Brooklyn underground

Tom Nessy · Chapitre 30 sur 47

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Brooklyn underground

20h00/21h00

Chapitre 13

20:00-21:00

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13 . 1

 

Derrière la vitre du cockpit de l’hélicoptère, New York était purement méconnaissable. Les secouristes de la Garde côtière des États-Unis n’en revenaient pas, ébahis par l’ampleur des dégâts, apparemment sans fin. Une situation encore plus catastrophique que prévu. Si le quartier de Brooklyn avait été durement touché, d’autres secteurs plus éloignés dans les terres témoignaient de la violence du phénomène. Implacable, Nina n’avait épargné personne, à commencer par le centre financier.

— Fais une nouvelle rotation sur Manhattan jusqu’à Central Park, ordonna un homme avec le nez rivé contre le hublot latéral.

D’un signe de tête, le pilote obtempéra et entama avec dextérité un virage serré autour de l’Empire State Building pour survoler la 5e avenue, elle aussi submergée par les eaux. Comme le reste de la ville, le gratte-ciel mythique n’était plus qu’une ombre au milieu de la nuit naissante. L’assistance aux civils en difficulté se compliquait avec les rafales encore violentes et le black out causé par les multiples coupures électriques. Alors ils progressaient à basse altitude, en serpentant entre les buildings, malgré les risques de collision. Sur la plupart des toits, les antennes de communication avaient disparu, soufflées par la puissance des vents à 400 km/h.

Avant que l’appareil ne bifurque en direction de Grand Central Terminal, où de nombreux appels au secours avaient été signalés, ils restèrent un instant en vol stationnaire. Le phare sous la carlingue balaya la façade du vieil immeuble aux fenêtres brisées qui leur faisait face. À certains étages, des incendies s’étaient déclarés, mais personne ne semblait pris au piège. Le projecteur directionnel éclaira ensuite l’angle de Madison Avenue en contrebas, où un bateau de la Garde nationale slalomait entre les carcasses de voitures.

Parmi les membres de l’équipage, une impression générale se détachait : celle d’être en zone de guerre. Si les secouristes connaissaient leur métier sur le bout des doigts, cette fois-ci, la force dévastatrice inouïe de Nina compliquait sérieusement la donne. Sur l’arrondissement de Brooklyn, notamment dans le quartier de Carroll Gardens qu’ils avaient survolé quelques minutes plus tôt, beaucoup de bâtiments avaient subi des dégâts si importants qu’il n’était plus possible d’intervenir par les airs. Seuls de rares entrepôts et habitations tenaient encore debout.

Une fois aux abords de la gare monumentale, l’hélicoptère se cabra et remonta afin d’obtenir un point de vue plus général. Dans la cabine, un homme à la peau d’ébène et aux grosses lunettes épaisses surveillait sans cesse les images satellite affichées sur sa tablette. Elles dévoilaient en temps réel la position de l’ouragan, ainsi que des données techniques qui prouvaient que New York n’était pas tirée d’affaire à l’heure actuelle. L’inquiétude se polarisait principalement autour de probables prochaines vagues. Seul point positif, Nina poursuivait sa trajectoire sans en dévier pour le moment, en faiblissant à mesure qu’elle s’enfonçait dans les terres.

L’afro-américain réajusta la tige du microphone qui dépassait de son casque sombre pour communiquer avec les autres garde-côtes. La tablette montrait que l’œil progressait en direction du nord, au-delà de White Plains. Dans cette zone réduite d’une trentaine de kilomètres, ceinturée d’un mur d’orages extrêmes, les conditions étaient a contrario clémentes. Ce phénomène spectaculaire — mais classique — faisait toujours son petit effet, que ce soit chez les néophytes ou les spécialistes dans le domaine météorologique.

— Connecte-moi au responsable des secours au sol, demanda-t-il, en accompagnant sa requête d’une tape sur l’épaule du pilote. On a besoin de savoir où agir en premier. C’est vraiment un sacré merdier.

— Bien compris. J’essaie de le joindre.

Assis dans une position voutée à côté de l’homme à la tablette, un grand gaillard s’évertuait à caser son mètre quatre-vingt-dix dans l’habitacle étriqué. Lui seul portait une tenue militaire et une arme de poing. À chaque secousse, il poussait un juron. Il finit par relever le nez de son smartphone pour s’adresser à l’équipage.

— Vous êtes au courant du gars qui a donné l’alerte sur CNN ?

Le co-pilote se retourna.

— Vas-y, raconte.

— Un certain Chuck Arys, de l’observatoire local. Il paraît qu’il savait depuis plusieurs heures, mais personne ne l’a écouté.

— De toute façon, conclut laconiquement le black, vu la position de l’antenne météo sur Staten Island, il y a peu de chance qu’il ait survécu à la vague.

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