonna de toutes ses forces son destrier pour s’extirper de la mêlée. La bile aux lèvres, le corps saturé d’adrénaline, il n’espérait qu’une chose : sortir vivant de cette boucherie.

*

Ciaran se demandait par quelle chance inouïe lui, Adhamhan et les survivants avaient pu regagner Rosehaÿ sans être inquiétés par les monstres. Il ruminait encore cet échec cuisant. Balayés, les soldats à l’armure dorée. Écrasés, les cavaliers et fantassins à l’écusson rouge. Mort, son écuyer. Ciaran s’en voulait encore de cette perte. Le garçon était sous sa responsabilité. Il n’aurait pas dû mourir ainsi.

Le chevalier ne pouvait s’empêcher de penser qu’avec Violaine dans les rangs, la bataille aurait peut-être suivi un autre cours. Cependant, la jeune femme n’aurait sans doute pas utilisé son Don à la légère. Et elle y aurait risqué sa vie…

Il frissonna. Il espérait que son trajet se déroulait sans encombre. Il s’inquiétait surtout de Flavie. Si la mageresse découvrait son secret, c’en serait fait de sa bien-aimée.

La pensée de la perdre lui fut encore plus insupportable que celle de mourir. Jusqu’à ce qu’il rencontre Violaine, il n’avait jamais craint cette éventualité, qui avait fait partie de son quotidien dès lors qu’il avait intégré l’armée. Il reconnaissait en Violaine, fantassine entraînée, cette même résolution à se battre quoi qu’il arrive. Mais il n’avait jamais eu qu’à défendre sa propre vie ou celle de ses frères d’armes. Tout comme ses sentiments pour la jeune femme lui étaient nouveaux, cette anxiété au sujet de Violaine était inédite.

Il jeta un œil à Adhamhan qui chevauchait, la mine sombre, à ses côtés. Ils s’en étaient tous les deux sortis avec des blessures aux jambes. Celles d’Adhamhan étaient plus profondes que les siennes, mais les plaies ne paraissaient pas s’infecter.

Alors qu’ils entraient dans l’enceinte du palais, un messager vint à leur rencontre. Il s’adressa à l’officier en charge des restes de la troupe. Ciaran, non loin, entendit le plus important, et cela ne fit qu’aiguiser sa sombre humeur.

Niall se trouvait en ville. Pour l’armée sur le front nord-est, le vent avait aussi tourné. Boadach, pris d’une mauvaise fièvre, était alité à Rosehaÿ et trop délirant pour assurer le commandement, désormais partagé par les officiers restants : Riagal, Oney et Niall, pour ce qui concernait les forces de Rowan. Celles de Lilian restaient administrées par Marius.

Ciaran espéra un moment de répit en mettant pied à terre, mais à peine ses bottes touchèrent-elles le pavé, la douleur fusant dans ses jambes blessées, qu’un soldat lui fit savoir que les officiers l’attendaient pour son rapport. Il était le plus haut gradé représentant l’armée de Rowan, il était donc logique qu’il fasse un retour circonstancié du combat. Toutefois, le tableau en était si noir qu’il y rechignait. Il quêta Adhamhan du regard, qui lui adressa un signe de tête d’encouragement. Son ami se dirigea, en boitant sévèrement, vers l’infirmerie. Un fantassin vint le soutenir.

La démarche de Ciaran, quoique plus assurée, avait perdu de sa superbe. Ses plaies l’élançaient à chaque pas. La perspective de voir Niall, après leur dernière discussion houleuse, ne l’encourageait pas, et c’est de fort méchante humeur qu’il entra dans la bibliothèque reconvertie en salle de travail.

L’officier répondant aux ordres de Lilian entama le premier son récit des événements. Ciaran lui fit écho ; il n’avait pas grand-chose à ajouter. Les autres conservèrent un silence lourd, tandis qu’ils prenaient la mesure de cette défaite. Elle était d’autant plus difficile à admettre pour Marius, qui avait disposé de forces vives et fraîches. Il jouait des mâchoires, comme s’il peinait à avaler les deux rapports.

