Brooklyn underground
Chapitre 12.4
12 . 4
Bella eut sa confirmation lorsqu’elle atteignit l’embarcadère hors d’eau de Coney Island : non, il ne s’agissait pas des Suvarov. Le groupe au bout du ponton principal était composé d’un couple dans la quarantaine et de deux jeunes filles d’une quinzaine d’années. Le père de famille tenait en laisse un Cavalier King Charles dont les aboiements se perdaient dans la complainte du vent. Téléphone en main, les adolescentes mitraillaient la jetée asséchée, ainsi que l’immense banc de sable en arrière-plan. L’occasion rêvée d’immortaliser l’invraisemblable et d’en abreuver ces fameux réseaux sociaux que la protégée de Traeger réprouvait par-dessus tout. Elle n’avait jamais compris cette fascination pour la vie des autres. Peut-être parce que la sienne ne méritait pas qu’on s’y attarde.
Bella se dirigea vers le quatuor sous une averse battante. La trouée nuageuse à la perpendiculaire de Coney Island se resserrait, signe d’une nouvelle dégradation. En plissant les yeux, on parvenait tout juste à distinguer l’océan, retiré sur plus d’un kilomètre et perdu dans la brume. C’était comme si une pompe géante en avait aspiré une partie pour la recracher dans les cumulonimbus menaçants.
À mi-chemin du ponton, elle s’arrêta un instant et se pencha au-dessus du vide. Trois à quatre mètres plus bas, les piliers recouverts d’une mousse sombre s’enfonçaient dans le sable. De chaque côté, une cohorte de voiliers, de catamarans et de bateaux à moteur renversés jonchait la plage au milieu de débris en tout genre, en donnant l’illusion de contempler un cimetière maritime. La latino balaya du regard le quartier résidentiel dans son dos, dominé par la silhouette de la grande roue Wonder Wheel à peine visible à travers le rideau de pluie. Des curieux s’étaient rapprochés des terrains de beach-volley, intrigués par le phénomène de marée.
— Vous aviez déjà vu un truc pareil, mademoiselle ?
Surprise, Bella bondit et poussa un petit cri qu’elle regretta aussitôt. Elle détestait être prise en situation de faiblesse. Les mots étaient sortis de la bouche d’un bobo au visage jovial, accoutré d’une chemise bien trop large pour lui. Grâce au Cavalier King Charles au bout de la laisse, elle reconnut le père de famille, venu à sa rencontre.
— Pardon, continua-t-il en voyant que son interlocutrice ne réagissait pas, ce n’était pas pour vous draguer. D’ailleurs, je suis accompagné. Et je ne parle pas que de Rookie.
Il désigna le petit chien du menton, puis pointa du pouce le bout de l’embarcadère derrière lui, où sa femme et ses filles prenaient des selfies. À cet instant, une véritable armée de mouettes survola la plage dans une cacophonie de glapissements éraillés. Les oiseaux, par milliers, filaient droit vers le nord, à l’intérieur des terres. Emporté par une fougue soudaine, Rookie se fit la malle dans la même direction en échappant à son maître désemparé.
La laisse rétractable rebondit plusieurs fois sur les lattes du ponton jusqu’à se coincer dans un interstice. Arrêté net dans son élan, le chien poussa un hurlement.
— Voilà ce que c’est que de ne pas obéir, lui asséna le bobo avec un malin plaisir.
Et puis, tournant le dos à l’océan, il remarqua le comportement de la jolie Mexicaine. Elle venait de se décomposer.
— Tout va bien, mademoiselle ?
— Pu…tain.
C’est le seul mot qui sortit des mâchoires serrées de Bella. Elle referma ses poings, plus par réflexe que par nécessité, prête à encaisser le choc.
