Brooklyn underground

Tom Nessy · Chapitre 25 sur 47

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Brooklyn underground

Chapitre 11.2

11 . 2

 

Les capsules de neuroleptiques fournies par Zoey commençaient à faire effet. Le traitement paraissait efficace.

À moins que ce ne soit qu’un soulagement psychologique, ma pauvre fille.

Dans tous les cas, Emily avait réussi à quitter son lit sans trop de soucis et à se traîner jusqu’à la pièce principale du local de ventilation. Depuis, elle arpentait sans relâche la dizaine de mètres carrés de la structure octogonale, où brillaient les deux immenses turbines servant jadis à renouveler l’air du métro sous Brooklyn Heights. Une main sur son ventre arrondi, l’autre brandissant le talkie-walkie, elle chercha à capter un signal, mais seuls des grésillements lui parvinrent en retour. Ray et Ayaz restaient désespérément injoignables.

Le stress la rongeait peu à peu. Elle inspecta à nouveau le sol sous le volet roulant abaissé. L’eau s’infiltrait de plus en plus malgré les deux serpillères coincées contre le joint du tablier. D’où pouvait venir toute cette eau ? Une canalisation cédait parfois, ce n’était pas du domaine de l’impossible dans l’Underground, mais la voie sans issue où ils habitaient se situait entre deux niveaux, et au sommet d’un escalier, qui plus est. Emily avait le pressentiment qu’il se passait quelque chose d’inhabituel.

Devait-elle quitter le local de ventilation avec les risques que cela comportait ? Peut-être qu’il était préférable d’attendre le retour de Ray… Les deux choix tournaient en boucle dans sa tête comme un vieux disque rayé. Prise d’une baisse de tension soudaine, la future mère se précipita dans l’annexe. Une fois assise au pied du matelas, elle avala plusieurs gorgées d’eau fraîche et se força à faire le vide, les yeux clos. Si ce genre d’inquiétude n’était pas dans sa nature profonde, elle comprenait qu’elle se tourmentait en fait pour son enfant. Un instinct protecteur à même de la déstabiliser, elle que la vie avait rendue imperméable aux perturbations.

Lorsque ses paupières se soulevèrent enfin, elle se confronta à sa réplique sur le mur d’écrans cathodiques de l’ancien poste de surveillance. Malgré la poussière recouvrant les téléviseurs éteints pour toujours, impossible de passer à côté des traits tirés de son double. D’un soupir, elle rejeta cette image-témoin et réessaya de joindre sa moitié, sans plus de succès.

À mesure que les minutes s’écoulaient, l’eau en faisait de même, inexorablement, et gagnait maintenant l’annexe, faisant fi du volet fermé. Bientôt, si cela continuait à cette cadence, leur nid douillet deviendrait un aquarium. Agacée par la situation, Emily tritura encore les canaux du talkie-walkie avec l’espoir de rétablir la communication, mais seuls des grésillements sortirent du haut-parleur.

Étrange…

En général, elle captait au moins en sourdine des bribes de conversations en provenance de l’extérieur, des interférences ou même parfois la police. Là, il n’y avait absolument rien, comme si plus personne ne diffusait quoi que ce soit.

Calme-toi, ma grande. Après tout, il ne s’agit peut-être que d’un faux contact. Ou de quelque chose qui absorbe les signaux radio.

Comme de l’eau, justement.

Après considération, elle estima qu’une inondation globale de l’Underground était peu crédible. D’un autre côté, avec la migraine carabinée qui revenait lui tenir compagnie, elle n’avait pas les idées très claires. La boite de neuroleptiques, pile dans son champ de vision, tomba à pic. Prendre une autre gélule ne lui ferait sans doute pas de mal.

Elle hésita un instant, le temps de sentir les larmes monter. Le poids de la solitude se cumulait à une juxtaposition de problèmes : une santé défaillante, la visite choquante de Traeger, et puis ça, maintenant. C’est alors qu’on tapa contre le volet roulant. Trois coups secs.

Enfin.

— J’arrive, Ray ! cria Emily en se ruant vers l’entrée du local de ventilation.

Elle actionna le mécanisme d’ouverture. L’eau, contenue en partie par le store, s’engouffra d’un coup à l’intérieur lorsque ce dernier se déplia.

— Je commençais à m’inquiéter av…

Non, définitivement, il ne s’agissait pas de Ray Walker.

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