Il prit la décision qui s’avérait la plus judicieuse.

— On ne peut pas vous aider à tenir le sud. Vous aurez au moins Rosehaÿ et ses terres environnantes. Cela suffira pour que les mages restent au service de Rowan.

Il désigna la carte de Valfleuri – caduque, désormais.

— Les anciens vassaux de Rosalia sont déjà en train de consolider leur mainmise sur l’Est. La reine a définitivement rendu sa couronne et a trouvé refuge sur l’une des îles, leur laissant le champ libre. Au sud, Hakroma a créé une brèche qu’il sera difficile de refermer. Néanmoins, je pense qu’ils ne pourront pas monter aussi loin. Ils ont bénéficié du désordre, ils se heurteront ici à une ville fortifiée.

Il jeta un œil à Riagal :

— Les travaux vont bon train, confirma celui-ci.

Marius hocha la tête.

— J’en ai terminé. Comme prévu, moi et mes hommes resterons jusqu’à ce que la région soit sécurisée. Étant donné l’état de votre commandant, je pense que vous avez des décisions à prendre de votre côté.

Il adressa un signe à son officier et, saluant ceux de Boadach, quitta la pièce pour les laisser débattre de la suite des opérations.

Les quatre chevaliers entamèrent aussitôt les discussions. Ils parvinrent vite à un consensus. L’idée de conquérir tout Valfleuri fut abandonnée. La région entourant Rosehaÿ serait solidement maintenue sous la coupe de Talamh Dorcha. Les cartes seraient prochainement redessinées en ce sens.

La tension régnait entre Niall et Ciaran. Le premier rongeait visiblement sa rancœur, tel un chien s’acharnant sur un os fraîchement arraché à son hôte, tandis que les estafilades du second, qui l’élançaient à la cuisse et au mollet, n’amélioraient pas son humeur.

Riagal clôtura la réunion. Oney se retira. Niall, n’y tenant plus, attaqua, la lèvre supérieure retroussée sur ses dents comme un animal flairant une proie blessée :

— Si nous avions su, à l’avance, que des barbares d’Hakroma étaient parvenus à s’unir sous la houlette de deux étrangers… qu’ils utiliseraient un mage et des monstres…

Il contourna la table où étaient disposées les cartes et s’approcha de Ciaran à pas lents, prêt à déclencher l’hallali.

— Si seulement nous avions bénéficié d’une clairvoyante.

Ciaran serra les dents, au point que ses pommettes anguleuses en parurent plus saillantes encore.

Nous y voilà.

— À quoi donc a servi ta clairvoyante ?

Il se planta face à Ciaran et lui cracha au visage :

— À rien ! Elle savait, elle savait qu’on perdrait du terrain et elle n’a rien dit !

Ciaran resta dans sa posture raide, le regard fixé au-dessus de Niall, qu’il dépassait suffisamment pour ignorer son visage congestionné. Tous ses muscles étaient tendus, endoloris par la bataille. Il se contenait à grand-peine de le frapper. Il savait que s’il se laissait aller à ce mouvement, il le cognerait à plusieurs reprises.

— Est-ce vrai, Sire Ciaran ?

Riagal se montrait plus mesuré, il ne nourrissait pas la même rancœur que Niall envers Ciaran. Toutefois, son ton n’admettait ni de mensonge ni de fuite.

— La clairvoyante ne peut discerner tous les événements à venir ni tous les destins.

En prononçant ces mots, il songea à nouveau aux liens qui unissaient leurs chemins de vie. La présence de Violaine lui manqua cruellement, comme si quelque rongeur lui grignotait les entrailles.

— Elle a coopéré lorsqu’elle a eu une vision concernant le dernier mage de Rosalia.

Niall poussa une exclamation dégoûtée et s’éloigna de lui en gesticulant :

— Parce qu’il était mort ! Quel intérêt pour nous ?