***
Cinq minutes plus tôt
Chuck Arys hésita avant de répondre à la question du journaliste. Il s’enfonça plus profondément dans son fauteuil, avec un air solennel imprimé sur le visage. En direct, sans filet, il savait que ses paroles auraient de l’importance, alors il fallait choisir ses mots avec soin. À la station météorologique de Staten Island, personne n’était au courant de cette intervention sur CNN, en dehors de Lawrence. Son collègue, positionné stratégiquement devant le vivarium, surveillait d’un œil la prestation du scientifique, et de l’autre l’attitude des employés encore présents. Heureusement, la plupart se concentraient sur les relevés de marée déroutants de Coney Island. Chuck ne devait absolument pas être interrompu.
Pour le moment, leur petit manège passait inaperçu. Lawrence en profita pour vérifier à nouveau l’activité des fourmis. Il plaqua ses lunettes de myope sur la paroi en verre, à la recherche du moindre mouvement. C’était le calme plat. Les insectes restaient enfouis sous terre, ce qui corroborait les dernières données du logiciel LightWeather.
— Vous me demandez à quoi s’attendre avec Nina dans les heures qui viennent, développa Chuck en fixant la webcam. Et bien… Je dirais qu’on doit se préparer au pire, et plus vite que prévu. Encore une fois, je le répète, nous avons affaire à une situation exceptionnelle. Jamais dans l’ère moderne un ouragan n’a eu pareille puissance. Le problème que l’on rencontre avec ce spécimen extrême, c’est son comportement erratique. Les autorités n’ont pas encore conscience de la fureur des éléments que nous allons affronter, mais cela va vraiment venir.
Le journaliste de CNN se mordit les lèvres avant de poser la question suivante. Il tenait là un sujet en or, que les événements se produisent ou non. Après tout, c’était l’essentiel. Faire plier sa direction pour accepter l’interview en direct avec ce météorologue reconnu n’avait pas été une mince affaire, d’autant que la chaîne risquait gros à propager sur son antenne un message susceptible d’aboutir à une panique générale.
— Monsieur Arys, qu’entendez-vous par le pire ? Et pourquoi aucune alerte n’a été officiellement émise ? J’ai l’impression que ni le gouvernement ni vos confrères n’ont le même son de cloche.
— Effectivement, nous sommes tous d’accord sur le fait que l’ouragan Nina est bel et bien aux portes de New York, et les habitants peuvent le confirmer, mais je suis seul à penser qu’il est en train de… de muter, je dirais, pour faire simple. Le retrait soudain de l’océan au niveau de Coney Island en est un bon exemple. Cela peut paraître présomptueux, mais comprenez qu’aucune autre antenne météorologique dans ce pays n’a accès à la capacité d’analyse des données de nos bureaux à Staten Island.
Chuck marqua une courte pause. Il savait qu’il parlait à un rythme élevé, et il ne voulait pas perdre son audience. Malgré le caractère alarmant de ses propos, il reprit de manière plus posée :
— Concernant votre première question, je vous le certifie, la situation va bientôt se dégrader méchamment. Nous prévoyons des vents flirtant avec les 400 km/h, accompagnés de vagues monstrueuses d’une trentaine de mètres sur la côte. Les derniers chiffres qui ressortent de notre logiciel prédictif témoignent de pressions atmosphériques bien plus basses que d’ordinaire au cœur de cet ouragan d’une nouvelle trempe. En découle un poids moins important de la colonne d’air au-dessus de l’œil, ce qui aboutit à un rehaussement du niveau de l’océan là où passe Nina. J’espère que je suis suffisamment clair pour vos téléspectateurs.
— J’en suis certain. Et quelles sont vos recommandations ? Bien sûr, je me dois d’ajouter que CNN ne cautionne en aucun cas vos propos, mais nous souhaitions vous donner la parole.
Comment avoir le beurre et l’argent du beurre…
Pour autant, Chuck ne s’offusqua pas de la remarque.
