Brooklyn underground
Chapitre 5.3
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À quelques kilomètres de là, sur l’île de Staten Island, Chuck Arys descendait son sixième café de la journée, dans l’attente des dernières modélisations de Nina. La nuit précédente avait été une calamité, ponctuée d’insomnies. Depuis la disparition de sa femme dans de tragiques circonstances, il était régulièrement en proie à des terreurs nocturnes. Des cauchemars glaçants, dont il se réveillait en sueur, perdu, entre hallucinations et réalité. Comme il ne souhaitait pas se droguer aux somnifères, le météorologue travaillait jusqu’à l’épuisement dans l’optique de se faciliter le sommeil. Un remède à l’efficacité toute relative.
Chuck avala une lampée de café refroidi, puis posa le mug sur le vivarium. Les résultats mis à jour de son logiciel LightWeather n’allaient pas tarder à tomber et il tuait le temps en observant du coin de l’œil les charmantes petites bêtes de Lawrence. À force de persévérance, ce dernier avait obtenu gain de cause sur la présence de la cage vitrée qui accaparait une bonne partie du bureau en L que les deux scientifiques se partageaient. S’il s’entêtait dans l’idée que l’étude des fourmis puisse aider à détecter des phénomènes climatiques, peu validaient cette théorie à l’antenne météo new-yorkaise.
Sur l’écran principal de LightWeather, une notification témoigna de la finalisation des calculs du logiciel. Chuck délaissa immédiatement les insectes pour s’enfoncer dans son fauteuil. Il se rua sur les données de la houle cyclonique et ses variations, s’arrêta un moment sur les pressions enregistrées en divers points, puis vérifia les différentes courbes des effets de marée de tempête. Comme la présence d’une dépression atmosphérique entraînait une surélévation du niveau de l’océan, proportionnelle à sa distance des côtes, LightWeather se chargeait d’en déduire la trajectoire selon de multiples paramètres complexes.
Concentré sur ses chiffres, Chuck ne remarqua pas l’arrivée de Lawrence dans le vaste open-space quasi désert du Ranch. Entre midi et treize heures, la plupart des scientifiques prenaient une pause casse-croûte à l’extérieur.
— J’ai les derniers résultats de l’antenne de Miami, avertit son collègue d’une voix frénétique. C’est dingue, mais Nina semble dévier de sa trajectoire initiale et éviter la Floride ! Les stations aérologiques et les satellites météo confirment la chose : l’ouragan s’éloigne des côtes. Il est parti pour se désagréger au large sans créer d’autres problèmes.
— Est-ce que les bouées flottantes disent la même chose là-bas ?
— Oui, les vents faiblissent en dessous de 200 km/h. Je crois qu’on a eu chaud. Regarde, mes petits bébés sont d’accord avec cette analyse.
Tendrement, Lawrence tapota contre le vivarium où la colonie de fourmis travaillait à un rythme soutenu, bien loin des considérations des deux hommes.
— Il y a un truc qui cloche, admit Chuck, la mine perplexe. Je ne sais pas encore lequel, mais on passe à côté.
À peine ce constat évoqué, le scientifique replongea dans ses chiffres.
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