Il tendit un doigt accusateur vers Ciaran :

— Non, tu ne cesses de la défendre parce que…

Ciaran serra les poings dans son dos. Il crut que son rival l’accuserait à voix haute de s’être laissé infléchir par la jeune femme. Son cœur battait à grands coups, comme il s’apprêtait à s’élancer sur Niall, avant qu’il n’éveille de sérieux soupçons quant à la véritable nature de leur relation.

— Suffit, Sire Niall ! Tu déshonores notre ordre !

L’officier dut ravaler son insulte. Ciaran, soulagé par l’intervention de Riagal, détendit ses mains. Juste un peu.

— Sire Ciaran a obtenu ce qu’il a pu de la prisonnière. C’est à notre roi, désormais, de statuer sur son sort. Plus à nous.

Il se détourna de Niall pour s’adresser à Ciaran :

— À ce sujet, comme tu as été celui qui l’a interrogée, tu détiens les renseignements qui pourraient être les plus utiles à notre souverain.

Ciaran eut la sensation qu’on lui déchirait la poitrine. Il ne pouvait offrir tout ce qu’il savait de Violaine et de ses capacités à Rowan. Plus maintenant.

— La journée est encore jeune. Prends le temps de sélectionner des hommes, de te soigner et de te reposer. Tu prendras la route en début d’après-midi. Tu rejoindras Flavie et les prisonniers au poste-frontière.

Le chevalier était interloqué. Au poste-frontière ? Ils auraient déjà dû avoir passé ce point.

— La mageresse a dû s’occuper de sorcières sur place. Elle se trouve à présent avec un trop grand nombre de prisonniers par rapport à son escorte. Par ailleurs, il serait préférable d’annoncer les derniers revers de vive voix à Rowan plutôt que par un coursier.

La tâche était ingrate et le placerait directement sous la colère du roi. En revanche, il pourrait retrouver Violaine plus vite que prévu. Ciaran hocha donc la tête avec raideur et ignora Niall, qui restait contrarié de n’avoir pu l’humilier comme il le souhaitait.

Quand il quitta la salle, Ciaran fit un rapide passage à l’infirmerie. Il n’y vit pas son ami. Puis il passa par les cuisines pour s’y sustenter rapidement. Il détermina ensuite quels hommes l’accompagneraient et le leur fit savoir. Toutes ces tâches accomplies, il fila droit vers la chambrée qui lui avait été attribuée, désireux de prendre du repos avant la longue route qui l’attendait. À sa grande surprise, il y trouva Adhamhan allongé sur le lit, jambes étendues. À l’entrée de son ami, ce dernier voulut se lever, mais à peine son poids posé sur un pied, il grimaça. Ciaran lui fit signe de rester au repos et s’appuya contre la cloison.

— Comment vas-tu ? s’enquit-il.

Adhamhan était un peu plus pâle qu’à l’accoutumée, ses cicatrices sur son visage n’en ressortant que davantage. En dépit de sa souffrance, il sourit vaillamment :

— Bien. Mes blessures sont en bonne voie de guérison. Pas d’infection, des soins corrects malgré les circonstances. J’ai eu de la chance.

Ciaran hocha la tête. Ils avaient tous les deux eu de la chance.

— J’ai entendu dire que tu partirais dans quelques heures.

Le chevalier fronça un sourcil.

— Les bruits vont vite, ma parole.

— Je t’accompagne.

Ciaran désigna ses jambes, mais le jeune homme, d’un geste du bras, balaya l’argument :

— Mon cheval me portera. Si j’ai pu tenir jusqu’à Rosehaÿ, je tiendrai jusqu’à Ruadh.

Il abandonna son air chaleureux pour arborer une expression plus grave, qui lui était peu coutumière :

— Tu auras besoin de soutien. Vis-à-vis de Violaine.