— Je voudrais surtout mettre en garde les populations des secteurs de Coney Island, Brooklyn, ainsi que Manhattan. Ces trois zones sont situées dans la trajectoire de Nina. Pour l’instant, elle se trouve encore à quelques kilomètres du rivage, mais cela ne va pas durer, malheureusement. On peut s’attendre à d’énormes inondations. Dites-vous qu’il est impossible de tenir face à des rafales de 400 km/h. Et je ne parle même pas des destructions massives engendrées par la réaction en chaîne. Restez calfeutrés chez vous, évitez à tout prix les zones en sous-s…
L’image sur l’écran se figea un instant, avant que la diffusion du live ne s’interrompe. Dans la foulée, l’éclairage disjoncta dans toute la galerie. Le court-circuit plongea subitement Grand Central Market dans l’obscurité quasi totale. Seule la verrière, quatre mètres plus haut, laissait échapper une pâle clarté en provenance du hall central de la gare à l’étage supérieur. Les premiers cris d’effroi jaillirent à droite et à gauche, suivis par des pleurs d’enfants. Encore marqués par le spectre du 11 septembre 2001, certains envisageaient déjà une nouvelle attaque terroriste de grande ampleur. La rumeur se propagea comme un feu de paille. Trente secondes plus tard, le bloc de secours prit le relais. Les uns après les autres, les spots d’urgence du marché souterrain s’allumèrent en une constellation bleutée, mais rapidement, la plupart disjonctèrent à leur tour. Dans la cohue, un vieillard non loin de Walker — qui avait suivi aussi l’annonce du météorologue — mit ses mains en porte-voix et hurla avec effroi :
— Le gars de CNN a raison ! Fuyez !
Personne ne prêta attention à l’injonction. Dans un terrible fracas à peine couvert par le grondement du public, les portes vitrées de l’entrée principale explosèrent quand la vague géante frappa. Des trombes d’eau s’engouffrèrent avec furie dans les allées bondées, les transformant en torrents mortels.
Aucune échoppe ne résista à la puissance du déferlement.
Il fallait éviter d’être pris en tenaille au milieu de l’hystérie collective, et de se faire emporter par le rouleau compresseur aquatique, d’autant qu’il charriait des tonnes de débris en tout genre. Poussé par un instinct de survie inné, et aidé de sa vision nocturne ultra développée, Walker réagit au quart de tour. Il se saisit de son sac à dos et bondit sur un stand où s’étalaient des fruits exotiques, les piétina sans vergogne, puis il sauta sur un second étal, celui d’un caviste renommé. De rares bouteilles restaient toujours couchées sur leur socle. Le coursier les enjamba avec dextérité afin d’atteindre l’artère principale, siège d’une panique totale. Les arbres plantés dans les immenses pots en terre rouge avaient vacillé les uns sur les autres. Tout le monde cherchait à évacuer le secteur, quitte à écraser son voisin.
L’anarchie monta encore d’un cran quand l’imposante verrière céda sous la pression des puissantes bourrasques. Beaucoup, notamment des familles, attendaient en dessous, avec l’espoir que les secours débarquent par le puits de lumière, seul lien visible avec Grand Central Station. La pluie tranchante s’abattit sur les malheureux. L’eau vira au rouge.
Walker n’eut pas le temps de s’apitoyer sur leur sort. Il fallait vérifier si Zoey et Ayaz étaient sains et saufs au milieu de cet enfer. Il commença par ce dernier puisque le snack Chez Fayed ne se trouvait qu’à quelques pas. La progression se fit lente dans la pénombre. Le danger venait de partout. L’eau continuait de monter inexorablement. Et pour ne rien arranger, un vent d’une violence inouïe s’engouffrait dans le marché souterrain depuis le trou béant de la verrière. Se mouvoir sans chuter devenait compliqué. Sur son trajet, Walker repoussa à plusieurs occasions des cadavres chahutés par le courant tumultueux. Un homme désemparé croisa sa route. Hagard, il portait une femme inanimée dans ses bras. Plus loin, des stands s’étaient écroulés, emportés par la force de la vague. Des blessés se regroupaient, quand d’autres erraient en hurlant le prénom d’un proche.
Le chaos total.
Arrivé devant le snack plongé lui aussi dans l’obscurité, Walker grimpa sur l’une des tables afin d’avoir une meilleure visibilité. La lourde enseigne, composée de lettres en néons, s’était détachée de son support et reposait à cheval sur des chaises renversées, au milieu d’une ribambelle de corps sans vie.