C’était la première fois que son ami prononçait le nom de la jeune femme. L’entendre ainsi dans la bouche d’un autre, sans qu’une menace y soit jointe, lui rappela son absence.

— Tu n’arrives pas à garder la tête froide, quand elle est dans les parages.

Ciaran sentit la colère monter en lui.

— Je n’ai pas commis d’erreurs.

Adhamhan soupira et secoua la tête.

— Non, ce n’est pas que je voulais dire. Mais à Ruadh, il te faudra redoubler de prudence. Votre liaison ne peut être découverte. Ici, quelques soupçons ne représentent rien.

Il haussa les épaules.

— En temps de guerre, on pardonne volontiers ce genre d’incartade.

Ciaran restait muet. Son ami l’observa avec sérieux :

— Mais c’est davantage qu’une incartade. Et en présence du roi, le moindre indice de ce que tu ressens pour elle pourrait vous coûter très cher.

— Tu crois que je n’en ai pas conscience ? grinça Ciaran.

— Est-ce vrai ? le coupa tout à coup Adhamhan.

Déstabilisé, le chevalier s’enquit :

— Quoi donc ?

— Qu’elle n’a rien dit au sujet de la tournure que prendrait la bataille ?

— Elle n’en savait sans doute rien, au moment où nous nous sommes séparés. Elle ne contrôle pas la venue de ses visions.

Il songea qu’elle avait pu le voir ensuite. Son cœur se serra à l’idée qu’elle tremblait peut-être de connaître son sort, puisqu’elle ignorait tout de son destin. Comme il se languissait d’elle ! Il avait hâte de la retrouver, de s’assurer qu’elle allait bien. De la serrer dans ses bras. De l’embrasser.

Il repoussa le souvenir de la chaleur de son corps. Ce n’était pas le moment. Ces réminiscences avaient chassé sa colère, et c’est le regard perdu que Ciaran ajouta, employant les mots de Violaine :

— Quelle est l’utilité pour le combattant de savoir que sa prochaine bataille est vouée à la défaite ou à la victoire, quelles que soient ses actions ?

Adhamhan fronça les sourcils, perplexe, avant d’écarquiller les yeux :

— Où est passée ta chevalière ?

Ciaran, qui avait les mains croisées devant lui, les dénoua et regarda celle qui portait autrefois son insigne de chevalier :

— Je l’ai donnée à Violaine.

Abasourdi, Adhamhan répéta :

— Tu la lui as donnée ?

Le chevalier songea ce qu’il avait voulu signifier, par ce geste, à Violaine que leurs destins étaient liés et qu’il s’y soumettait sans aucune résistance. Il cessa de contempler son doigt vierge de toute bague.

— De la part d’une personne qui porte toujours un gage d’amour de son ex-amante, je trouve ta remarque déplacée.

Adhamhan tripota machinalement le lien rouge qui ornait son poignet.

— Pas ex-amante, rectifia-t-il, elle s’est certes mariée à un autre, mais son amour est toujours intact.

— Alors, tu n’as pas de leçon à me donner.

Son ami secoua la tête. Il se leva péniblement, en refusant le geste que fit Ciaran pour l’aider.

— Il ne s’agit pas de te donner une leçon. J’avais bien compris que c’était du sérieux, entre vous.

Il claudiqua jusqu’à la porte et s’appuya contre le chambranle :

— Mais à Ruadh, en te voyant sans ta bague, et elle la portant au doigt, les questions fuseront. Vous pourriez vous retrouver dans le pétrin. Et je ne pourrai rien y faire.

— Je récupérerai la bague quand je la reverrai. Pour nous préserver.

Adhamhan hocha doucement la tête. Il lui pressa le bras.

— Tous les deux, vous avez mon soutien plein et entier.

— Adhamhan…

Venait-il d’entraîner son ami dans le parjure ?

— Ciaran, je sais ce que je fais. Je suis ton ami, avant tout.

Ne pouvant exprimer sa gratitude autrement, Ciaran lui serra le bras en retour.

 

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