— Elijah ?
Aucune réponse.
Il réitéra son appel en quadrillant la zone de ses pupilles dilatées brillantes. C’est alors qu’il repéra un turban enroulé autour d’un gros tube d’acier. Il s’agissait d’une partie du système d’aération de la galerie. Les craintes légitimes de Walker se confirmèrent. C’était bien son frère adoptif qui gisait là, inerte et à moitié immergé. Les doigts recroquevillés sur son talkie-walkie encore allumé. Une vilaine plaie lui balafrait le front d’où s’échappaient des serpentins de sang. Devant la scène insoutenable, le rythme cardiaque du coursier grimpa en flèche. À l’aide d’un pied de chaise, il fit levier pour libérer Ayaz du poids comprimant sa cage thoracique. Au prix d’un effort intense, il souleva le corps, dont la température avait baissé drastiquement, et l’installa sur une table encore intacte.
Le leader de l’Underground ne respirait plus. Sans l’ombre d’un doute, il s’était noyé à la suite du choc sur la tête. Walker resta figé sans réagir, incapable d’admettre l’évidence. Perdre sa seule famille lui était inconcevable. Bien sûr, il s’en était construit une nouvelle, autour d’Emily, et bientôt de leur futur enfant. Sauf que l’intégralité de ses réminiscences de jeunesse se rattachait à Ayaz. Sans lui, une part de l’Underground s’évanouissait.
Et merde, il ne peut pas partir comme ça…
Emporté par le déni, Walker se lança avec véhémence dans un massage cardiaque, alternant bouche-à-bouche et pressions thoraciques. Les gestes s’enchaînaient, secs et précis. Il ne voulait rien lâcher dans ce duel contre la mort. Pendant un instant, il crut sentir un mouvement, un souffle. Mais non, Ayaz ne revenait pas.
Le coursier abattit de rage son poing sur le torse d’Ayaz. Cela ne servait à rien d’insister. Ce combat-là était perdu. En guise d’ultime souvenir, il récupéra le talkie-walkie dans la main de son frère, puis lui murmura quelques mots à l’oreille avec la gorge serrée. Rien de très solennel, ce n’était pas le genre de Walker. Une fois le message laissé, il recouvrit pudiquement le corps à l’aide d’une nappe du snack et se remit en marche, le cœur lourd.
Malgré les circonstances douloureuses, il fallait à tout prix vérifier si Zoey s’en était sortie. Une petite voix, celle de la fatalité, lui affirma qu’il y avait peu de chance que ce soit le cas. Pour la faire taire, Walker se focalisa sur sa lente progression dans l’allée inondée. L’eau montait à vue d’œil et rien ne semblait être en mesure de l’arrêter. L’hystérie collective avait laissé place à un calme étrange. Pour la plupart, les survivants s’étaient enfuis par les issues de secours viables. Certains fouillaient les décombres, à la recherche de proches disparus.
Arrivé sous les restes de la verrière qui crachait une cascade et un vent assourdissant, Walker prit enfin le temps de réfléchir à ce qui venait de se dérouler. Si le marché souterrain de Grand Central Market avait été touché à ce point, alors que la gare se trouvait à une dizaine de kilomètres de la baie de New York, cela signifiait que la situation était plus grave à Brooklyn, placée en première ligne. Le météorologue interviewé par CNN disait donc vrai. L’ouragan avait finalement dévié et frappé la Grosse Pomme en déclenchant l’équivalent d’un tsunami.
Dans l’Underground, Emily courait un danger bien plus important. Le savoir sans pouvoir agir pour le moment rongeait littéralement Walker. Peut-être avec la même force que le poison inoculé dans ses veines. Une nouvelle fois, il tenta de la joindre sur son talkie-walkie, mais en retour, il ne reçut que des grésillements. Les mêmes que précédemment. Vu son état physique, sa femme n’avait certainement pas quitté leur domicile dans les profondeurs de Brooklyn Heights. Donc soit la communication passait mal — ce qui demeurait envisageable au vu de la distance et des interférences liées à l’eau —, soit…
Stop ! Arrête d’imaginer le pire. Emily est coriace. Et ce n’est pas un ouragan qui va t’empêcher de la retrouver.
Une éclaircie déchira son horizon si sombre. Zoey était vivante ! Elle s’était hissée sur le comptoir de la pharmacie et appliquait un pansement sur le menton ensanglanté de sa collègue, à la mine encore plus revêche que d’ordinaire.
— Walker ! hurla-t-elle en sautant dans l’eau, j’ai cru t’avoir perdu !
Elle se jeta dans ses bras, en larmes. L’étreinte s’éternisa suffisamment pour que Letty montre sa gêne en toussotant.
— Je suis coriace, soupira Walker. Et toi, ça va ?
— Oui. Je me trouvais dans la réserve quand tout s’est déchaîné. J’étais au téléphone avec Archie. Avant la coupure de l’appel, il a pu me donner quelques informations et il m’a promis de se renseigner plus activement d’ici une à deux heures, grâce à un ancien collègue désormais à la NSA.
— Qu’as-tu appris de ton ex ?
— Accroche-toi. Ce Gustavo Aguilar, s’il existe vraiment, n’est absolument pas recherché, ni par la DEA, ni par une autre agence. En fait, tout le monde estime qu’il est mort. Autrement dit, ces agents gouvernementaux n’ont aucune raison de te confier la mission de le retrouver.
Walker se mordit la lèvre. Il commençait à assembler les pièces du puzzle.
— Tu penses à quoi ? demanda la pharmacienne.
— J’ai également appris des choses de mon côté. Sans entrer dans les détails, quand la police colombienne a abattu Escobar, Aguilar se serait fait la malle avec une partie de la fortune du cartel.
Zoey opina en hochant la tête tandis qu’elle se débarrassait de sa blouse blanche dont les pans trempaient dans l’eau.
— Tu ne crois pas qu’il faudrait avertir les autorités ? proposa-t-elle. Il est évident que ces flics sont des ripoux.
— Je ne peux pas. Déjà parce que je ne suis personne, je te le rappelle. Et puis, je ne sais pas jusqu’où tout ça remonte. Peut-être que ces trois gars sont les seuls impliqués, mais comment en être certain ? Et quoi qu’il en soit, je n’ai pas le temps de chercher la bonne personne, celle qui finira par croire à cette histoire invraisemblable.
— Qu’est-ce que tu comptes faire ?
Walker n’avait qu’une idée en tête : sauver son amour. Le reste, il le reléguait plus loin dans sa liste de priorités.
— Je file retrouver Emily, expliqua-t-il pendant qu’il tendait à Zoey son talkie-walkie. Tiens, prends ça. Il est positionné sur la fréquence que j’utilise. Si ton ex assemble des éléments susceptibles de m’aider, contacte-moi, en espérant que le signal passe.
— Et toi ? Tu as de quoi…
— Ça ira, j’ai un second appareil pour te répondre.
Walker déglutit lentement. L’image-choc de la fin tragique d’Ayaz restait fixée sur ses rétines. Il tressaillit d’émotion avant de se ressaisir. Le temps n’était pas à ressasser le passé. Il fallait agir, et vite. Dans un élan de réflexion, il jugea bon d’abandonner son sac à dos. Il se déplacerait plus rapidement sans ce poids supplémentaire. Il en sortit le Polaroïd que les agents de la DEA lui avaient fourni, et glissa le vieux cliché dans la poche de son pantalon baggy qui contenait déjà le smartphone destiné à les prévenir.
Zoey aida Letty à descendre du comptoir. La quinquagénaire poussa un couinement quand elle s’enfonça dans l’eau jusqu’au ventre.
— Ça va aller, ma chérie. Allez, c’est le moment de déguerpir.
La pharmacienne enlaça Walker de toutes ses forces en dissimulant son profond désarroi. Avec le jeu des probabilités, elle venait de réaliser qu’elle pourrait ne plus jamais revoir le coursier.
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